L* AMANT
Voire, Sire doit on servir Sans proufïit, ou guerdon avoir?
Nennil, ung cueur devreit mourir, Puisqu'il a fait loyal devoir, Entièrement à son povoir, Et qu'il lui fault quérir son pain; A vous, qui estes souverain.
En est le plus de deshonneur, Veu que, par faulte, meurt de fain Vostre bon loyal serviteur.
AMOURS
Qu'on meure de fain ne vueil pas,
Mais le trop haste s'echaulda ,
Il convient aler pas à pas;
Et puis après on congnoistra.
Qui mieulx son devoir fait aura^
Alors doit estre guerdonné,
Je suis assez abandonné,
A grant lai^esse, de mes biens ;
Mais quant j'ày mainteffoiz donné
A plusieurs, semble qu'ilz n^ont rienft.
192 POÉSIBS DB CHARLES D'ORLéANS.
l'amant.
De ceulx ne suis, quant est à moy, Sur ce, je respons à briefz motz :
Je vous asseure, par ma foy, Oncques ne fuz en ce propos , J'ay tousjours porté sur mon dos, Paine, travail à grant planté.
Ne nulle chose n'ay hanté, Dont on dye qu'aye failly, Combien qu'en dueil m'aiez planté, Comme faint seigneur et amy.
AMOURS
Estre mon maistre vous voulez.
Par vostre parler ce me semble, Et grandement vous me foulez; Mais Testrif de nous deux ensemble.
Comme en peust cognoistre, ressemble Au desbat du verre et du pot ; Fain avez qu'on vous tiengne à sot ; Devant Raison soit assigné , Se j'ay tort, paier vueil Tescot, Quand le desbat sera fine.
l'amant.
Il fault que le plus foible doncques Soit tousjours gecté soubz le pié, Ne je ne vy autrement oncques , Rendre se fault, qui n'a traictié.
J'ay congneu, où j'ay peu gaingnié, Vostre court, à mont et à val.
Et, soit à pié, ou à cheval, On n'y scet trouver droit chemin ; Quoiqu'on y trouve bien, ou mal.
Il fault tout partir à butin.
AMOURS
Pour le présent, plus n'en parlons; Puisque j'ay puissance sur tous.
POESIES DB CHAHLKS d'oRLÉANS. 193
Quelque chose que debàtons, A mon plaisir feray de Vous ; Ne me chault de vostre courrous, Ne de chose que Ten me dye^ Se je vous ay fait courtoisie, Se vous voulez, prenez l'en gré; Car le pi^mier vous n'estes mie Qu'ay courcié en plus grant degré.
CHÀNCON.
Ce May qu'amours pas ne sommeille, Mais fait amanâ esliesser, De riens ne' me doy soussier, Car pas n'ay la pusse en Toreille; Ce n'est mie doncques merveille Se je vueil joye démener, Ce May, etc.
Mais fait, etc.
Quant je me dors, point ne m^esveille, Pour ce que n'ay à quoy penser, Sy ay vouloir de demeurer En ceste vie nompareille.
Ce May, etc.
CHANCON
Tiengne soy d'amer qui pourra,
Plus ne m'en pourroye tenir,
Amoureux me fault devenir,
Je ne scay qu'il m'en avendra;
Combien que j'ay oy, pieca,
Qu'en amours fault mains maulx souffrir.
Tiengne soy, etc.
Plus ne, etc.
Mon cueur devant yer accointa Beaulté qui tant le scet.chierir, Que d'elle ne veult départir;
194 POéslBS DE CHARLIS D'oRLI^ANS.
C'est fait, il est sien et sera.
Tiengne soy d'amer, etc.
CHANCON
Quelque chose que je die D'Amour, ne dé son povoir, Touteffoiz, potir dire voir, J'ay une Dame choisie^ La mieulx en bien acomplie Que l'en puist jamais veoir.
Quelque chose, etc.
D'amour, ne, etc.
Mais à elle ne puis mie Parler, selon mon vouloir.
Combien que, sans décevoir, Je suis sien toute ma vie.
Quelque chose, etc.
CHANCON
N'est elle de tous biens garnie ?
Celle que j'ayme loyaument ; Il m'est advis, par mon serement, Que sa pareille n'a en vie.
Qu'en dites vous? je vous en prie, Que vous en semble vrayement ?
N'est elle, etc.
Celle que, etc.
Soit qu'elle dance, chante ou rie, Ou face quelque esbatemeùt; Faictes en loyal jugement.
Sans faveur ou sans flatterie.
N'est elle; etc.
CHANCON
Quant j'ay nompareilie maistresse Qui a mon cueur entièrement,
POisiBS DK CUAKtBS d'orUaI»». l^K
Tenir me vueil joyeusement, En servant sa gente jeunesse.
Car certes je suis en l'adresse D'avoir de tous biens largement, Quant j'ay, etc.
Qui a nion, etc.
Or en ayent dueii ou tristesse Envieux, sans allégement ; Il ne m'en chault, par mon serement, Car leur desplaisir m'^t liesse, Quant j'ay, etc.
CHANCOW.
Dieu, qu'il l'a fait bon regarder !
La gracieuse, bonne et belle ; Pour les grans biens qui sont en elle, Chascun est prest'de la louer.
Qui se pourroit d'elle lasser ?
Tousjours sa beaulté renouvelle.
Dieu qu'il, etc.
La gracieuse, etc.
Par deçà, ne delà la mer, Ne scay Dame, ne Damoiselle Qui soit en tous biens parfais, telle ; C'est ung songe que d'y penser. Dieu qu'il, etc.
CHANCON
Par Dieu, mon plaisant bien joyeux, Mon cueur est si plain de leesse.
Quant je voy la doulce jeunesse De vostre gent corps gracieux, Pour le regart de voz beaux yeulx Qui me met hors de tristesse.
Par Dieu, etc.
Mon cueur, etc.
196 PO^llS DE CUARLBS d'ORLÉANS.
Combien que parler envieux Souventeffoiz moult fort me blesse, Mais ne vous chaille, ma maistresse, Je n'en feray pourtant que mieulx.
Par Dieu, etc.
CHÀNCON.
Que me conseilliez vous, mon cueur, Irai je par devers la belle?
Lui dire la paine mortelle Que souffrez pour elle en doleur.
Pour vostre bien et son honneur.
C'est droit que vostre conseil celle.
Que me, etc.
Irai je, etc.
Si plaine la scay de doulceur, Que trouveray mercy en elle, Tost en aurez bonne nouvelle, Cy vois n'est ce pour le meilleur.
Que me, etc.
Ou regard de voz beaulx, doulx yeulx, Dont lomg suis par les envieux , Me souhaide si très souvent.
Que mon penser est seulement En vostre gent corps gracieux.
Savez pourquoy, mon bien joyeulx.
Celle du monde qu'ayme mieulx De loyal cueur, sans changement?
Ou regart, etc.
Dont loing, etc.
Me souhaide, etc.
Pour ce que vers moy en tous lieux J'ay trouvé plaisir ennuieux, Trop fort puis le département
POisiBS DB CHARLES d'ORLIUnS. 197
Que de vous fis derrainnement, A regret merencolieux.
Ou regart, etc.
CHAwœN.
Qui la regarde de mes yeulx, Ma Dame, ma seule maistresse, En elle voit, à grant largesse, Plaisirs croissans de bien en mieulx.
Son parler et maintien sont tieulx Qu'ilz mectent un cueur en liesse.
Qui la regarde, etc.
Ma Dame, etc.
Tous la suient, jeunes et vieulx,
Dieu scet qu'elle n'est pas sans presse ;
Chascun dit : C'est une déesse
Qui est descendue des cieulx.
Qui la regarde, etc.
CHÀNCON.
Ce mois de May, nompareille Princesse, Le seul plaisir de mon joyeulx espoir.
Mon cueur avez, et quanque puis avoir.
Ordonnez en comme dame et maistresse.
Pour ce, requier vostre doulce jeunesse Qu'en gré vueille mon présent recevoir- Ce mois, etc.
Le seul, etc.
Et vous supply, pour me tollir tristesse.
Très humblement, et de tout mon povoir, Qu'à m'esmayer ayez vostre vouloir.
D'un reconfort bien gamy de liesse.
Ce mois, etc.
CHANCON
Commandez vostre bon vouloir A vostre très humble servant,
Il VOUS sera obéissant D'entier cueur, et loyal povoir.
Prest est de faire son devoir, Ne Tespargnez ne tant, ne quant.
Commandez, etc.
A vostre, etc.
Mectez le tout à nonchaloir.
Sans lui estre jamais aydant, S'en riens le trouvez refusant, Essayez se je vous dy voir.
Commandez, etc.
CHANCON
Espoir, confort des maleureux, Tu m'estourdis trop les oreilles De tes promesses nompareilles, Dont trompes les cueurs doloreux, En amusant les amoureux, Et faisant baster aux corneilles.
Espoir, confort, etc.
Tu m'estourdis, etc.
Ne soies plus si rigoreux.
Mieux vault qu'à raison te conseilles, Carchascun se donne merveilles.
Que n'as pitié des langoreux.
Espoir, confort, etc.
CHANCON
Belle, se c'est vostre plaisir
De me vouloir tant enrichir
De reconfort et de liesse,
Je vous requier, comme maistresse,
Ne me laissiez dutout mourir ;
Car je n'ay vouloir, ne désir,
Fors de vous loyaument servir,
ppMsiis OE cKàRLKs d'oulbans. ItfO
Sans espargnier dueil, ne tristesse.
Belle, etc.
De me, etc.
De réconfort, etc.
Et s'il vous plaist à l'accomplir, Vueilliez tant seulement bannir D'avec vostre doulce jeunesse, Dolent refus qui trop me blesse, Dont bien vous me povez guérir, Belle, etc.
<:hancon.
Paix ou tresves, je requier desplaisanoe :
S'en toy ne tient, pas ne tendra à moy, Que ne soyons désormais en requoy; Accordons nous, chargons en Espérance.
Que gaignes tu à me faire grevence ?
Assez me metz en devoir sur ma foy .
Paix ou tresves, etc.
S'en toy ne tient, etc.
Ou combatons tellement à oultrance Que l'un die : Je me rens ou ren toy ; Mieulx estre mort je vueil, s'estre le doy.
Qu'ainsi languir, d'offrir premier m'avance.
Paix ou tresves, etc.
CHANCON
Rafreschissez le chastel de mon cueur D'aucuns vivres de joyeuse plaisance, Car faulx Dangier, avec son allance, L'a assiégé tout entour de doleur.
Se ne voulez le siège sans longueur Tantost lever, ou rompre par puissance, Rafreschissez, etc.
D'aucuns, etc.
Ne souffrez pas i|ue Dangier soit seigneur,
200 POisiBS DB CHAKLBS D'ORL^ANS.
En conquestant soubz son obeîssanee Ce que tenez en vostre gouvernance; Avancez vous, et gardez vostre honneur.
Rafreschissez, etc.
CHÀNœN.
Se je fois loyalle requeste, Seing et Soucy, et bon vous semble, Pour Dieu, accordons nous ensemble; Qui tort a soit mis en enqueste.
Quant vous, ne moy bien n'y aqueste, Pour jugier droit conseil asemble.
Seje fois, etc.
Seing et Soussy, etc.
Je ne requier aultre conqueste Que d'Espoir qui larron ressemble.
Et sans cause de mon cueur s'emble, Dieu me secoure en cette queste !
Se je fois, etc.
CHANCON
Se ma doleur vous savies.
Mon seul joyeux pensement, Je scay bien certainement Que mercy de moy aunes.
Du tout refus banniries.
Qui me tient en ce tourment.
Se ma, etc.
Mon seul, etc.
Et le don me donneries, Que vous ay requis souvent.
Pour avoir allégement; Ja ne m'en escondiries.
Se ma, etc.
Ne hurtez plus à Tuis de ma pensée, Seing et Soucy, sans tant vous traveilier,
POÉSIES DB CHARLES d'ORLÉARS. 201
Car elle dort, et ne veult s'esveiller, Toute la nuit en paine a despensée.
En dangier est, s'elle n'est bien pensée , Cessez, cessez, laissez la sommeiller.
Ne hurtez plus, etc.
Soing et soussy, etc.
Pour la guérir Bon espoir a pensée Medicine qu'a fait appareiller;' Lever ne peut son chief de Tordlier, Tant qu'en repos se soit recompensée.
Ne hurtez plus, etc.
CHANCON
Ma seule, plaisant, doulce joye, La maistresse de mon vouloir, J'ay tel désir de vous veoir.
Que mander ne le vous sauroye.
Helas ! pensez que ne pourroye Aucun bien, sans vous, recevoir.
Ma seule, etc.
La maistresse, etc.
Car, quant desplaisir me guerroyé Souventeffoiz, de son povoir, Et je vueil reconfort avoir, Espérance vers vous m'envoye.
Ma seule, etc.
CHANCON
L'un ou l'autre desconfira De mon cueur et merencolie ; Auquel que fortune s'alye, L'autre je me rens lui dira.
D'estre juge me suffira, Pour mectre fin en leur folye.
L'un ou l'autre, etc.
De mon cueur, etc.
202 roÉsa» de charlbs d'okléans.
Dieu scet comment mon cueur rira, Se gangne, menant chiere lye , Contre ceste saison jolye, On verra comment en yra.
Uun ou l'autre, etc.
CHANCON
Je ne vueilplus riens que la moft, Pource que yoy que reconfort Ne peut mon cueur eslyesser; Au moins me pourray je vanter Que je souffre doleur à tort.
Car puisque n'ay d'Espoir le port, D'Amours ne puis souffrir l'effort.
Ne doy je donc joye laisser ?
Je ne, etc, Pource que, etc.
Ne peut, etc.
Au Dieu d'amours je m'en rapport Qu'en peine suis bouté si fort.
Que povoir n'ay plus d'endurer, S'en ce point me fault demourer ; Quant est de moy, je m'y accort.
Je ne, etc.
Qui ? quoy ? comment ? à qui ? pourquoi ?
Passez, presens ou avenir.
Quant me viennent en souvenir, Mon cueur en penser n'est pas coy .
Au fort, plus avant que ne doy.
Jamais je ne pense en guérir.
Qui? quoy? etc.
Passez, etc.
On s'en peut rapporter à moy Qui de vivre ay eu beau loisir,
Pour bien aprendre et retenir , Assez ay congneu, je m'en croy.
Qui? quoy? etc.
ÇHANCON.
Belle que je chéris et crains, En cest estât suis ordonné, Que Dangier m'a emprisonné De vostre grant beaulté loingtains ; N'il ne m'a de tous biens mondains Qu'un souvenir abandonné.
Belle que je, etc.
En cest estât, etc.
Mais de nulle riens ne me plains, Fors qu'il ne m'a tost raenconné ; Car bien lui seroit guerdonné.
Si j'estoye hors de ses mains Belle que je, etc.
CHANCON
Je prens en mes mains voz debas Désormais, mon cueur et mes yeulx, Se longuement vous seufii^e tieulx, Moy mesmes de mon tour m'abas.
Pour vostre prouffît me combas, Le désirant de bien en mieulx.
Je prens en, etc.
Désormais, etc.
Quant voz désirs souvent rabas Desordonnez, 'en aulçuns lieux, Mon devoir fais, ainsi m'aid' Dieux, Passons temps en plus beaulx esbas.
Je prens en, etc.
CHANCON
Ma Dame, tant qu'il vous plaira
De me faire mal endurer,
Mon cueur est prest de le porter.
Jamais ne le refusera.
En espérant qu'il guérira,
En cest estât veult demourer.
Ma Dame, etc.
De me, etc.
Une fois pitié vous prendra, Quant seulement vouldrez penser, Que c'est pour loyaument amer Vostre beaulté qu'il servira Ma Dame, etc.
Mon cueur se combat à mon ueil, Jamais ne les trouve d'accort ; Le cueur dit que l'ueil fait rapport Que tousjours lui accroist son dueil.
La vérité savoir j'en vueil , Que semble il qui ait le tort?
Mon cueur, etc.
Jamais ne les, etc.
Se je trouve que Bel acueil Ait gecté entre eulx aucun sort, Je la condampneray à mort ; Doy je souffrir un tel orgueil ?
Mon cueur, etc.
GHANCON.
De la regarder vous gs^rdez La belle que sers ligement.
Car vous perdrez soudainement Vostre cueur, se la regardez ; Se donner ne le lui voulez Clignez les yeulx hastivement.
De la regarder, etc.
La belle que, etc.
POliSIBS DE CHARLES D'ORLÉANS. 205
Les biens que Dieu lui a donnez, Emblent un cueur subtilement; Sur ce, prenez avisement, Quant devant elle vous vendrez.
De la regarder, etc.
CHANCON
Tant que Pasques soient passées,
Se nous avons riens trespassé. ,
Prions mercy du tems passé,
Et pour les âmes trespassées.
Chascun pas à pas ses passées
Face, avant que soit trespassé.
Tant que, etc.
Se nous, etc.
Foleur a fait grandes passées, Mains cueurs ont tout oultre passé ; Pour ce, par nous soit compassé D'eschever faultes compassées.
Tant que, etc.
CHANCON
Puisque je ne puis eschapper De vous, courroux, dueil et tristesse, Il me convient suir l'adresse Telle que me vouldrez donner.
Povoir n'ay pas de Tamender, Car douleur est de moy maistresse.
Puisque je ne, etc.
De vous, etc.
Si manderay par ung penser A mon las cueur vuit de liesse, Qu'il prengne en gré sa grant dfistresse, Car il lui fault tout endurer.
Puisque je ne, etc.
206 POéSIBS DE CHARLES d'ORLÉANS.
CHANCON
Sans ce, le demourant n'est rien ; Qu'esse ? je le vous ay à dire , N'enquerez plus, il doit suffire.
C'est conseil que très segret tien.
Pourtant n'y entendez que bien.
Autrement je ne le désire.
Sans ce, etc.
Qu'esse? etc.
S'ainsi m'esbas ou penser mien, Et mainte chose faiz escripre En mon cueur, pour le faire rire ; Tout ung est mon fait, et le sien.
Sans ce, etc.
CHANCON
C'est fait, il n'en fault plus parler, Mon cueur s'est de moy departy ; Pour tenir l'amoureux party.
Il m'a voulu abandonner.
Riens ne vault m'en desconforter, Ne d'estre dolent ou marry.
C'est fait, etc.
Mon cueur, etc.
De moy ne se fait que mocquer; Quant piteusement je lui dy, Que je ne puis vivre sans luy, A paine me veult escouter.
C'est fait, etc.
CHANCON
Assez pourveu, pour de cy à grant pièce, ' Et plus qu'assez, de peiiser et anuy.
Je me treuve sans congnoistre nuUuy, Qui se vente d'en avoir telle pièce.
POiSiBS DÉ CHAELB8 D'OHtéANS. 207
Fortune dit, qui tout mon fait despiece.
Que j'endure comme maint aujourduy.
Assez pourveu, etc.
Et plus qu'assez, etc.
Pourquoy souvent je mets soubz mon plé ce, Prenant confort d'espoir, comme celluy Qui me fye parfaitement en luy, Ainsi remains qui le croiroit en pièce.
Assez pourveu, etc.
RONDEL
Puisqu' Amour veult que banny soye
De son hostel , sans revenir,
Je voy bien qu'il m'en fault partir,
Effacé du livre de Joye.
Plus demourer je n'y pourroye,
Car pas ne doy ce mois servir.
Puisqu' Amour, etc.
De son hostel, etc.
De Confort ay perdu la voye, Et ne me veult on plus ouvrir La barrière de Doulx plaisir, Par desespoir qui me guerroyé.
Puisqu' Amour, etc.
CHANCON
Ca, venez avant, Espérance, Or y perra que respondrez, Et comment vous vous deffendrez ; On se plaint de vous à oultrance.
L'un dit que promectez de loing.
Et qu'en estes bonne maistresse, L'aultre que faillez au besoing, En ne tenant gueres promesse.
Quoique tardez, c'est la fiance Qu'aux faiz de chascun entendrez
Et au derrain guerdon rendrez ; Dy je bien, ou se trop m'avance ?
Ca, venez, etc.
RONDEL
Pour le don que m'avez donné.
Dont très grant gré vous doy savoir, J'ay congneu vostre bon vouloir.
Qui vous sera bien guerdonné.
Raison Ta ainsi ordonné, Bienfait doit plaisir recevoir.
Pour le don, etc.
Dont très, etc.
Mon cueur se tient emprisonné, Et obligé, pour dire voir.
Jusqu'à tant qu'ait fait son devoir Vers vous, et se soit raenconné, Pour le don, etc.
CHANœN.
Mon cueur, estouppe tes oreilles.
Pour le vent de Merencolie ; S'il y entre, ne doubte mye , Il est dangereux à merveilles ; Soit que tu dormes ou tu veilles, Fays ainsi que dy , je t'en prie.
Mon cueur, etc.
Pour le vent, etc.
Il cause doleurs nompareilles.
Dont s'engendre la maladie Qui n'est pas de legier guérie ; Croy moy, s'a raison te conseilles.
Mon cueur, etc.
CHANCON
Se j'eusse ma part de tous biens, Autant que j'ay de loyaulté,
POÉ8IB8 DB CBARLBS D'ORlIaNS. 209
J'en auroye si grant planté
QuUl ne me fauldroit jamais riens.
£t si gaingneroye des miens,
Ma Dame, vostre voulenté.
Se j'eusse, etc.
Autant que, etc.
Car pour asseuré je me tiens Que vostre très plaisant beaulté, De s'amour me feroit rente, Maugré Dangier et tous les siens.
Se j'eusse, etc.
CHANCON
(Philippe de Boulainvillier.)
Hola, hola, souspir, on vous hoit bien, Vous vous cuidez embler trop coyement, Contrefaisant ung peu le cayement ; Grant fain avez qu'on vous die tien, Vous ne querez que d'ung cueur le soustien, C'est de tieulx gens tousjours l'esbatement.
Hola, hola, etc.
Vous vous, etc.
Trop vous hastez, de vray, comme je tien, Car l'on congnoist vostre fait clerement, Une autreffoiz faictes plus saigement, Car maintenant vous n'y gangnerez rien.
Hola, hola, etc.
CHANCON
Pour les grans biens de vostre renommée, Dont j'oy parler à vostre grant honneur.
Je désire que vous ayez mon cueur.
Comme demoy, très loyaument amée.
Tresoriere, je vous voy ordonnée A le garder en plaisance et doulceur.
Pour les, etc.
Dont j'oy, etc.
yGooQle
210 POéSIKS DB CHARLES D*OHL^ANS.
Recevez le, s'il vous plaist, et agrée,
Du mien ne puis vous donner don meilleur ;
Cest mon vaillant, c'est mon trésor greigneur,
A vous l'offre de loyalle pensée.
Pour les, etc.
( Gilles des Ourmes.)
Hola, hola, souspir, on vous oyt bien, C'est à ung sourt à qui il le fault faire, Retrayez vous, et pensez de vous taire.
Car Dangier oit si cler qu'il n'y fault rien; Se d'aventure il vous oyt, je vous tien Pour rué jus, car c'est vostre adversaire.
Hola, hola, etc.
C'est à ung, etc.
Ne saillez plus, actendez aucun bien.
Vous voulez vous, de vous mesmes deffaire?
Prenez conseil, quant c'est pour vostre affaire, Et pour le mieulx^ croyez sans plus le mien.
Hola, hola, etc.
CHANCON
En songe, souhaid et pensée Vous voy chascun jour de sepmaine, Combien qu'estes de moy loingtaine.
Belle, très loyaument amée.
Pour ce qu'estes la mieulx parée De toute plaisance mondaine.
En songe, etc.
Vous voy, etc.
Dutout vous ay m'amour donnée, Vous en povez estre certaine, Ma seule Dame, souveraine, De mon las cueur moult désirée.
En songe, etc.
POésiES DE CHARLES D'ORLÉANS. 2H
CHANCON
Aidez ce povre cayement Souspir, je le vous recommande ; De vous, quant ausmone demande.
Ne se parte meschantement.
Son cas monstre piteusement, Il semble que la mort actende.
Aidez ce povre, etc.
Souspir, je le, etc.
Donnez lui assez largement.
Qu'il ne meure, Dieu l'en defTende , Affîn que n'en faictes amende, Au jour d'amoureux jugement.
Aidez, etc.
CHANCON
De leal cueur , content de joye, Ma maistresse, mon seul désir, Plus qu'oncques vous vueil servir.
En quelque place que je soye; Tout prest en ce que je pourroye.
Pour vostre vouloir acomplir.
De leal, etc.
Ma maistresse, etc.
En désirant que je vous voye, A vostre honneur, et mon plaisir Qui seroit briefment, sans mentir, S'il fust ce que souhaideroye.
De leal, etc.
CHANCON
En faulte du logeis de Joye, L'ostellerie de Pensée M'est par les fourriers ordonnée, Ne scay combien fault que je y soye.
Autre part ne me bouteroye, Content m'en tien, et bien m'agrée.
En faulte, etc.
L'ostellerie, etc.
Je parle tout bas, qu'on nel'oye, Pensant de veoir, quelque année, Quelle sera ma destinée.
Et en quel lieu demeurer doye.
En faulte, etc.
RONDEL
Se mon propos vient à contraire, Certes, je l'ay bien desservy.
Car je congnois que j'ay failly Envers ce que devoye plaire.
Mais j'espoire que débonnaire Trouveray sa grâce et mercy.
Se mon, etc.
Certes, etc.
Je vueil endurer et me taire.
Quant cause suy de mon soucy; Las ! je me sens en tel party Que je ne scay que pourray faire.
Se mon, etc.
CHANCON
Et bien, de par Dieu, Espérance, Esse doncques vostre plaisir?
Me voulez vous ainsi tenir Hors, et ens toujours en balance ?
Ung jour j'ay vostre bienveillance, L'autre ne la scay où quérir.
Et bien, etc. Esse doncques, etc.
POLIES DB CHARLES d'ORL^ANS. 2t3
Au fort, puisque suis en ladance, Bon gré maugré, m'y fault fournir, Et n'y scay de quel pié saillir, Je reculle, puis je m'avance.
Et bien, etc.
RONDEL
Par le pourchas du regart de mes yeulx, En vous servant, ma très belle maistresse, J'ay essayé qu'est plaisir et tristesse, Dont j'ay trouvé maint penser ennuyeux.
Mais de cellui que j'amoye le mieulx, N'ay peu avoir qu'à petite largesse.
Par le pourchas, etc.
En vous, etc.
Car pour ung jour qui m'a esté joyeux, J'ay eu trois moys la fièvre de destresse ; Mais Bon espoir m'a guery de liesse.
Qui m'a promis de ses biens gracieux.
Par le pourchas, etc.
CHANCON
Armez vous de joyeux confort.
Je vous en pry, mon povre cueur, Que destresse, par sa rigueur, Ne vous navre jusqu'à la mort; Vous couvrant d'ung pavaiz, au fort, Tant qu'aurez passé sa chaleur.
Armez vous, etc.
Je vous, etc.
Faictes bon guet, tant qu'elle dort; Espoir dit qu'il sera seigneur, Et fera vostre fait meilleur.
Contre Dangier qui vous fait tort.
Armez vous, etc.
214 POésiES DE CHARLES D'oHLBANS
CHANCON
Pour vous monstrer que point ne vous oublie, Comme vostre que suis où que je soye, Présentement ma chancon vous envoyé, Or la prenez en gré, je vous en prie.
En passant temps, plain de merencolie, L'autrier la fis ainsi que je pensoye ; Pour vous, etc.
Comme, etc.
Mon cueur tousjours si vous tient compaignie, Dieu doint que brief vous puisse veoir à joye ! Et, en briefz motz, en ce que je pourroye, A vous m'offre du tout à chiere lye.
Pour vous, etc.
CHANCON
Tousjours dictes : Je vien, je vien; Espoir ! je vous congnois assez.
De voz promesses me lassez.
Dont peu à vous tenu me tien.
Se vous requier au besoin mien, Legierement vous en passez.
Tousjours, etc.
Espoir, etc.
Vous ne vous acquictez pas bien Vers moy, quant ung peu ne cassez Les soussiz que j'ay amassez En me contentant d'un beau rien. Tousjours, etc.
CHANCON
Loingtain de joyeuse sente, Où l'en peut tous biens avoir, Sans nul confort recevoir, Mon cueur en tristesse s'ente.
POBSIBS DE CHARLl» D'ORLÉANS. 215
Par quoy convient que je sente Mains grieiz maulx, pour dire voir.
LoingtaiD, etc.
Où l'en peut, etc.
En dueil a fait sa descente De tous poins, sans s'en mouvoir; Et s'il fault qu'à mon savoir Maugré mien je m'y consente.
Loingtain, etc.
CHANCON
Vivre et mourir soubz son dangier Me veult faire Merencolie; Jamais vers moy ne s'amolye, Mais plaisir me faist estranger.
D'ainsi demeurer, sans changer, Se me seroit trop grant folie.
Vivre et, etc.
Me veult, etc.
Pour d'elle plus tost me venger, Force m'est qu'à Confort m'alye, Acompaigné de Chiere lye; A le suir me vueil ranger.
Vivre et, etc.
Je ne prise point telz baisiers Qui sont donnez par contenance.
Ou par manière d'accointance ; Trop de gens en sont parconniers.
On en peut avoir par milliers, A bon marchié, grant habondance.
Je ne prise, etc.
Qui sont, etc.
Mais savez vous lesquelz sont chiers ?
Les privez venans par plaisance ; Tous autres ne sont, sans doubtance, Que pour festiers estrangiers, Je ne prise, etc.
CHANCON
Pourtant, s'avale soussiz mains, Sans mâcher, en peine confiz; Si ne seront ja desconfiz Les pensées qui m'ont en leurs mains.
En ce propos seurement mains.
Qu'il vendront à aucuns prouffiz.
Pourtant, etc.
San^ mâcher, etc.
Travail mectray, et soirs, et mains, Autant ou plus quanques je fiz, S'a les achever ne souflîz, D'en faire quelque chose au mains.
Pourtant, etc.
Ma seule amour, ma joye et ma maistresse, Puisqu'il mefaultloing de vous demeurer, Je n'ay plus riens à me reconforter.
Qu'un souvenir pour retenir lyesse.
En allegant, par espoir, ma destresse, Me conviendra le temps ainsi passer.
Ma seule, etc.
Puisqu'il, etc.
Car mon las cueur, bien garny de tristesse.
S'en est voulu avecques vous aler, Ne je ne puis jamais le recouvrer, Jusques verray vostre belle jeunesse.
Ma seule^ etc.
POBSIKS OK CHAHLES D'oaL^ANS. 217
CHANCON
Trop entré en la haulte game, Mon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la,- Fut ja pieca, quant Fafola Le trait du regart de ma Dame.
Fors lui, on n'en doit blasmer ame, Puisqu'ainsi fait comme fol Ta.
Trop entré, etc.
Mon cueur, etc.
Mieux Teust valu estre soubz lame, Car sotement s'en afola ; Si, lui dis je, mon cueur, hola!
Mais conte n'en tint, sur mon ame.
Trop entré, etc.
CHANCON
Se desplaire ne vous doubtoye, Voulentiers je vous embleroye Ung doulx baisier priveement, Et garderoye seurement Dedens le trésor de ma joye.
Mais que Dangier soit hors de voye, Et que sans presse je vbus voye.
Belle que j'ayme loyaument.
Se desplaire, etc.
Voulentiers, etc, Ung doulx, etc.
Jamais ne m'en confesseroye.
Ne pour larrecin le tendroye, Mais grant aumosne vrayement; Car à mon cueur joyeusement.
De par vous le presenteroye, Se desplaire, etc.
CHANCON
Pour awKis contenter, vous et moy,
21H POésiBS DB CHAR1.I8 U'ORL^ANS.
De bon cueur Qt entier povoir, Ne s'espargne Leal vouloir; Viengne avant sans se tenir quoy!
Commandez moy je ne scay quoy.
Vous verrez se feray devoir, Pour nous, etc.
De bon cùeur, etc.
Se faulx, par l'amoureuse loy Mis en fossé de Nonchaloir, Soye sans grâce recevoir ; Baillez la main, prenez ma foy, Pour nous, etc.
Malade de mal ennuieux, Faisant la peneuse sepmaine^ Vous envoyé, ma souveraine, Un souspir merencolieux.
Par lui saurez, mon bien joyeulx, Comment desplaisir me domaine.
Malade, etc.
Faisant, etc.
Car aler ne pevent mes yeulx, Vers la beaulté dont estes plaine, Mais au fort, ma joye mondaine, J'endureray pour avoir mieulx ; Malade, etc.
CHANCON
Tousjours dictes : Actendez, actendez, Pas ne payez vos recpnfors contons, Joyeulx espoir, dout maint$ sont malcontens , Qui ne scevent coairaent vous Venlendez ; De Fortune, pour Dieu, Tare destendez , Ne souffrez plus qu'elle face contons.
Tousjours, etc.
Pas ne payez, etc.
PORSIES DB CHARLSS d'ORLÉANS. 2if^
Vostre grâce tost sur moy estandez, Vous congnoissez assez à quoy contens ; Plus ne perdray utig tel trésor oom temps, Ainsi que fait qui son eur met en dex.
ïousjours, etc.
RONDEL
Prenez tost ce baisier, mon cueur, Que ma maistresse vous présente, La belle, bonne, jeune et gente, Par sa très grant grâce, et doulceur ; Bon guet feray, sus mon honneur, Afin que Dangier riens n'en sente.
Prenez tost, etc.
Que ma, etc.
Dangier toute nuit en labeur A fait guet, or giaten sa tente; Accomplissez brief vostre entente Tant dis qu'il dort, c'est le meilleur.
Prenez tost, etc«
CHANr.ON.
Resjouissez plus ung peu ma pensée, Leal espoir, et me donnez secours; Tousjours fuyez, et après vous je cours.
Où j'ay assez de paine despensée; •La verray je jamais recompensée?
Quelque office lui donnent en vos cours.
Resjouissez, etc.
Leal espoir, etc.
La penance soit par vous dispensée, Car désormais mes temps deviennent cours ; Ne souffrez plus son plaisirs en decours, Veu que vers vous n'a faulte pourpensée; Resjouissez, ete.
220 POÉSIBS DB CHARLRS D 'ORLÉANS.
CHANCON
Comment vous puis je tant amer Et mon cueur si très fort hair?
Qu'il ne me ehault de desplaisir Qu'il puisse pour vous endurer.
Son mal m'est joyeux à porter, Mais qu'il vous puisse bien servir.
Ck)mment vous, etc.
Et mon cueur, etc.
Las ! or ne deusse je penser Qu'à le garder et chier tenir.
Et non pourtant, mon seul désir.
Pour vous le vueil abandonner.
Comment, etc.
CHANCON
M'amye Espérance, Pourquoy ne s'avance Joyeulx Reconfort?
Ay je droit ou tort.
S'en lui j'ay fiance?
Peu de desplaisance Prent en ma grevance, Il semble qu'il dort.
M'amye, etc.
Pourquoy, etc.
Joyeulx, etc.
Quoy qu'à lui je tence, Pour sa bienvueillance Acquérir; au fort, Je suis bien d'accort D'aietendre allegance :
M'amye, etc.
CHANCON
Dedens mon sein, près de mon cueur
POÉSIES T>B CHARLB8 d'ORLBANS. 321
Vsj mussié ung privé baisier Quej'ayemblé, maugré Dangier; DoDt il meurt en paine et laogueur.
Mais ne me chault de sa douleur, Et en deust il vif enragier, Dedens mon, etc.
J'ay mussié, etc.
Se ma Dame, par sa doulceur, Le veult souffirir, sans m'empeschier, Je pense d'en plus pourchassier , Et en feray trésor greigneur.
Dedens mon, etc.
CHANCON
D'Espoir, et que vous en diroye?
C'est ung beau bailleur de parolles, Il ne parle qu'en parabolles, Dont ung grant livre j'escriroye.
En le lisant, je me riroye.
Tant auroit de choses frivoUes.
D'Espoir, etc.
C'est ung, etc.
Par tout ung an ne le liroye, Ce ne sont que promesses folles.
Dont il tient chascun jour escolles; Telles estudes n'esliroye.
D'Espoir, etc.
RONDEL
De vostre beaulté regarder.
Ma très belle, gente maistresse, Ce m'est certes tant de lyesse Que ne le sauriez penser.
Je ne m'en pourroye lasser, Car j'oublie toute tristesse.
De vostre, etc.
Ma très belle, etc.
Mais, pour mesdisans destourber De parler sus vostre jeunesse, Il fault que souvent m'en délaisse , Combien que ne m'en puis garder.
De vostre, etc.
CHANCON
Passez oultre, décevant Vueil, Où portez vous cest estendart De plaisant, actrayant regart , Soubz Temprise de Bel acueil ?
De ma maison n'entrez le sueil Plus avant, tirez autre part.
Passez oultre, etc.
Où portez, etc.
Vous taschez à croistre mon dueil, Et gens engigner par votre art ; A ! a ! maistre sebelin regnart, On vous congnoist tout cler à l'ueil.
Passez oultre, etc.
CHANCON
Trop estes vers moy endebtée, Vous me devez plusieurs baisiers, Je vouldroye moult voulentiers Que la debte fust acquictée; Quoyque vous soyez excusée Ôue n'osez pour les faulx Dangiers.
Trop estes, etc.
Vous me, etc.
J'en ay bonne lectre scellée, Paiez les, sans tenir si chiers ; Autrement, par les officiers D'Amours, vous serez arrestée.
Trop estes, etc.
POiisiES DE CHAKLBS b'ORLBANB. 2)3
CHANCOK.
Ma plus chier tenue richesse, Ou parfont trésor de penâée, Est soubz clef, seurement gardée, Par Espérance ma Déesse.
Se vous me demandez et qu'esse?
N'enquerez plus, elle est mussée.
Ma plus, etc.
Ou parfont, etc.
Avecques elle, seul, sans presse, Je m'esbas soir et matinée, Ainsi passe temps et journée, Au partir dy : Adieu maistresse.
Ma plus, etc.
CHANCON-
Vostre bouche dit : Baisiee moy, Se m'est avis quant la regarde ; Mais Dangier de trop près la garde.
Dont mainte doleur je reçoy.
Laissez m'avoir, par vostre foy, Ung doux baisier, sans que plus tarde.
Vostre, etc.
Se m'est, etc.
Dangier me heit, ne scay pourquoy?
Et tousjours destourbier me darde, Je prie à Dieu que mal feu Tarde f Il fust temps qu'il se teinst coy.
Vostre bouche, etc.
CHANCON
Va tost, mon amoureux désir.
Sur quanque me veulx obéir, Tout droit vers le manoir de Joyê ; Et poiur plus abregier ta Voye,
iti POÉSaSS DB CHARLES D'ORLIÎANS.
Prens ta guide doulx souvenir.
Metz peine de me bien servir, Et de ton messaige accomplir, Tu congnois ce que je vouldroye.
Va tost, etc.
Sur, etc.
Tout, etc.
Recommandes moy à Plaisir ; Et se brief ne peuz revenir, Fay que de toy nouvelles oye, Et par Bon espoir les m'envoye ; Ne vueilles au besoing faillir.
Va tost, etc.
CHANCON
Ou puis parfont de ma merencolie
L'eaue d'Espoir que ne cesse de tirer.
Soif de confort la me fait désirer,
Quoy que souvent je la trouve tarie,
Necte la voy ung temps et esclerde ,
Et puis après troubler et empirer.
Ou pui3, etc.
L'eaue, etc.
D'elle trempe mon ancre d'estudie;
Quant j'en escrips , mais pour mon cueur irer,
Fortune vient mon pappier dessirer,
Et tout gecte par sa grant felonnie.
Ou puis, etc.
CHANCON
Je me metz en vostre mercy; Très belle, bonne, jeune et gente , On m'a dit qu'estes mal contente De moy, ne scay s'il est ainsi.
De toute nuit je n'ay dormy, Ne pensez pas que je vous mente.
Je me, etc.
Ires belle, etc.
POÉSIES DE CUAHLES D 0JIL14.NS. 325
Pour ce, très humblemeat vous pry.
Que vous me dictes vostre entente ; Car d'une chose je me vante, Qu'en loyaulté n'ay point failly.
Je me, etc.
CHANCON
Monstrez les moy, ces povres yeuix, Tous batuz et deffigurez, Certes ilz sont fort empirez Depuis hier, qu'ilz valloient mieulx.
Ne se congnoissent ilz pas tieulx ; Mal se sont au matin mirez.
Monstrez les moy, etc.
Tous batuz, etc.
Ont ilz pleuré devant leurs Dieux? Comme de leur grâce inspirez, Ou s'ilz ont mains travaulx tirez, Priveement en aucuns lieux.
Monstrez les, etc.
CHANCON
S'il vous plaist vendre voz baisiers ,
J'en achecteray voulentiers.
Et en aurez mon cueur en gaige,
Pour les prendre par heritaige,
Par douzaines, cens ou milliers.
Ne les me vendez pas si chiers,
Que vous feriez à estrangiers,
En me recevant en hommaige.
S'il vous, etc.
J'en achecteray, etc.
Et en aurez, etc.
Mon vueil et mon désir entiers Sont vostres, maugré tous dangiers ; Faictes comme loyalle et saigc, Que pour mon guerdon et partaige,
POésiRS DE CUAHLBS DORL^Ams.
Je soye servy des premiers. S'il vous, etc.
CHANCON
Traitre regart, et que fais tu ?
Quant tu vas souvent in quesiu; Tu fiers sans dire : garde toy.
Et ne sces la raison pourquoy, N'il ne t'en chauit pas ung fostu.
Tu es de couraige testu, Et de fureur trop in estu, Change ton propos, et me croy.
Traitre, etc.
Quant, etc.
Tu fiers, etc.
On te deust batre devestu Parmi les rues cum mestv, Par l'ordonnance de la loy ; Car tu n'as leaulté, ne foy, On le voit in tuo gestu.
Traitre, etc.
CHANCON
Ma seule amour, que tant désire, Mon reconfort, mon doulx penser.
Belle, nompareille, sans per, Il me desplaist de vous escrire; Car j'aymasse mieulx à le dire De bouche, sans le vous mander.
Ma seule, etc.
Mon reconfort, etc^
Las ! or n'y puis je contredire ; Mais Espoir me fait endurer, Qui m'as promis de retourner En liesse, mon grief martire.
Ma seule, etc.
PttéaiBS DB CHARI.VS D'uRL^A^TS. 1^
CHANCON
Anuy, Soussy, Soing et Merencolie, Se vous prenez desplaisir à ma vie, Et desirez tost avancer ma mort , Tourmentez moy de plus fort en plus fort, Pour en passer tout à cop vostre envye.
Ay je bien dit ? Nennil, je le renye ; Et, par conseil de Bon espoir, vous prie Que m'espargnez, ou vous me ferez tort.
Anuy, Soussy, etc.
Se vous prenez, etc.
Et desirez, etc.
Et qu'esse cy ? je suis en rêverie,
11 semble bien que ne scay que je dye ;
Je dy puis Pun, puis l'autre, sans accôrt ;
Suis je enchanté? veille mon cueur ou dort?
Vuidez, vuidez de moy telle folie.
Anuy, Soussy, etc.
CUANCON.
Logiez moy entre voz bras, Et m'envoyez doulx baisier Qui me viengne festier, D'aucun amoureux soûlas.
Tandis que Dangier est las, Et le voyez sommeiUier, Logiez, etc.
Et m'envoyez, etc.
Pour Dieu, ne l'esveillez pas Ce faulx, envieux Dangier; Jamais ne puist s'esveiilier !
Faictes tost, et parlez bas.
Logiez moy, etc.
Se Dangier me toit le parler :
A VOUS, mon bel amy, sans per ; Par le pourchas des envieux, Non plus qu'on toucheroit aux cieulx, Ne me tendray de vous amer.
Car mon eueur m'a voulu laissier Pour soy du tout à vous donner, Et pour estre vostre en tous lieux.
Se Dangier, etc.
A vous, etc.
Par le, etc.
Tout son povoir ne peut garder, Que, sur tous autres, n'aye chier Vostre gent corps, très gracieux; Et se ne vous voy de mes yeulx.
Pourtant ne vous veuil je changier.
Se Dangier, etc.
CHANCON
Fault il aveugle devenir?
N'ose l'en plus les yeulx ouvrir, Pour regarder ce qu'on désire ?
Dangier est bien estrange sire, Qui tant veult amans asservir.
Vous lerrez vous anéantir.
Amours, sans remède quérir, Ne peut nul Dangier contredire ?
Faut il, etc.
N'ose l'en, etc.
Pour, etc.
Les yeulx si sont faiz pour servir,
Et pour raporter tout plaisir
Aux cueurs, quand ilz sont en marlire;
A les en garder, Dangier tire,
Est cç bien fait de le souffrir?
Faut il, etc.
POBSiBS DE CHARLES ll'ORLéAMS. 229
CHANCON
Riens ne valent ses mirlifiques, Et ses menues oberliques ; D'où venez vous ? petit mercier, Gueres ve vault vostre mestier, Se me semble, ne voz pratiques.
Chier les tenez comme reliques, Les voulez vous mectre en croniques, Vous n'y gangnerez ja denier.
Riens ne valent, etc.
Et ses menues, etc.
D'où venez vous, etc.
En plusieurs lieux sont trop publiques, Et pour ce, sans faire répliques, Desploiez tout vostre pannier ; ' AfÛn qu'on y puisse serchier Quelques bagues plus auctentiques. • Riens ne valent, etc.
CHANCON
Regardez moy sa contenance, Lui siet il bien à soy jouer ? Certes, c'est le vray mirouer De toute joyeuse plaisance.
Entre les parfaictes de France Se peut elle l'une advouer ?
Regardez, etc.
Lui siet, etc.
Pour fol me tien, quant je m'avance De vouloir les grans biens louer, Dont Dieu l'a voulu douer; Ses faiz en font la demoÀs^ance.
CHANCON
Petit mercier, petit pannier; Pourtant se je n'ay marchandise
230 POESIES DB CMABLBS D*0IILÉANS.
Qui soit du tout à vostr6 guise, Ne blasmez, pour ce, mon mestier.
Je gangne denier à denier, Cest loings du trésor de Venise.
Petit mercier, etc.
Pourtant, etc.
Et tandiz qu'il est jour ouvrier, Le temps pers quant à vous devise ; Je voys parfaire mon emprise.
Et parmi les rues crier :
Petit mercier, etc.
GHANCON.
Reprenez ce larron souspir Qui s'est emblé soudainement , Sans congié, ou commandement, • Hors de la prison de Désir.
Mesdisans l'ont ouy partir, Dont ilz tiennenMeur parlement.
Reprenez, etc.
Qui s'est, etc.
Se le meschant eust sceu saillir Sans noyse, tout priveement.
N'en peult chaloir, mais sotement L'a fait ; pour ce, l'en fault pugnir.
Reprenez, etc.
CHANCON
L'ostelléne de Pensée Plaine de venans et alans, Soussiz soient petitz ou grans, A chaseun est habandonnée; Elle n'est à nul reffusée, Mais preste pour tout las passans, L'ostellerie, etc.
Plaine de, ptr.
Plaisance chierement amée S'y loge souvent, mais nuisans Lui sont ennuiz gros et puissans, Quand ilz la tiennent empeschée.
Uostellerie, etc.
CHANCON
Fuyez le trait de doulx regard, Cueur, qui ne vous savez deflfendn^, Yeu qu'astes desarmé et tendre, Nul ne vous doit tenir couard.
Vous serez pris ou tost, ou tard, S' Amour le veult bien entreprendre* Fuyez le, etc.
Cueur, etc.
Retrayez vous sous Testendart De NoDchaloir, sans plus actendre ; S'a Plaisance vous laissiez rendre, Vous estes mort, Dieu vous en gard !
Fuyez le traita ^c.
CHANCON
Yver, vous n'estes qu'un villain, Esté est plaisant et gentil, En tesmoing de May et d'Avril, Qui Taccompaignent soir et main.
Esté revest champs, bois et fleurs.
De sa livrée de verdure, El de maintes autres couleurs, Par l'ordonnance de Nature.
Mais vous, Yver, trop estes plain De neige, vent, pluye et grezil ; On vous deast bannir en exil.
Sans point flater, .te perîe p!aln.
Yver, etc.
POl^SIES DE CHARLES D'cMUÉANS.
CHANCON
Mon seul aray, mon bien, ma joye, Cellui que sur tous amer reulx, Je vous piy que soyez joyeux, ' En espérant que brief vous voye.
Car je ne fais que quérir voye De venir vers vous, se m'aist Dieux.
Mon seul, etc.
Cellui, etc.
Et se par souhaidier povoye Estre empres vous, un jour ou deux, Pour quanqu'il a dessoubz les cieulx.
Outre rien ne souhaideroye.
Mon seul, etc.
Je le retiens pour ma plaisance, Espoir, mais que leal me soit.
Et, se jamais il me decoit.
Je renie son acointance.
Nous deux avons fait aliance, Tant que mon cueur tel Taparcoit.
Je le retiens, etc.
Espoir, etc.
Monstrer me puisse bienvueillance, Ainsi que mon penser conçoit, Dont mainte liesse reçoit; Quand à moy, j'ay en lui fiance.
Je le retiens, etc.
CHANCON
Je ne les prise pas deux blancs Tous les biens qui sont en amer, Car il n'y a que tout amer, Et grant foison de faulx semblans:
POLIES DB CUARLB8 D'ORUIaNS. 233
Pour les manlx qui y sont doublans.
Pire que les périls de mer.
Je ne les, etc.
Tous les, etc.
Hz ne sont à riens ressemblons, Car ung jour viennent entamer Le cueur, et après embasmer ; Ce sontamouretes tremblans.
Je né les, etc.
Hors du propos si baille gaige, Ce n'est que du jeu la manière , Nulle excusacton n'y quiere, Quoyque soit prouffit ou dommaîge.
Tousjours parle plus fol que saige, Cest une chose coustumiere.
Hors du propos, etc.
Ce n'est que, etc.
Se l'en me dit : Vous contez raige ; Blasmez ma langue trop légère, Raison de Secret tresoriere La tance, quant despent iangaige.
Hors du propos, etc.
CHANCÔN.
Au besoing congnoist on Tamy Qui loyaument aidier désire.
Pour vous je puis bien cecy dire, Car vous ne m'avez pas failly ; Mais avez, la vostre mercy.
Tant fait qu'il me doit suffire.
Au besoing, etc.
Qui loyaument, etc.
Bien brief pense partir de cy, Pour m'en aler vers vous de tire;
234 POlisiES DE CHARI.SS D'oilLéAPfS.
Loisir n'ay pas de vous escrire.
Et pour ce, plus avant ne dy.
Au besoing, etc.
CHANCON
Otres dévotes créatures, En ypocrisiiBs d^amours Que vous querez d'estranges tours !
Pour venir à voz aventures.
Vous cuidez bien par voz paintures, Faire sotz, aveugles et sours.
très dévotes, etc.
En ypocrisies, etc.
On ne peut desservir deux cures, Ne prendre gaiges en deux cours ; Prenez les champs, ou les faulbourgs, Hz sont de diverses natures.
très dévotes, etc.
CHANCON
Que c'est estrange compaignie De Penser joint avec Espoir ; Aidier scevent, et décevoir Ung cueur qui tout en eulx se fle.
H ne fault ja que je le dye, Chascun le peut en soy savoir.
Que c'est, etc.
De Penser, etc.
D'eulx me plains et ne m'en plains mye, Car mal et bien m'ont fait avoir ; Menty m'ont, et aussi dit voir, Je l'aveu et si le renye.
Que c'est, etc.
CHANCON
(Orléans.)
Sera elle point jamais trouvée?
POéSlBS 1>E CHARLES d'oHLÉANS. 2Stt
Celle qui ayme loyaulté, Et qui a ferme voulenté, Sans avoir legiere pensée.
Il convient qu*elle soit cnéi\ Pour en savoir la vérité.
Sera elle point, etc.
Celle qui, etc.
Je crois bien qu'elle est deftiée Des aliez de faulceté, Dont il y a si grant planté, Que de paour elle s'est mussiée.
Sera elle, etc.
CHANCON
(Responce du duc Jehan de Bourbon.)
Duc d'Orléans, je Tay trouvée Celle qui ayme loyaulté.
Et qui a ferme voulenté, Sans avoir legiere pensée.
Ja ne fault qu'elle soit criée, J'en scay assez la vérité.
Duc d'Orléans, etc.
Celle qui, etc.
C'est ma Dame très bien amée, Qui a des biens si grant planté, Qu'el ne craint vostre faulceté, Ne de ceulx de vostre livrée.
Duc d'Orléans, etc.
CHANCON
Puis ca, puis là.
Et sus, et jus, De plus en plus, Tout vient et va.
Tous on verra Grans et menus, Puis ca, etc.
Et sus, etc.
236 POÉSIBS DE CHARLES D'oRLBANS.
Vieulx temps desja, S'en sont courus, Et neufz venus, Que dea! que dea !
Puis cdj etc.
CHANCON
Dieu vous conduie, Doulx penser, Et vous doint faire bon voyage , ' Rapportez tostjoyeulx message Vers le cueur pour le conforter ; Ne vueillez gueres demourer, Exploictez comme bon et sage.
Dieu vous, etc.
Et vous, etc.
Riens ne vous convient ordonner, Les secrez savez du courage, Besongnez à son avantage,' Et pensez de brief retourner.
Dieu vous, etc.
CHANCON
Puisque par deçà demourons, Nous Saulongnois et Beausserons, En la maison de Savonnieres, Souhaidez nous des bonnes chieres Des Bourbonnois et Bourguignons.
Aux champs, par hayes et buissons, Perdrix et lyevres nous prendrons.
Et yrons pescher sur rivières.
Puisque, etc.
Nous, etc.
En la maison, etc.
Vivres, tabli^s, cartes aurons Où souvent nous estudirons;
POÉ»IBâ DB CHARLBS d'uKLBANS. 237
Vins, mangers de plusieurs manières, Galerons, sans faire prières, Et de dormir ne nous faindrons.
Puisque, etc.
CHANCON
Les fourriers d'Amours m'ont logé En ung lieu bien à ma plaisance, Dont les mercy de ma puissance, Et m'en tiens à eulx obligé.
Afin que tost soit abrégé Le mal qui me porte grevance, Les fourriers, etc.
En ung tieu, etc.
Desjaje me sensalegé, Garacointié m'a Espérance, Et croj qu'amoureux n'a en France Qui soit mieulx que moj hébergé.
Les fourriers, etc.
CHANCON
Penser, qui te fait si hardy, De mectre en ton hostellerie La très diverse compaignie D'Ennuy, Desplaisir et Soussy.
Se congié en as, si le dy, Ou se le fais par ta folie.
Penser, qui, etc.
De mectre, etc.
Nul ne repose pour leur cry, Boute les hors, et je t'en prie.
Ou il faut qu'on y remédie ; Veulx tu estre à tous ennemy ?
Penser, qui, etc.
CHANCON
Dont vient ce souleil de plaisance Qui ainsi m'esbluyst les yeulx?
238 PUKSIKS DR CHAHi.KS li'ORLRANS.
Beaulté, doulceur, et enoor mieulx Y sont à trop grant babondaooe; Soudainement luyst par semblanoe, Comme un escler venant des cieulx.
Dont vient, etc.
Qui ainsi, etc.
11 fait perdre la contenance A toutes gens, jeunes et vieulx; N'il n'est éclipse, se m'aist Dieux, Qui de Tobscurcir ait puissance.
Dont vient, etc.
CHANCON
(Fraigoe.)
Et où vas tu ? petit souspir, Que i'ay ouy si doulcement ; T'en vas tu mectre à saquement Quelque povre amoureux martir ?
Viens ca, dy moy tost, sans mentir, Ce que tu as en pensement.
Et où vas tu, etc.
Que j'ay, etc.
Dieu te conduye à ton désir, Et te remaine à sauvement; Mais je te requier bumblement Que ne faces ame mourir.
Et où vas tu, etc.
CHANCON
Laissez moy penser à mon aise, Helas ! donnez m'en le loisir, Je devise avecques Plaisir, Combien que ma bouche se taise.
Quant merencolie mauvaise Me vient maintes foîz assaillir, laissez moy, etc.
Helas! donnez, etc.
POlisiBS DE CHARLBS u'ORL^ANS. 230
Car affîn que mon cueur rapaise, J'appelle plaisant souvenir, Qui tantost me vient lesjouir ; Pour ce, pour Dieu, ne vous desplaise.
Laissez moy, etc.
CHANCON
As tu ja fait? petit souspir, Est il sur son trespassement ?
Le cueur qu'as mis à saquement ; A il remède de guérir?
Tu as mal fait de le ferir En baste, si piteusement.
As tu ja, etc.
Est il sur, etc.
Amours qui t'en doit bien pugnir, A fait de toy son jugement ; Pren francbise hastivement, Sauve toy, quant tu as loisir.
As tu ja, etc.
Levez ces cuevrecbiefz plus bault Qui trop cuevrent ces beaulx visaiges ; De riens ne servent telz umbraiges, Quant il ne fait baie, ne cbault.
On fait à beaulté qui tant vauU, De la musser, tort et oultraiges :
Levez ces, etc.
Qui trop, etc.
Je scay bien qu'à Dangier n'en cbault.
Et pense qu'il ait donné gaiges, Pour entretenir telz usaiges ; Mais l'ordonnance rompre fault.
Levez ces, etc.
CHANCON
Deux ou trois couples d'ennuys
240 POÉSIES DE CHARLES u'oHLéANR.
J'ay tousjours en ma maison, Désencombrer ne m'en puis, Quoyqu'à mon povoir les fuis, Par le conseil de raison.
Deux ou trois, etc.
Je les chasse d'où je suis, Mais en chascune saison , Hz rentrent par un autre huis.
Deux ou trois, etc.
CHANCON
Entre les amoureux fourrez.
Non pas entre les decoppez, Suis, car le temps sans refroidy, Et le cueur de moy Test aussi ; Tel me veez, tel me prenez.
Jeunes gens qui Amours servez, Pour Dieu, de moy ne vous mocquez.
Il est ainsi que je vous dy.
Entre les, etc.
Non pas, etc.
Car, quant Amours servy aurez Autant que j'ay, vous devendrez Pareillement en mon party ; Et quant vous trouverez ainsy, Comme je suis, lors vous serez.
Entre les, etc.