COPIE- DE LA QOIGTANCB DESSUS DICTE
Saichent presens et avenir, Que nous. Amours, par franc désir Conseillez, sans nulle contraincte, Apres qu'avons oy la plainte De Chaales le duc d'Orléans Qui a esté, par plusieurs ans, Nostre vray loyal serviteur Rebaillé lui avons son cueur
Qu'il nous bailla, pieca, en gaige, El le serment, foy et hommaige, Qu'il nous devoit quictié avons, Et par ces présentes quictons ; Oultreplus, faisons assavoir, Et certiffions, pour tout voir, Pour estoupper aux mesdisans La bouche, qui trop sont nuisans, Qu'il ne part de nostre service Par deffaulte, forfait ou vice, Mais seulement la cause est telle : Vray est que la Mort trop cruelle A tort lui est venu ester Celle que tant souloit amer, Qui estoit sa Dame et maistres«», S'amie, son bien, sa leesse ; Et pour sa loyaulté garder.
Il veult désormais ressembler A la loyalle turterelle Qui seule se tient, à par elle, Apres qu'elle a perdu son per ; Si lui avons voulu donner Congié du tout de soy retraire Hors de nostre court, sans forfaire.
Fait par bon conseil et advis De nos subgietz et vraiz amis, En nostre présent Parlement Que nous tenons nouvellement ; En tesmoing de ce, avons mis Nostre scel, plaqué et assis, En ceste présente quictance, Escripte par nostre ordonnance, Presens maitis notables recors, Le jour de la feste des morts, L'an mil quatre cent trente et sept, Ou chastel de Plaisant recept.
POLIES DB CHARLBS d'oRLÉANS. t)3
«ALADB.
Quant j*euz mon cueur et ma quictance, Ma Youlenté fut assouvie, Et non pourtant, pour Tacoinctance Qu'avoye de la seigneurie D'Amour, et de sa compaignie , Quant vins à congié demander.
Trop mal me fist la départie.
Et ne cessoye de plourer.
Amour vit bien ma contenance, Si me dist : Amy, je vous prie, S'il est riens dessoubz ma puissance Que vueiiliez, ne Tespargniez mie.
Tant plain fu de merencoiie, Que je ne peuz à lui parler Une parolle ne demie , Et ne cessoye de plourer.
Ainsi party en desplaisance D'Amour, faisant chiere marrie.
Et comme tout ravi en trance, Prins congié, sans que plus mot dye.
A Confort dist qu'il me conduye, Car je ne m'en savoye aler, J'avois la veue esbluye.
Et ne cessoye de plourer.
BALADE
Confort, me prenant par la main, Hors de la porte me convoyé; Car Amour, le Roy souverain, Lui chargea moy monstrer la voye Pour aler où je desiroye ; C'estoit vers l'ancien manoir Où en enffance demouroye, Que Ten appelle Nonchaloir.
94 POéSIBS DB CHARLES D'ORLÉANS.
A confort dis : Jusqu'à demain Ne me laissiez, car je pourroye Me forvoier, pour tout certain, Par desplaisir, vers la saussoye Où est Vieillesse rabat joye; Se nous travaillons fort ce soir, Tost serons au lieu que vouldroye, Que l'en appelle Nonchaloir.
Tant cheminasmes qu'au derrain Veismes la place que queroye ; Quant de la porte fu prouchain, Le portier, qu'assez congnoissoye, Sitost comme je l'appelloye, Nous receut, disant que pour voir Ou dit lieu bien venu esloye, Que l'en appelle Nonchaloir.
BALADE
Le gouverneur de la maison Qui Passetemps se fait nommer, Me dist : Amy, ceste saison Vous plaist il céans séjourner ?
Je respondy qu'à brief parler, Se lui plaisoit ma compaignie, Content esloye de passer Avecques lui, toute ma vie.
Et lui racontay Tachoison Qui me fist Amour délaisser; Il me dist qu'avoye raison, Quant eut veu ma quictance au cler, Que je lui baillay à garder.
Aussi de ce me remercie Que je vouloye demeurer Avecques lui, toute ma vie.
Le lendemain lectres foison
A Confort baillay à porter, . D'umble recommandacion, Et le renvoyay sans tarder Vers Amour, pour lui raconter Que Passetemps, à chiere lye, M'avoit receu pour reposer Avecques lui, toute ma vie.
A TRES NORLE, HAULT ET PUISSANT SEIGNEUR AMOUR, PRINCE DE MONDAINE DOULCEUR.
Très excellent, très hault et noble Prince, Très puissant Roy en chascune province, Si humblement que se peut serviteur Recommander à son maistre et seigneur.
Me recommande à vous, tant que je puis.
Et vous plaise savoir que toujours suis Très désirant oir souvent nouvelles De vostre estât, que Dieu doint estre telles. Et si bonnes, comme je le désire.
Plus que ne scay raconter ou escrire ; Dont vous suppli que me faictes sentir Par tous venans, s'il vous vient à plaisir.
Car d'en oir en bien, et en honneur.
Ce me sera parfaicte joye au cueur ; Et s'il plaisoit à vostre seigneurie Vouloir oir, par sa grant courtoisie, De mon estât ; je suis en très bon point.
Joyeux de cueur, car soussy n'ay je point , Et Passetemps, ou lieu de Nonchaloir, M'a retenu pour avec lui manoir El séjourner, tant comme me plaira, Jusques à tant que Vieillesse vendra ; Car lorg fauldra qu'avec elle m'en voise Finer mes jours ; ce penser fort me poise Dessus le cueur, quant j'en ai souvenance.
Mais, Dieu mercy, loing suis de sa puissance , Présentement je ne la crains en riens.
N'en son dangier aucunement me tiens.
En oultre plus, saichez que vous renvoyé Confort, qui m'a conduit la droicte voye Vers Nonchaloir, dont je vous remercie De sa bonne, joyeuse compaignie, En ce fait, à vostre commandement.
De bon vouloir et très soingneusement, Auquel vueilliez donner foy et fiance, En ce que lui ay chargié en créance.
De vous dire plus plainement de bouche ; Vous suppliant qu'en tout ce qui me touche.
Bien à loisir, le vueilliez escouter.
Et vous plaise me vouloir pardonner Se je n'escris devers vostre Excellence, Comme je doy, en telle révérence Qu'il appartient, car c'est par non savoir Qui destourbe d'acomplir mon vouloir.
En oultre plus, vous requérant mercy, Je cognois bien que grandement failly, Quant me party derrainement de vous.
Car j'estoye si rempli de courrons Que je ne peu ung mot à vous parler, Ne mon congié, au partir, demander ; • Avecques ce, humblement vous mercie Des biens qu'ay euz soubz vostre seigneurie.
Autre chose n'escris, quant à présent, Fors que je pry à Dieu, le tout puissant.
Qu'il vous octroit honneur et longue vie, Et que puissiez tousjours la compaignie De faulx Dangier surmonter, et deffaire, Qui en tous temps vous a esté cx)ntraire.
Escript ce jour troisiesme vers le soir.
En Novembre ou lieu de Nonchaloir.
Le Bien vostre Charles duc d'Orléans Qui jadis fut l'un de voz vrays servans.
POfelES DE CHARLES D'ORL^ANS. V7
Balades, chancons et complaintes Sont pour moy mises en oubly, Car ennuy et pensées maintes M'ont tenu longtemps endormy ; Non pourtant, pour passer toussy, Essayer vueil se je sauroye Bimer, ainsi que je souloye, Au moins j'en feray mon povoir, Combien que je congnois et scay Que mon langaige trouveray Tout enroillié de nonchaloir.
Plaisans parolles sont estaintes En moy qui deviens rassoty ; Au fort, je vendray aux actaintes, Quant beau parler m'aura failly ; Pourquoy pry ceulx qui m'ont oy Langaigier, quant pieca j'estoye Jeune, nouvel et plain de joye, Que vueillent excusé m'avoir; Oncques mais je ne me trouvay Si rude, car je suis, pour vray, Tout enroillié de nonchaloir.
Amoureux ont parolles paintes, Et langaige frais et joly ; Plaisance dont ilz sont acointes Parle pour eulx ; en ce party J'ay esté, or n'est plus ainsy; Alors, de beau parler trouvoye A bon marchié, tant que vouloye ; Si ay despendu mon savoir, Et s' ung peu espargné en ay, Il est, quant vendra à Tessay, Tout enroillié de nonchaloir.
L*E!fVOT.
Mon Jubile faire devroye, Mais on diroit que me rendroye • Sans cop ferir, car Bon espoir M'a dist que renouvelleray ; Pour ce, mon cueur fourbir feray Tout enroillié dé nonchaloir.
BALADE
L'emplastre de nonchaloir, Que sus mon cueur pieca mis , M'a guéri, pour dire voir, Si nectement que je suis En bon point, ne je ne puis Plusavoir, jour de.ma vie, • L'amoureuse maladie.
Si font mes yeulx leur povoir D'espier par le pays-, S'ilz pourroyent plus veoir Plaisant beaullé, qui jadis Fut l'un de mes ennemis.
Et mist, en ma compaignie, ' " L'amoureuse maladie.
Mes yeux teûse main et soir, Mais ilz sont si très hastis.
Et trop plains de leur vouloir ; Au fort, je les metz au pis, Facent selon leur advis ; Plus ne crains, dont Dieu mcircie.
L'amoureuse maladie.
l'envoy.
Quant je voy en doleur pris Les amoureux, je m'en ris ; Car je tiens, pour grant folie, L'amoureuse maladie.
POl^IBS DE CHARLES d'oRLÉANS. 99
BALADE
Mon cueur m'a fait commandemenl De venir vers vostre jeunesse , Belle que j'ayme loyaument, Gomme doy faire ma Princesse ; Se vous demandez pourquoi esse?
Cest pour savoir quant vous plaira Alegier sa dure destresse, Ma Dame, le sauray je ja ?
Dictez le, par vostre serment Je vous fais loyalle promesse, Nul ne le saura, seulement Fors que lui, pour avoir leesse ; Or lui monstrez qu'estes maistresse, Et lui mandez qu'il guérira, Ou s'il doit mourir de destresse.
Ma Dame, le saurai je ja ?
Penser ne ppurroît nullement Que la doleur, qui tant le blesse.
Ne vous desplaise aucunement ; Or faictes donc tant qu'elle cesse, Et le remectez en l'adresse D'Espoir, dont il party pieca; Respondez sans que plus vous presse, Ma Dame, le sauray je ja?
BALADE
Je meurs de soif, en cousté la fontaine ; Tremblant de froit, ou feu des amoureux ; Aveugle suis, et si les autres maine ; Povre de sens, entre saichans l'un d'eulx ; Trop négligent, en vain souvent soigneux C'est de mon fait une chose faiée, En bien et mal par fortune menée.
Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine ; Je joue et ris, quant me sens douloreux ; Desplaisance j'ay, d'espérance plaine; J'actens bon eur en regret angoisseux ; Rien ne me plaist, et si suis désireux ; Je m'esjois, et courre à ma pensée, En bien et mal par fortune menée.
Je parle trop, et me tai3 à grant paine ; Je m'esbahys, et si suis courageux ; Tristesse tient mon confort en domaine, Faillir ne puis, au moins à l'un des deux ; Bonne chierre je faiz, quant je me deulx ; Maladie m'est en santé donnée.
En bien et mal par fortune menée.
i/knvoy.
Prince, je dy que mon fait maleureux, Et mon prouffit aussi avantageux, Sur ung hasart j'asseray quelque année, En bien et mal par fortune menée.
BALADE
Comment voy je les Anglois esbahys,
Resjoys tôy, franc royaume de France ,
On apparcoit que de Dieu sont hays ;
Puis qu'ilz n'ont plus rx)uraige ne puissance ;
Bien pensoient, par leur oultrecuidance,
Toy surmonter, et tenir en servaige ;
Et ont tenu à tort ton heritaige;
Mais à présent Dieu pour toy se combat,
Et se monstre du tout de ta partie ,
Leur grant orgueil entièrement abat ,
Et t'a rendu Guyenne et Normendie.
Quant les Anglois as pieca envays, Rien ny valoit ton sens, ne ta vaillance ; Lors estoies ainsi que fut Tays
POÉSIES DB CUAftLSS DORLÉAMS. 101
Pécheresse qui pour faire penance, Enciouse fut par divine ordonnance ; Ainsi as tu esté en reclusaige De desconfort, et douleur de couraige.
Et les Ânglois menoient leur sabat, En grans pompes, baubans et tirannie.
Or, a tourné Dieu ton dueil en esbat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.
N'ont pas Anglois souvent leurs Rois trays ?
Certes ouil, tous en ont congnoissance ; Et encore , le Roy de leur pays Est maintenant en doubteuse balance ; D'en parler mal, chascun Anglois s'avance; Assez monstrent, par leur mauvais langage, Que voulentiers ilz lui feroyent oultrage ; Qui sera Roy entr'eulx est grant desbat ; Pour ce, France, que veulx tu que te dyo?
De sa verge Dieu, les punist et bat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.
PRINCB.
Roy des Français gaigné as l'asvantaige^ Parfaiz ton jeu, comme vaillant etsaige, Maintenant l'as plus belle qu'au rabat.
De ton bon eur, France, Dieu isamçreie ; Fortune en bien avecques toi s'embat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.
BALADE
On parle de religion Qui est d'estroîcte gouvernance, Et, par ardant devocion, Portent mainte dure penance ; Mais, ainsi que j'ay congnoissance, Et selon mon entencion,.
Entre tous, j'ay compassion Des amoureux de Tobservance.
102 POésiBS DE CHARLES d'OHLÉANS.
Toujours par contemplacion
Tiennent leurs cueurs raviz en trance,
Pour venir par perfection
Au hault Paradis de Plaisance ;
Chault, froit, soif et faim d'espérance,
Souffrent en mainte nacion;
Telle est la conversacion
Des amoureux ^e Tobservance.
Piez nuz, de consolacion Quierent Taumosne d'alegence ; Or ne veulent ne pension, Fors de pitié pour pitance ; En bissacs plains de souvenance, Pour leur simple provision, N'est ce saincte condicion Des amoureux de l'observance?
l'envoy.
Des bigotz ne quiers Taccointance, Ne loue leur oppinion, Mais me tiens, par affection, Des amoureux de l'observance.