‹ Poésies de Charles PoncyChapitre 119 sur 177 · A UNE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE FILLE

Dont la prunelle , Heur d'azur, Aux jardins du ciel est éclose.

Ce n'est pas tout : je sais encor Une tête deux fois bénie , Un front bouclé de tresses d'or, Ceint de rayons et d'harmonie.

Cette douce et divine fleur, Cette blanche étoile qui brille , Cet ange d'amour, de bonheur, Tout cela, c'est vous, jeune fille!

tiS

L'OCÉAN

L'Océan, l'Océan! toujours lui! Ma pensée Ne rencontre jamais , dans sa course insensée, Que les flots ou les rocs dont il ronge les flancs Soit qu'un calme superbe à sa surface dorme, Ou que, sur la falaise énorme, Viennent bondir ses flots tremblants , Comme un glacier polaire , à colossale forme , Escaladé par des ours blancs.

Océan, que veux-tu? Dis-moi qui l'autorise A flageller ces rocs que Ion (loi pulvérise?

L'OCÉAN

Veux-tu donc engloutir tous ces mâles vieillards Contemporains du jour où , de ses mains fécondes ,

Dieu créa les soleils, les mondes,

Et les lança comme des chars?

Veux-tu , brisant sur eux tes orgueilleuses ondes ,

Saper ces antiques remparts?

Dieu ne les a point faits avec ces fronts arides Oii, comme autant de socs, tes flots creusent des lidc; Si larges qu'on dirait le lit d'un vieux torrent ; Il ne les a point faits avec ces teintes sombres,

Avec ces creux, séjours des ombres.

D'où sort un râle déchirant; Avec ces pieds minés , cachés sous des décombres

Que le vent balaie en courant.

Tes tlots ont seuls flétri leur beauté primitive. Tes flots , que l'ouragan brasse et lance à la rive , Ont osé mutiler ses types souverains.

Pourquoi venir vers nous avec ces voix sauvages?

A quoi bon tous ces grands ravages ,

Ce flot qui hérisse ses crins , Ecume et fait voler le sable des rivages ,

Comme un coursier rompant ses freins?

Et l'Océan me dit : « Assieds-toi sur les crêtes Des rocs, dont j'ai fouillé jusqu'aux grottes secrètes. Et tandis que le soir rembrunira les cieux, Tandis que lu verras mes plage? grandioses

Retléler les nuages roses Au fond des flots tumultueux , Dieu , peut-être , à ton cœur révélera les causes De mon courroux majestueux!

Crois-tu donc que mes flots, sans que Dieu les dirige, Harcèlent ces rochers dont la laideur t'affli2:e? Crois-lu que l'ouragan , noir cavalier des mers , Enfonce dans mes flancs ses éperons d'éclairs ; Qu'il fasse succéder, sur mes déserts sublimes, Les abîmes aux monts et les monts aux abîmes. Qu'il parle par la voix des tonnerres grondants ; Que ses jours de colère, en malheurs abondants. M'arment , contre mes bords , d'une telle inclémence , Sans qu'un but soit caché sous ce travail immense? Un bras divin me guide, et mes flots éternels Accomplissent de Dieu les ordres solennels. Tranquille, ou foudroyant les rives, de ma rage. Mon calme et ma fureur sont toujours son ouvrage , Et qui peut demander au Dieu qui nous régit Pourquoi le ciel foudroie et l'Océan mugit? ...»

Et je compris alors combien de grands symboles Vivent sur l'Océan, de l'équateur aux pôles; Et combien, dans ses flots, ses cris, ses mouvements. Le poëte pouvait puiser d'enseignements.

Et mon œil embrassa toutes ces mers ensemble

Que Dieu soulève ou dompte alors que bon lui semble

LOCÉAN. 277

Vastes chemins du monde à tous les pas ouverts; Grands bazars où l'on voit échanger, des empires

Les batailles ou les sourires,

Les produits, les trésors divers; Où viennent se croiser, sur des ponts de navires ,

Tous les destins de Tunivers.

Les mers , ces sœurs du ciel , qui rapprochent les mondes ; Les mers, dont tout poëte a salué les ondes. Depuis les bardes grecs jusqu'à ceux d'Albion ; Plaine qui vibre encor des poëmes d'Homère ;

Qu'Ossian appela la mère

De sa vaste inspiration.

Et dont l'immensité , devant l'homme éphémère ,

Luit , depuis la création !

El j'admirai la mer, et je crus voir en elle Le peuple souverain , la famiUe éternelle , Qu'un mot de Dieu soulève aux jours prédestinés, Qui bout, pareille aux flots que l'orage incendie;

Qui , par le canon applaudie ,

Ecrase les rois consternés; Et dont la paix endort, comme une mélodie,

Les flots à ses pieds ramenés.

Et je revis le peuple , armé de ses colères , Dans ces flots qui livraient , aux rochers séculaires , A ces rois de la mer, de monstrueux combats. Tous ces flots, bondissant dans le vaste hippodrome,

Au roc, pâle comme un fantôme.

Semblaient de farouches soldats ;

Chaque éclair qui brillait était un glaive d'homme; Chaque tonnerre , le trépas.

Les vagues, de ces rocs broyèrent la couronne Et les beaux piédestaux , ces images du trône ! Et j'entendis leur voix de vainqueur exalté Improviser soudain de longs hymnes de gloire

Qui , de la mer muette et noire ,

Ebranlèrent l'immensité :

Les flots avaient rompu leur digue, et leur victoire

Avait conquis la liberté.

Cette scène, ces cris, ces nocturnes batailles,

Que la mer exhumait de ses sombres entrailles ,

Ces plages , exhalant de funèbres sanglots ,

Ces blocs décapités par le courroux des flots ,

A ma jeune pensée, aux souvenirs fidèle.

Du grand quatre-vingt-treize offraient le grand modèle.

Comme alors se mêlait, sous un ciel ténébreux,

La fièvre de la joie aux désespoirs nombreux !

Mais sur tous ces rapports je méditais encore,

Que je vis l'aube blanche à l'horizon éclore.

Alors je m'écriai , d'un saint transport saisi :

(t L'énigme de nos jours semble briller ici.

En contemplant la mer qu'un divin souffle anime,

A mes yeux, l'avenir des peuples s'illumine.

Aux peuples, comme aux flots, l'Eternel, de sa main,

Pour les conduire au but, indique le chemin.

La science et la paix éclaireront le monde,

L'OCEAN. 279

Ainsi que l'Océan des feux du jour s'inonde. L'ignorance et l'erreur, qui pesaient sur nos jours, Comme ces noirs rochers tomberont pour toujours; Comme ces flots puissants , que le calme rassemble , Dans un amour sans tin nous nous fondrons ensemble; Et, le ciel souriant à cet hymen béni, iSous aurons le bonheur comme il a l'infinio Car Dieu , qui des soleils maintient seul l'équilibre , Veut que l'homme , les vents , les flots , tout vive libre , Que tout ce qu'il a fait s'épanouisse au jour, Que chacun ait sa part de soleil et d'amour ! L'humanité , longtemps à de grands maux soumise , Marche à pas de géant vers la terre promise. Rien ne peut l'arrêter dans son sublime effort. Car le bras populaire est un bras vaste et fort. Quand il entame une œuvre, il faut qu'il l'accomplisse, Et dans tout ce qu'il fait, le ciel est son complice. «

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