PETIT EPILOGUE AUX TOULONNAIS
A mes doubles travaux je veux rester fidèle , Et bien des fois encore, au bruit de la truelle, Dans nos bruyants chantiers, à tous les vents ouverts, Je mêlerai le bruit harmonieux des vers.
Faire aux champs du labeur fleurir la poésie , Travailler et chanter, voilà toute ma vie ; Et, sous notre beau ciel vivi'e avec vous toujours, Voilà tous mes souhaits, voilà tous mes amours.
Ma vie, au sein de vous, coule libre et contente;
Les royales cités , la fortune qu'on tente ,
Les voyages lointains où l'on va recueiUir
Des souvenirs puissants que rien ne peut vieillir.
Et la gloire, la gloire, attrayante sirène
Dont chacun veut grossir le cortège de reine ,
Rien ne m'éloignera de ces bords radieux
Que baise avec amour le flot mélodieux.
Ce bonheur fugitif, qu'un songe idéalise.
Sous notre ciel heureux pour moi se réahse,
Et le vent parfumé qui descend de nos monts ,
Les brises de la mer, que boivent nos poumons,
Le chant des golfes bleus que nos hivers tourmentent,
Sont la source divine où mes jours s'alimentent.
Oui, j'aime notre golfe à l'éclatant azur.
Chaque pas, sur ses bords, m'improvise un Tibur.
Aux caprices des vents je livre mes pensées,
Et sur l'aile des vents, ces graves insensées
Jusqu'au delà des cieux étendent leur essor.
Comme pour y chercher d'autres mondes encor.
J'aime mon beau pays, dont lu nature encadre
La tête par les monts , les pieds par notre escadre ; L'archipel de vaisseaux sur nos flots suspendu , Ce bras droit de la France à l'Orient tendu ! Nos vieux quais, abrités contre la mer foraine, Et devenus le seuil de la France africaine ; J'aime, j'aime Toulon, car en lui j'ai trouvé Un peu de ce bonheur qu'enfant j'avais rêvé; Parce que , loin de lui , l'ennui sombre m'écrase , Parce que son soleil me féconde et m'embrase; J'aime, j'aime Toulon, et mon cœur et ma voix Ont chanté ses splendeurs une seconde fois.
Mais, je l'avoue encor, mon ardeur est passée.
L'âge , en la mûrissant , a vieilli ma pensée ,
Et ma muse, jadis avec joie arrivant.
Hélas! à mes appels reste sourde souvent;
Et cette douce vierge , étoile de ma vie ,
Qu'avec tant de ferveur ma jeunesse a servie,
Devant les grands malheurs qui sont tombés sur moi ,
Est remontée au ciel toute pâle d'effroi.
Mes frères, mes amis! si ma sainte patrône
Ne redescend jamais de son céleste trône.
Que mes derniers accents , de leur faiblesse absous ,
Soient, comme leurs aînés, bien accueillis par vous.
FIN DU CBANTIEn.
LE FORGERON