A MA JALOUSE
Oh ! qu'eUe soit le seul nuage Qui s'élève entre notre amour.
Tu la bénirais à ton tour Si de tous nos bonheurs je t'y montrais l'image.
Quel doigt mystérieux y peint notre avenir? Connne elle s'arrondit dans l'air où son flot nage ! Vois , ne dirait-on pas l'anneau de mariage Qui doit quelque jour nous unir?
Maintenant, par le vent chassée, Et formant un plus large rond , Elle vient poser sur ton front La couronne de fiancée !
Puis , dans les cieux , par un souffle effacée , Ne t'offre-t-elle pas l'image des beaux jours;
Et ne semble-t-eUe pas dire :
Videz , jeunes enfants , la coupe des amours ;
Car, à vingt ans, le fleuve du délire, Comme mon flot qui monte et dans son vol expire , A déjà ralenti son cours?
Laisse-moi le cigare, ô jalouse charmante ! Puisqu'il est envers toi vierge de tout larcin,
Puisqu'au contraire il alimente La lyre sous mes doigts et l'amour dans mon sein .
LA HARPP: D'OSSIAN
Sur la mouvante cime
Des flots éehevelés ,
La harpe maritime Vers nos falaises vole , et rend im cri sublime En heurtant tout à rouj) les rochers dentelés.
Semblable à ces nacelles Oui, Inyant loin d(^s bords.
Inondent (rétimcUcs
Le remous écumant qui bondit après elles,
La harpe inonde l'air d'un long torrent d'accords.
Mais la lame écumanle ,
Dont la poitrine bout
Au feu de la tourmente , Lance au sommet des rocs la harpe gémissante, Qui, malgré l'ouragan, y demeure debout.
La voilà sur les crêtes
De ce Memnon scabreux ;
Et les flèches muettes Des éclairs dévorants , doigts de feu des tempêtes , Arrachent à son sein des accents ténébreux.
Elle est enveloppée
Dans de sombres i)rouillards.
La foudre l'a frappée ; Et chaque corde luit, connue l'ardente épée Qui nmtile l'acier du casque des fuyards.