‹ Poésies de Choderlos de LaclosChapitre 9 sur 27 · A MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE

'ois- JE croire ce qu'on m'écrit?

Julie, est-il donc vrai ? Quoi ! malgré mon absence, La gaieté n'a cessé d'animer ton esprit,

Voilà quelle est ma récompense !

Ah ! les absens ont tort, on me l'avoit bien dit. Quoi! le jour d'un départ, passer son temps à rire!

Pas l'ombre même du chagrin !

Encor n'aurois-je eu rien à dire

Si c'eût été le lendemain :

L'étiquette eût été remplie ; Mais rire le jour mè-ne est une perfidie.

Je te croyois un si bon cœur !

J'ai si souvent vu la douleur,

Pour un rien, obscurcir tes charmes !

Un chat, un chien, quelques oiseaux,

Te causoient de vives alarmes ;

De la foule des animaux

A qui tes yeux donnent des larmes.

Dis, par quelle fatalité,

Ton amant seul se voit-il excepté ?

Je pourrois bien, ô ! ma Julie,

De la Suze suivant les pas,

Te faire ici quelque élégie

Qu'à coup sûr tu ne lirois pas :

Mais je prends un parti plus sage.

Et sans me plaindre davantage, Avec toi, volontiers, je demeure d'accord Que rlie va si bien à l'air de ton visage,

Qu'en riant, tu n'as jamais tort.

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