A MADEMOISELLE
'ois- JE croire ce qu'on m'écrit?
Julie, est-il donc vrai ? Quoi ! malgré mon absence, La gaieté n'a cessé d'animer ton esprit,
Voilà quelle est ma récompense !
Ah ! les absens ont tort, on me l'avoit bien dit. Quoi! le jour d'un départ, passer son temps à rire!
Pas l'ombre même du chagrin !
Encor n'aurois-je eu rien à dire
Si c'eût été le lendemain :
L'étiquette eût été remplie ; Mais rire le jour mè-ne est une perfidie.
Je te croyois un si bon cœur !
J'ai si souvent vu la douleur,
Pour un rien, obscurcir tes charmes !
Un chat, un chien, quelques oiseaux,
Te causoient de vives alarmes ;
De la foule des animaux
A qui tes yeux donnent des larmes.
Dis, par quelle fatalité,
Ton amant seul se voit-il excepté ?
Je pourrois bien, ô ! ma Julie,
De la Suze suivant les pas,
Te faire ici quelque élégie
Qu'à coup sûr tu ne lirois pas :
Mais je prends un parti plus sage.
Et sans me plaindre davantage, Avec toi, volontiers, je demeure d'accord Que rlie va si bien à l'air de ton visage,
Qu'en riant, tu n'as jamais tort.