‹ Poésies de Daniel LesueurChapitre 7 sur 85 · LA MORT DES DIEUX · texte numérisé non relu

LA MORT DES DIEUX

Quand tu brandis contre eux un inutile glaive,

C'est ton illusion que menace ta main ;

Si tu crois saluer une aube qui se lève,

Vois, tes propres flambeaux blanchissent ton chemin.

Va donc, poursuis un songe après un autre songe : Tu ne peux échapper à la loi de ton cœur. Mais écoute. . . Dans l'ombre où ton blasphème plonge, C'est de ta seule voix que rit l'écho moqueur.

Cest toi, c'est ton passé, dont ainsi tu te railles. Soit, tous tes dieux sont morts sous ton bras forcené ; Mais d'autres de ton sein vont naître, et tes entrailles Demain feront jaillir ton rêve nouveau-né.

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L'an s l'abîme sacré, dans l'infini mystique Où sont assis les dieux, ô Pallas-Athéné, Daigne écouter l'accent de mon pieux cantique! Reviens, reviens, Déesse, à la colline antique, Fais resplendir encor ton temple profané!

Nous avons mutilé ton Parthénon sublime,

Nous, fils lourds et grossiers des Goths aux cheveux roux.

Ton pardon ne saurait effacer un tel crime.

De ses sombres erreurs notre race est victime;

Leur poids l'écrase encor, bien plus que ton courroux.

Mais du moins laisse-moi, noble Reine offensée, Sur ton autel détruit verser mes pleurs amers ! Car il fut le sommet de l'humaine pensée. Sitôt qu'il a péri, la nuit s'est abaissée Sur ce triste Occident déchiré par les mers.

Mille ans elle a régné, la nuit épouvantable. Tu te taisais alors et détournais les yeux, O Raison, ô Beauté sereine et redoutable! Lorsque fondit sur nous l'horreur inévitable, Muette, tu voilas ta face au fond des cieus.

Le jour pourtant revint. Une tremblante aurore Palpita tout à coup vers l'horizon sanglant. Le vague écho lointain de ton clairon sonore, O Vérité, passa, puis grandit plus encore... L'Art ancien du tombeau surgit en chancelant.

C'est qu'une vision, pâle encore et divine, Dans les cœurs torturés montait avec lenteur; C'est qu'au souffle venu de ta sainte colline, O- Pallas-Athéné, sur le front qui s'incline Planait le vol puissant de l'Idéal sauveur.

Le Moyen Age obscur tressaillit d'allégresse; Le monde crut renaître en retrouvant tes lois. Des vrais amants du Beau n'es-tu pas la maîtresse? La Grèce nous inspire et tu guidas la Grèce. Tous les grands siècles d'art sont éclos à ta voix.

Mais jamais l'Idéal, dont l'âme est altérée, Qu'elle poursuit toujours et qui toujours s'enfuit, Ne manifesta mieux sa présence adorée Que dans l'antique Hellas, dans la terre sacrée, Dont seul l'éclat splendide a vaincu notre nuit.

Jamais il ne trouva de plus parfait symbole

Que toi-même, ô Paljas : Beauté, Force et Raison!

Nul temple n'égala celui de l'Acropole.

Sous un clair ciel d'azur, merveilleuse coupole,

Q.uel peuple fier et doux remplissait ta maison !

Quels nobles citoyens, devant tes Propylées, S'abordaient pour parler des dieux et des destins! Leurs paroles de feu, dans l'espace envolées, Enchantent aujourd'hui nos âmes consolées Et sont le vrai flambeau de nos pas incertains.

Telle est ton œuvre immense, ô Reine salutaire ! Mais quelle ingratitude a payé tes bienfaits! Ton culte a cessé d'être en honneur sur la terre, Tu n'es plus qu'une idole, on rit de ton mystère. Le respect des dieux pèse à nos cœurs imparfaits.

Au temps de Périclès que tu paraissais belle 1 Ta force le cédait alors à ta douceur. De pompeux cavaliers, en file solennelle, Célébraient sur ta frise une fête éternelle, Et chaque Athénienne était ta blanche sœur.

O Vierge! pour montrer ta face auguste et pure, Pour mieux fixer les traits sous lesquels tu survis, Tu créas Phidias... L'art passa la nature, Et soudain tu parus, divine sous l'armure, Toute d'ivoire et d'or au fond du saint parvis.

De ton sublime front, d'où la clarté ruisselle,

Sans cesse descendit dès lors la vérité.

Dî tes rayons brûlants quelque ardente parcelle

Chaque jour du génie alluma l'étincelle,

Et le monde ébloui vécut pour ta beauté.

Ton culte universel n'avait point de sceptique, Tout mortel était prêtre à tes divins autels. Euripide charmait les paysans d'Attique, Et l'humble mendiant, assis sous ton portique, Discutait de Platon les dogmes immortels.

Qu'il était donc aisé de suivre ta loi douce Lorsque sur l'Acropole on pouvait t'approcher! Mais le front de ton temple a roulé sur la mousse. Toujours vers l'avenir notre destin nous pousse. Où faut-il, où faut-il à présent te chercher?

Jamais nous n'atteindrons la grâce athénienne, Minerve, car en nous survivent nos aïeux, Durs guerriers, descendus de la Scythie ancienne, Dont la fureur brisa cette ville, la tienne, Où, fière, tu posais ton pied victorieux.

Que d'efforts il nous faut pour secouer une heure Le lourd fardeau sanglant des siècles entassés! L'abeille de l'Hymette en vain passe et m'effleure... Pour moi, triste étranger, qui lutte, implore et pleure, Ce doux frisson subtil, hélas! n'est point assez.

A peine ai-je compris, ô Minerve d'Athène, La pensée enfermée en ton front radieux. Qu'es-tu? Qu'enseignes-tu, Vierge pure et hautaine: Vois, mon âme est fervente et pourtant incertaine.., Découvre à mes regards ton sens mystérieux.

Toi que l'Amour jamais n'a trouvée accessible, Toi dont le sang jamais sous ses dards n'a coulé, Es-tu la Pureté, ferme, austère, inflexible, Qui sur les chastes mœurs, sur le foyer paisible, Pose des peuples forts l'empire inébranlé?

Mais n'es-tu pas, ô toi qu'invoquait Praxitèle, Du génie enflammé l'étincelle de feu?

Dans ses moindres débris ton Parthénon révèle Un tel souci du Beau, que nul peuple fidèle N'offrit pareil présent en hommage à son Dieu.

Oh! si tu descendais de ta lointaine cime,

Dans le vide et la nuit las enfin de crier,

Nous courberions nos fronts sous ta règle sublime.

Vois, tous nos dieux brisés ont glissé dans l'abîme,

Pourtant nous ne pouvons désapprendre à prier.

Il s'éteint sans écho, le blasphème farouche

Par ce siècle hardi lancé contre le ciel.

La grâce du divin nous attire et nous touche,

L'infini nous reprend... Nous fermons notre bouche,

Mais notre cœur charmé chante un hymne éternel.

Minerve, c'est pourquoi les hommes de notre âge, Las de leurs durs travaux, s'émeuvent à ton nom. Dans nos songes troublés vient flotter ton image, Et l'incrédule aussi, qui se croit le plus sage, Pleure, et baise, incliné, le seuil du Parthénon.

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TTIOLOGUE

L'an s ce monde marqué des pas de l'homme antique, Sur cette terre esclave où notre règne croît, Domaine familier, que nous trouvons étroit, Et qui porte gravé, comme au front d'un portique, Les mots de Vérité, de Justice et de Droit;

Tandis que notre esprit suit sa marche hautaine, Que nos robustes bras se tendent pour l'effort, Que notre cœur bondit, fier, amoureux et fort, Trois maîtres sur nos seins scellent leur triple chaîne, Savoir : l'Illusion, le Désir et la Mort.

Un jour ils m'ont parlé; j'ai connu leur empire, Ce qu'ils font de la vie en ses instants trop courts, Et l'ombre d'où je viens, et le but où je cours, Et le fatal destin de tout ce qui respire... Et chacun l'apprendra, car voici leurs discours :

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