Surmonte, dépasse, sur
11. — [On assure que Malherbe lui-même condamnait cette expression. Il avait tort. Racine a dit [Eslii., III, iv) :
Ont vu bénir le cours de leurs destins prospères.
A. GiiÉ.MEr..] Ei Voltaire dans Œdipe, IV, 1 :
Dans le cours triomphant de ses destins prospères.
Voyez. dons la Vie de Malherbe par Racan l'anecdote relative à M. de Termes. — « Je ne sais, dit Ménage (à propos du mot prospère) pourquoi nos puristes font aujourd'hui dilficulté de s'en servir. « Prospère, remarque d'Olivet [sur Racine), ne se dit presque plus en prose; mais en vers il est toujours beau, et ce mot n'est pas le seul qui, à mesure qu'il vieillit pour la prose, n'en devient que plus poétique. » Voy. le Lexique de Corneille de M. Godefroy.
12. — Change, succession d'étals divers; il a dit autre part, XLYII1, 16 : « Le. change des saisons. ■•
POÉSIES DE F. KALHERBE. 89
Que les rois los plus adorables N'en quittenf l'honneur à mon roi?
Quelle terre n'est parfumée 25
Des odeurs de sa renommée ?
Et c £ 1 1 i peu! nier qu'après Dieu, Sa gloire, qui n'a point d'exemples, N'ait mérité que dans nos temples On lui donne le second lieu ? r,0
Qui ne sait point qu'à sa vaillance
11 ne se peut rien ajouter?
Qu'on reçoit de sa bienveillance
Tout ce qu'on en doit souhaiter ?
El que si de cette couronne, 53
Que sa tige illustre lui donne,
Les lois ne l'eussent revêtu,
Nos peuples d'un jusk- suffrage
Ne pouyoient, sans faire naufrage,
Ne l'offrir point à sa vertu ? 40
Toutefois, ingrats que nous sommes.
Barbares et dénaturés, Plus qu'en ce climat où les hommes Par les hommes sont dévorés,
20. — [Os deux vers ont une tournure bouffonne. Odeur de suint se sentait à la ronde!
A ClIKMEIt.]
50. — [Tous ces éloges-là sont d'une gaucherie! A. Chbnieb.] 59. — [Rime parasite. A. Chémer.]
40. — « La mêine idée, remarque M. Lalanne, est exprimée dans les vers de Ronsard sur Charles IX :
Et quand il ne seroit héritier de l'Empire,
Sur ses rares vertus on le de\roit élire.
90 POÉSIES DE F. KALHERBE.
Toujours nous assaillons sa tète 4".
De quelque nouvelle tempête :
Et d'un courage forcent'1.
Rejetant son obéissance,
Lui défendons la jouissance
Du repos qu'il nous a donné. 50
La main de cet esprit farouche,
Qui, sorti des ombres d'enfer,
D'un coup sanglant frappa sa bouche,
A peine avoit laissé le fer;
Et voici qu'un autre perfide. 55
Où la même audace réside.
Comme si détruire l'État
Tenoit lieu de juste conquête,
De pareilles armes s'apprête
A faire un pareil attentat. 00
O soleil, ù grand luminaire !
Si jadis l'horreur d'un festin
Fit que de ta route ordinaire
Tu reculas vers le matin.
Et d'un émerveillable change G*
Te couchas aux rives du Gange,
D'où vient que ta sévérité.
Moindre qu'en la faute d'Atrée,
53. — Jean Chàtel, qui blessa le roi à la lèvre dans la chambre même de Gabrielle d'Estrées.
Go. — Emerveillable, non recueilli par l'Académie. Voy. d'autres exemples dans Littré. — Change, pas au même sens qu'au vers T2; ici signifie changement. M. Littré (au mol Émerveillable) lit échange, mais par inadvertance peut-être.
Ne punit point cette contrée C) D'une éternelle obscurité? 70
Non, non, tu luis sur lo coupable,
Connue lu fais sur l'innocent ;
Ta nature n'est point capable
Du trouble qu'une âme ressent;
Tu dois ta flamme à tout le monde; v>
Et ton allure vagabonde
Comme une servile action
Oui dépend d'une autre puissance,
N'ayant aucune connoissance,
N'a point aussi d'affection. S0
Mais, ù planète belle et claire,
Je ne parle pas sagement ;
Le juste excès de la colère
M'a fait perdre le jugement ;
Ce traître, quelque frénésie 85
Qui travaillât sa fantaisie,
70. — [Cotte strophe est belle ; le passage est rapide et chaud. Le troisième et le quatrième vers rendent très-bien une belle image, que les deux suivants gâtent. La faute d'Atrée est de la dernière faiblesse. Cette strophe pathétique et inattendue est, je crois, ce qu'il y a de plus lyrique dans tout Malherbe.' A. CiiÉMEr:.]
72. — Ménage a rapproché de ces vers ce passage de saint Mathieu, V, vers. 4S : « Qui soient suum oriri facit super bonos et malos, et pluit super justoset injustes; » et un passage de Sénèque au livre IV, chap. xvv, du Traité des bienfaits, que Malherbe a traduit ainsi : « Les méchants voient le soleil comme les bons, et les mers ne font pas meilleure mine à la barque d'un marchand qu'à la frégate d'un écumeur. »