‹ Poésies de F. MalherbeChapitre 74 sur 219 · Surmonte, dépasse, sur · texte numérisé non relu

Surmonte, dépasse, sur

11. — [On assure que Malherbe lui-même condamnait cette expression. Il avait tort. Racine a dit [Eslii., III, iv) :

Ont vu bénir le cours de leurs destins prospères.

A. GiiÉ.MEr..] Ei Voltaire dans Œdipe, IV, 1 :

Dans le cours triomphant de ses destins prospères.

Voyez. dons la Vie de Malherbe par Racan l'anecdote relative à M. de Termes. — « Je ne sais, dit Ménage (à propos du mot prospère) pourquoi nos puristes font aujourd'hui dilficulté de s'en servir. « Prospère, remarque d'Olivet [sur Racine), ne se dit presque plus en prose; mais en vers il est toujours beau, et ce mot n'est pas le seul qui, à mesure qu'il vieillit pour la prose, n'en devient que plus poétique. » Voy. le Lexique de Corneille de M. Godefroy.

12. — Change, succession d'étals divers; il a dit autre part, XLYII1, 16 : « Le. change des saisons. ■•

POÉSIES DE F. KALHERBE. 89

Que les rois los plus adorables N'en quittenf l'honneur à mon roi?

Quelle terre n'est parfumée 25

Des odeurs de sa renommée ?

Et c £ 1 1 i peu! nier qu'après Dieu, Sa gloire, qui n'a point d'exemples, N'ait mérité que dans nos temples On lui donne le second lieu ? r,0

Qui ne sait point qu'à sa vaillance

11 ne se peut rien ajouter?

Qu'on reçoit de sa bienveillance

Tout ce qu'on en doit souhaiter ?

El que si de cette couronne, 53

Que sa tige illustre lui donne,

Les lois ne l'eussent revêtu,

Nos peuples d'un jusk- suffrage

Ne pouyoient, sans faire naufrage,

Ne l'offrir point à sa vertu ? 40

Toutefois, ingrats que nous sommes.

Barbares et dénaturés, Plus qu'en ce climat où les hommes Par les hommes sont dévorés,

20. — [Os deux vers ont une tournure bouffonne. Odeur de suint se sentait à la ronde!

A ClIKMEIt.]

50. — [Tous ces éloges-là sont d'une gaucherie! A. Chbnieb.] 59. — [Rime parasite. A. Chémer.]

40. — « La mêine idée, remarque M. Lalanne, est exprimée dans les vers de Ronsard sur Charles IX :

Et quand il ne seroit héritier de l'Empire,

Sur ses rares vertus on le de\roit élire.

90 POÉSIES DE F. KALHERBE.

Toujours nous assaillons sa tète 4".

De quelque nouvelle tempête :

Et d'un courage forcent'1.

Rejetant son obéissance,

Lui défendons la jouissance

Du repos qu'il nous a donné. 50

La main de cet esprit farouche,

Qui, sorti des ombres d'enfer,

D'un coup sanglant frappa sa bouche,

A peine avoit laissé le fer;

Et voici qu'un autre perfide. 55

Où la même audace réside.

Comme si détruire l'État

Tenoit lieu de juste conquête,

De pareilles armes s'apprête

A faire un pareil attentat. 00

O soleil, ù grand luminaire !

Si jadis l'horreur d'un festin

Fit que de ta route ordinaire

Tu reculas vers le matin.

Et d'un émerveillable change G*

Te couchas aux rives du Gange,

D'où vient que ta sévérité.

Moindre qu'en la faute d'Atrée,

53. — Jean Chàtel, qui blessa le roi à la lèvre dans la chambre même de Gabrielle d'Estrées.

Go. — Emerveillable, non recueilli par l'Académie. Voy. d'autres exemples dans Littré. — Change, pas au même sens qu'au vers T2; ici signifie changement. M. Littré (au mol Émerveillable) lit échange, mais par inadvertance peut-être.

Ne punit point cette contrée C) D'une éternelle obscurité? 70

Non, non, tu luis sur lo coupable,

Connue lu fais sur l'innocent ;

Ta nature n'est point capable

Du trouble qu'une âme ressent;

Tu dois ta flamme à tout le monde; v>

Et ton allure vagabonde

Comme une servile action

Oui dépend d'une autre puissance,

N'ayant aucune connoissance,

N'a point aussi d'affection. S0

Mais, ù planète belle et claire,

Je ne parle pas sagement ;

Le juste excès de la colère

M'a fait perdre le jugement ;

Ce traître, quelque frénésie 85

Qui travaillât sa fantaisie,

70. — [Cotte strophe est belle ; le passage est rapide et chaud. Le troisième et le quatrième vers rendent très-bien une belle image, que les deux suivants gâtent. La faute d'Atrée est de la dernière faiblesse. Cette strophe pathétique et inattendue est, je crois, ce qu'il y a de plus lyrique dans tout Malherbe.' A. CiiÉMEr:.]

72. — Ménage a rapproché de ces vers ce passage de saint Mathieu, V, vers. 4S : « Qui soient suum oriri facit super bonos et malos, et pluit super justoset injustes; » et un passage de Sénèque au livre IV, chap. xvv, du Traité des bienfaits, que Malherbe a traduit ainsi : « Les méchants voient le soleil comme les bons, et les mers ne font pas meilleure mine à la barque d'un marchand qu'à la frégate d'un écumeur. »

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