A MADAME LA PRINCESSE DE,C0M
POUR M. DE r.EI.LEGAEDE
STANCES
Dure contrainte de partir, A quoi je ne puis consentir, Et dont je ne m'ose défendre, Que ta rigueur a do pouvoir, Et que tu me fais bien apprendre Quel tyran c'est que le devoir !
XLI. — Ces stances parurent, en 160D, dans le Nouveau Par- }io**c, et dans le Nouveau Recueil fies }>lits beau.) vers de ce (ejnj)s. « J'ai appris île M. de Bacan, dit Ménage, que Malherbe ti! ces stances pour la vicomtesse d'Auchy, mais qu'elles servirent à M. de Bellegarde pour la princesse de Gonti. » Celle-ci était la lille de Henri, duc de Guise, surnommé le Balafré.
J 'aurai (Inné nommé ces beaux yeux Luit de fois mes rois et mes dieux.
Pour aujourd'hui n'eu tenir compte, Et permettre qu'à l'avenir 10
On leur impute cette honte De n'avoir su 1110 retenir !
Ils auront 'loue ce déplaisir
Que je meurs après un désir
Où la vanité me convie, 15
Et qu'ayant juré si souvent
D'être auprès d'eux toute ma vie,
Mes serinent s s'en aillent au vent !
Vraiment je puis bien avouer
Que j'aurois tort de me louer 20
Par-dessus le reste des hommes ;
Je n'ai point d'autre qualité
Que celle du siècle où nous sommes.
La fraude et l'infidélité.
Mais à quoi tendent ces discours, 25
0 beauté, qui de mes amours
Êtes le port et le naufrage ?
Ce que je dis contre ma foi,
N'est-ce pas un vrai témoignage
Que je suis déjà hors de moi? 30
Votre esprit, de qui la beauté Dans la plus sombre obscurité
Se fait une insensible voie,
V' vous laisse pas ignorer
Que c'est le comble de ma joie 55
Que l'honneur de vous adorer.
Mais pourrois-je n'obéir pas
Au Destin, de qui le compas
Marque à chacun son aventure,
Puisqu'en leur propre adversité 40
Les dieux, tout-puissants de nature.
Cèdent à la nécessité ?
Pour le moins j'ai ce réconfort,
Que les derniers. traits de la mort
Sont peints en mon visage blême, 45
Et font voir assez clair à tous
Que c'est m'arracher à moi-même
Que de me séparer de vous.
Un lâche espoir de revenir
Tâche en vain de m'en (retenir, 50
Ce qu'il me propose m'irrite ;
Et mes vœux n'auront point de lieu,
Si par le trépas je n'évite
La douleur de vous dire adieu.
3". — Insensible, dont on ne perçoit pas les progrès. Malherbe a dit, XI, 73 : « Le temps d'un insensible cours... »