‹ Poésies de Félix ArversChapitre 22 sur 60 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

FERRON, seul.

11 s'éloigne ; il me brave et rit de ma colère l Dire qu'un tel affront restera sans salaire ! Dire qu'impunément un lâche suborneur Du foyer domestique aura souillé l'honneur ! Il est roi ! mot fatal ! étrange caractère Où tombe le pouvoir des juges de la terre, Où la haine se brise, et voudrait vainement Dans les lois d'ici-bas chercher un châtiment ! Ainsi donc on ira répétant par la ville Que Perron l'avocat fut d'une âme assez vile Pour souffrir, sans oser en demander raison, Qu'un homme ait apporté la honte en sa maison ! J'entendrai les plaideurs, jusque dans l'auditoire, En attendant Messieurs, raconter mon histoire ; Les passans chuchoter, et, sous leur chaperon, Les clercs en ricanant se dire : C'est Perron ! Ainsi, mon nom taché, ma mémoire flétrie, Vont chez tous ces gens-là servir de raillerie ! Non, non ! car je prétends lui faire un tel trépas Qu'on frémira d'horreur, — et qu'on ne rira pas.

Mais que faire, mon Dieu ? — Le poignard ! — impossible.

Le poison ! — quel projet ! — toujours inaccessible. !

Un flot de courtisans, d'arciiers et de valets

S'agite incessamment aux abords du palais !

J'ai beau chercher, j'ai beau, dans mon intelligence,

Retourner en tous sens ce besoin de vengeance,

Hélas l toujours, partout, je trouve avec effroi

Entre ma haine et lui ces trois mots : Il est roi !

Mais celle que j'aimais et qui fut sa complice.

Qui la pourra défendre et sauver du supplice ?

— Pourtant, si je pouvais d'un même châtiment

Les atteindre à la fois tous les deux ! Mais comment?

Par quel bras assez fort ma haine secondée?...

Encore un vain projet ! — Attendons ! — Quelle idée !

Mort et damnation ! — Oh ! c'est un grand dessein !

Béni soit Satanas qui l'a mis dans mon sein !

J'en mourrai, — mais vengé, mais l'âme satisfaite

D'avoir enfin lavé l'injure qu'ils m'ont faite.

Mais comme le serpent qui laisse en expirant

Son venin dans la plaie, et qui tue en mourant.

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