ACTE III, SCÈNE IV
Rome les donnera, seigneur, à d'autres princes; Des voisins dangereux obtiendront ces provinces.
PRUSIAS
Le livrer! quelle horreur! mon ame en a frémi.
FLAMiniUS.
Cédez.
PRUSIAS
C'est un vieillard, mon hôte, mon ami.
FLAMIIflUS.
Cette pitié vous perd, vous, et la Bithynie, Qui de Carthage enfin n'est qu'une colonie.
Carthage va tomber. Il vient ton jour fatal , Exécrable cité, nourrice d'Annibal !
Vous savez le serment qu'il fit au bord du Tage : a Plus de paix, cria-t-il, entre Rome et Carthage! a U faut que l'une ou l'autre expire dans les feux! » Bientôt avec ses murs, ses temples et ses dieux, Carthage croulera fumante sur la ten*e.
PRUSIAS
Annibal, même absent, tel qu'un dieu tutélaire. Lui prête de son nom le formidable appui :
Cette ville en tout temps fut ingrate envers lui ; Elle a du ciel vengeur mérité la colère.
Pour moi, du moins...
FLAMIKIUS.
J'entends. Prusias veut la guerre; Sur la foi d'Annibal il va la provoquer :
Eh bien ! connaissez Rome avant de l'attaquer. Rome en son sein vît-elle Annibal redescendre;
5o ÀNNIBAL. •
Plus heureux qu'un Brennus, dussiez-vous mettre en cendre
Capitule y remparts, maisons^ temples, palais;
Jamais Rome au vainqueur n'accordera la paix.
Déjà le vain espoir de votre ame abusée
Triomphe, et voit en Rome une conquête aisée;
Vous pensez qu'Ânnibal, par d'étonnants exploits,
Fera plus aujourd'hui qu'il n'a fait autrefois :
Ah! si jadis, instruit aux ruses paternelles,
Qui pour nos légions alors étaient nouvelles,
D'un joug récent encor détachant nos sujets ;
Si le fils d'Amilcar, fesant à ses projets
Servir les prompts coursiers de l'Afrique et du Tage,
Suivi de vaillants chefs, secondé de Carthage,
Voyant les fiers Gaulois pour lui se dévouer.
Jeune, ardent, plein d'espoir, et, s'il faut l'avouer,
Vainqueur, n'a pu lutter contre Rome vaincue;
Que ferez'vous ? La terre est assez convaincue
Que Rome, en attaquant les rois, les nations.
N'a pas besoin d'armer plus de deux légions,
Elle en armera vingt, seigneur, pour se défendre;
Et Prusias aux fers verra son trône en cendre.
PRUSIAS
Attaquer Rome! non. Mais est-il dans ses droits De fouler à ses pieds la majesté des rois?
Dois-je donc, de sa haine instrument mercenaire. Trahir mon hôte au gfé d'uh guerrier consulaire Qui vient, auprès 4^un roi dont le cœur est loyal, Les sceptres à la main , marchander Annibal ? Je veux , m'afïranchissant de toute indigne entrave , Être allié de Rome et non pas son esclave :