SCÈNE PREMIÈRE
PRUSIAS
Que des rois chargés d'ans le destin est à plaindre ! Au dedans, au dehors, tout est pour eux à craindre : Heureux, quand le pouvoir leur fait tant d'ennemis, S'ils n'ont point dans ce nombre à redouter un fils ! Pour le mien que j'aimais, oubliant la prudence, Seul j'osais des Romains affronter la puissance, Sans prévoir qu'Annibal, en me sei'vant contre eux, Ne pouvait me prêter qu'un appui dangereux.
Qu'avec mon fils rebelle à présent contre Ëumène Il tente sur les flots une lutte incertaine ; Quel que soit le succès, il doit m'être fatal. Qu'importe qui vaincra d'Eumène ou d'Annibal ? Quels vœux dois-je former? indigne Nicomède ! Ton orgueil croit-il donc que ton père te cède ? Arbate et Nicomède ont trahi leur devoir :
Mais l'un voulait du moins conserver mon pouvoir; Et l'autre... Ah! rassurons ma couronne ébranlée. Arcas!
58 ANNIBAL