‹ Poésies de Madame Desbordes-Valmore (volume 3)Chapitre 2 sur 50 · LES ROSES · texte numérisé non relu

LES ROSES

['air était pur^ la nuit régnait sans voiles; Elle riait du dépit de l'Amour ; Il aime F ombre ^ et le feu des étoiles^ En scintillant, formait un nouveau jour :

Tout s'y trompait. L'oiseau, dans le bocage, Prenait minuit pour l'heure des concerts; Et les zéphirs, surpris de ce ramage, Plus mollement le portaient dans les airs.

Tandis qu'aux champs quelques jeunes abeilles

Volaient encore en tourbillons légers^ Le Printemps en silence épanchait ses corbeilles , Et de ses doux présens embaumait nos vergers. O ma mère ! on eut dit qu'une fête aux campagnes, Dans cette belle nuit, se célébrait tout bas ; On eut dit que de loin mes plus chères compagnes Murmuraient des chansons pour attirer mes pas.

J'écoutais, j'entendais couler, panui les roses, Le ruisseau qui, baignant leurs couronnes écloses. Oppose un voile himtiide aux brûlantes chaleurs ; Et moi , cherchant le frais sur la mousse et les (leurs ,

Je m'endormis. Ne grondez pas , ma mère !

Dans notre enclos qui pouvait pénétrer?

Moutons et chiens, tout venait de rentrer, Et j'avais vu Daphnis paseer avec son père.

Au bruit de l'eau, je sentis le sommeil Envelopper mon ame et mes yeux d'un nuage ,

£t lentement s'évanouir l'image

Que je Uembiais de revoir au réveil :

Je m'endormis. Mais l'image ^ enhardie ,

Au bruit de l'eau se glissa dans mon coeur :

Le chant des bois, leur vague mélodie ^

En la berçant y fait rêver la pudeur.

£n vain ^ pour m'éveillera mes compagnes chéries , Auraient fait de mon nom retentir les prairies ,

En me tendant leurs bras entrelacés ; J'aurais dit : Non, je dors, je veux dormir^ dansez !

Mille songes couraient; c'étaient les seuls nuages Que la lune teignît de ses vagues lueurs ; Comme les papillons sur leurs ailes volages De l'air qui les balance empruntent les couleurs.

Calme, les yeux fermés, je me sentais sourire; I^es songes prêts à fuir je retenais l'essor ;

Mais las de voltiger, (ma mère^ j'en soupire ! ) lis disparurent tous^ un seul me trouble encoc; Un seul. Je vis Daphnis franchissant la clairière ^ .Son ombre s'approcha de mon sein palpitant ^ C'était une ombre ^ et j'avais peur pourtant^ Mais le sommeil enchaînait ma paupière.

Doucement^ doucement^ il m'appela deux fois;

J'allais crier, j'étais tremblante; Je sentis sur ma bouche une rose brûlante ^ Et la frayeur m'6ta la voix.

Depuis ee temps , ne grondez pas , ma mère , Daphnis, qui chaque soir passait avec son père, Daphnis me suit partout, pensif et curieux.

O ma mère ! il a vu mon rêve dans mes yeux !

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