D'AUTOMNE
E 8oavîeDt-il/d mon ame^ 6 ma vie ,\ I/uii jour d'automne et pâle et languissant?
Il semblait dire un adieu gémissant
Aux bois qu'il attristait de sa mélancolie.
Les oiseaux dans les airs ne chantaient plus Tespoir;
Une froide rosée enveloppait leurs ailes ^
£t^ rappelant au nid leurs compagnes fidèles ^
Sur des rameaux aans fleurs ils attendaient le lOir. Les troupeaux, i regret menés auxpâtur>geS|
N'y trouvaient plus que des herbes sauvages ; , Et le pâtre, oubliant sa rustique chanson , Partageait le silence et le deuil du vallon :
Rien ne charmait l'ennui de la nature ^ La feuille qui perdait sa riante couleur, Les coteaux dépouillés de leur verte parure, Tout demandait au ciel un rayon de chaleur.
Seule, je m'éloignais d'une UUt bruyante; Je fuyais tes regards , je cherchais ma raison. Mais la langueur des champs , leur tristesse attnysDt'^r A ma langueur secrète ajoutaient leur poison. Sans but et sans espoir suivant ma rêverie.
Je perlais au hasard un pas timide et lent.
L'Amour m'enveloppa de ton ombre chérie , £l , malgi-é la saison , l'air me parut brûlant.
Régies. 145
Je voulais y mais en vain y par un efïort suprême , En me sauvant de toi, me sauver de moi-même y Mon œil^ voilé de pleurs ^ à la terre attaché y Par un charme invincible en fut comme arraché. A travers les brouillards ^ une image légère Fit palpiter mon sein de tendresse et d'effroi; Le soleil reparait ^ l'environne^ l'^claire^ U entr'ouvre les cieux... Tu parus devant moi. Je n'osai te parler ; interdite, rêveuse y Enchaînée et soumise à ce trouble enchanteur, Je n'osai te parler : pourtant j'étais heureuse ; Je devinais ton ame^ et j'entendis mon cœur.
Mais quand ta main pressa ma main tremblante , Quand un frisson léger fit tressaillir mon corps ^ Quand mon front se couvrit d'une rougeur brûlante^
Dieu I qu'est-ce donc que je sentis alors ?
J'oubliai de te fuir, j'oubliai de te craindre ;
a46 ÉLÉGIES.
Pour la prenûèfe fois ta bouche osa se plaindre ^ Ma douleur à la tieone osa se révéler^ Et mon ame vers toi fut prête à s'exkaler I Il m'en souvient! T'en souvientrit^ na vie. De ce tourmeat délicieux^.
De ces mots arrachés à ta mélancolie :
c Ah ! si je souffire , on souffre aux cieiix I »
Des bois nul autre aveu ne troubla le silence.
Ce jour fut de nos jours la plufr beau y le plubs doux ;
Prêt à s'éteindre; enfin il s'asréta sur noua,
Et sa fuite a mon cœur présagea ton absence.
L'ame du monde éclaira notre amour; Je vis ses derniers feui» mourir sous unnuoge ; Et dans nos cœurs brisés> désuni ssanaretour^ Il n'en reste plus que l'image.
L faitnuit : lèvent souffle et passe dans ma lyrcf Ma lyre tristement s'éveille auprès, de moi : On dirait qu'elle pleure un tourment^ un délire^ On dirait qu'elle essaie à se plaindre de toi; De toi ^ qu'elle appelait pour m'aider à t'attendre j Qui la rendis si vraie ^ et par malheur si tendre I Gar^ tu ne peux ravir à ses accords touchans Ton nom y toujours ton nom^ qui courait dans mes chants. Elle ne le dit plus ce nom doux et sonore;
aSo ELEGIES.
Elle ne le dit plus ^ elle le pleure encore ! Combien elle a frémi ^ combien elle a chanté^ Sous les prompts batteoiens dtemoD cœur agite; Alors que ^ dans l'orgueil des amantes aimées ^ Je confiais mon ame aux cordes animées !
Je croyais que les cieux ne donnaient tant d'amour Que pour en pénétrer une autre ame à son tour !
Ah ! j'aurais dû mourir^ doucement endormie ^ Dans cetle erreur charmante où j'étais ten amie. Devrait-on s'éveiller de €69 rêves confus ^ Pour y penser toujours ^ et pour n'y croire plus ?