r LEURS ET PAUVRES FLEURS
Qui n'a sonli son fronl rougir, brûler encore, Sous le flambeau moqueur d'un amer souvenir? Qui n'a pas un écho cruellement sonore, Jetant par intervalle un nom que l'âme abhorre," Et la fait s'envoh^r au fond de l'avenir?
Vous aussi, ma natale, on vous a bien changée!
Oui ! quand mon cœur remonte à vos gothiques tours
Qu'il traverse, rêveur, notre absence affligée,
Il ne reconnaît plus la grâce négligée
Qui donnait tant de charme au maternel séjour!
Il voit rire un jardin sur l'étroit cimetière
Où la lune souvent me prenait à genoux.
L'ironie embaumée a remplacé la pierre
Où j'allais, d'une tombe indigente héritière,
Relire ma croyance au dernier rendez-vous. *
Tristesse! après longtemps revenir, isolée, Rapporter de sa vie un compte douloureux, La renouer malade à quelque mausolée.
Chercher un cœur à soi sous la croix violée. Et ne plus oser dire : « Il est là ! » c'eat affreux!
Mais cet enfant qui joue et qui dort sur la vie< Qui s'habille de fleurs, qui n'en sent pas l'effroi; Ce pauvre enfant heureux que personne n'envie. Qui, né pour le malheur, l'ignore et s'y confie. Je le regrette encor : cet enfant, c'était moi.
Au livre de mon sort si je cherche un sourire, Dans sa blanche préface, oli! je l'obtiens toujours
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A des mots coinimMicés, que je ne \wn\ écrire. Éclatants d'innocence et charmants à relire Parmi les leuillels noirs où s'inscrivent mes jours !
Un bouquet de cei'ise, une pomme encor verte, C'étaient là des festins savourés jusqu'au cirur! A tant de volupté l'âme neuve est ouverte, Quand l'âpre afiliction, de miel encor couverte, N'a pas trempé nos sens d'une amère saveur!
Parmi les biens perdus dont je soupire encore. Quel nom portait la fleur... la fleur d'un bleu si beau, Que je vis poindre au jour, puis frémir, puis éclore, Puis que je ne vis plus à la suivante aurore? Ne devra-t-elle pas renaître à mon tombeau?
Douce église! sans pompe, et sans culte et sans prêtre. Où je faisais dans l'air jouer ma faible voix, Où la ronce montait tière à chaque fenêtre; Prés du Christ mutilé, qui m'écoutait peut-être, N'irai-je plus rêver du ciel comme autrefois?
Oh! n'a-t-on pas détruit cette vigne oubliée, Balançant au vieux mur son fragile réseau? Comme l'aile d'un ange, aimante et dépliée, " L'humble pampre embrassait l'église humiliée De sa pâle verdure, où tremblait un oiseau!
L'oiseau chantait, piquait le fruit mûr, et ses ailes Frappaient l'ogive sombre avec un bruit joyeux; Et le soleil couchant dardait ses étincelles
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Aux vitraux rallumés de rougeàtres parcelles,
Qui me restaient longtemps ardentes dans les yeux.
Notre-Dame M aujourd'hui belle, retentissante. Triste alors, quel secret m'avez-vous dit tout bas? Et quand mon timbre pur remplaçait Torgue absente. Pour répondre à l'écho de la nef gémissante. Mon frêle et doux Ave, ne l'écoutioz-vous pas?
Et ne jamais revoir ce mur où la lumière Dessinait Dieu visible à ma jeune raison ! Ne plus mettre à ses pieds mon pain bis, ma prière ! Ne plus suivre mon ombre au bord de la rivière Jusqu'au chaume enlierré que j'appelais maison !
!Ni le puits solitaire, urne sourde et profonde, Crédule, où j'allais voir descendre le soleil; Qui faisait aux enfants un miroir de son onde : Elle est tarie... Hélas! tout se tarit au monde; Hélas ! la vie et l'onde ont un destin pareil !
Ne plus passer devant l'école bourdonnante.
Cage en fleurs où couvaient, où fermentaient nos jour:
Où j'entendis, captive, une voix résonnante
Et chère à yia prison m'enlever frissonnante :
Voix de mon père, ô voix! m'appelez- vous toujours?
Où libre je pâlis de tendresse éperdue ;
Où je crus voir le ciel descendre, et l'humble lieu
S'ouvrir! Mon père au loin m'avait donc entendue?
' Une église de Douai, abandonnée pendant la révolution.
rrETRS TT rVlVRES FLEURS. 2!t"
Fière, en tenant sa main, je traversai la rue : Il la remplissait toute ; il ressemblait à Dieu !
Albertine ! et là-bas flottait la jeune tète, Sous le calvaire en fleurs ! et c'était loin du soir ! Et ma voix bondissante avait dit : Est-ce fête? 0 joie! est-ce demain que Dieu passe et s'arrête? Et tu m'avais crié : « Tu vas voir! tu vas voir! »
Oui, c'était une fête, une iiourc parfumée;
On moissonnait nos fleurs, on les jetait dans l'air :
Albertine riait sous la pluie embaumée;
Elle vivait encor; j'étais encore aimée!
C'est un parfum de rose... il n'atteint pas l'hiver!
Du moins, n'irai-je plus dans l'enclos de ma mère? N'irai-je plus m'asseoir sur les tombes en fleurs? D'où vient que des beaux ans la mémoire est amére? D'où vient qu'on airne tant une joie éphémère? D'où vient que d'en parler ma voix se fond en pleurs?