C.orame un astre chéri, qu'enveloppe un nuage
Par des rayons douteux perce l'obscurité.
Pour la première fois insensible à tes charmes. Art d'Orphée, art du cœur, j'ai méconnu ta loi : J'étais toute à l'Amour, lui seul régnait sur moi, Et le cruel faisait couler mes larmes ! D'un chant divin goûte-t-on la douceur Lorsqu'on attend la voix de celui que l'on aime? Je craignais ton charme suprême, Il nourrissait trop ma langueur.
Les sons d'une harpe plaintive, En frappant sur mon sein, le faisaient tressaillir;
Ils fatiguaient mon oreille attentive.
Et io me sentais défaillir.
Et toi ! que faisais-tu, mon idole chérie,
Quand ton absence éternisait le jour?
Quand je donnais tout mon être à l'amour, M'as-tu donné ta rêverie?
x\s-lu gémi de la longueur du temps,
D'un soir... d'un siècle écoulé pour attendre? iNon ! son poids douloureux accable le plus tendre ; Seule, j'en ai compté les heures, les instants: J'ai langui sans bonheur, de moi-même arrachée ; Et toi, tu ne m'a point cherchée!
Mais quoi ! l'impatience a soulevé mon sein. Et, lasse de rougir de ma tendre infortune.
Je me dérobe à ce bruyant essaim Des papillons du soir, dont l'hommage importune. L'heure, aujourd'hui si lente à s'écouler pour moi, Ne marche pas encore avec plus de vitesse; Mais je suis seule au moins, seule avec ma tristesse. Et je trace, en rêvant, cette lettre pour toi, Pour toi que j'espérais, que j'accuse, que j'aime ! Pour toi, mon seul désir, mon tourment, mon bonheur !
Mais je ne veux la livrer qu'à toi-même. Et tu la liras sur mon cœur.