‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 30 sur 138 · LE PRESSENTIMENT · texte numérisé non relu

LE PRESSENTIMENT

C'est en vain que l'on nomme erreur

Cette secrète intelligence Qui, portant la lumière au fond de notre cœur, Sur des maux ignorés nous fait gémir d'avance. C'est l'adieu d'un bonheur prêt à s'évanouir : C'est un subit effroi dans une âme paisible ;

Enfin, c'est pour l'être sensible

Le fantôme de l'avenir.

Pressentiment, dont j'éprouvais l'empire, Oh! qui peut résister à tes vagues douleurs?

Encore enfant, tu m'as coûté des pleurs. Et de mon front joyeux tu chassas le sourire.

Oui, je t'ai vu, couvert d'un voile noir, Aux plus beaux jours de mon jeune âge ; Tu formas le premier nuage Qui des beaux j.ours lointains enveloppa l'espoir. Tout m'agitait encor d'une innocente ivresse ; Tout brillait à mes yeux des plus vives couleurs,

Et je voyais la riante jeunesse Accourir en dansant pour me jeter des fleurs. Au sein de mes chères compagnes.

Courant dans les vertes campagnes,

Frappant l'air de nos doux accents,

Oui pouvait attrister mes sens?

Comme les fauvettes légères

Se rassemblent dans les bruyères,

La saison des fleurs et des jeux

Rassemblait notre essaim joyeux.

Un jour, dans ces jeux pleins de cbarmes, Je cessai tout à coup de trouver le bonbeur ;

J'ignorais qu'il fût une erreur,

Et pourtant je versai des larmes !

En revenant je ralentis mes pas ; Je remarquai du jour le feu près de s'éteindre. Sa cbute à l'horizon qu'il regrettait d'atteindre ; Mes compagnes dansaient... moi, je ne dansais pas.

Un mois après, j'errai dans ce lieu solitaire; Hélas ! ce n'était plus pour y cbercber des fleurs : La mort m'avait appris le secret de mes pleurs, Et j'étais seule au tombeau de ma mère '

J't'Hais II toi peut-être avant de l'avoir vu. Ma vie, en se formant, fut promise à la tienne; Ton nom m'en avertit par un trouble imprévu, Ton âme sy cacliait pour éveiller la mienne. Je l'entendis un jour, et je perdis la voix; Je l'écoutai longtemps, j'oubliai de répondre : Mon être avec le tien venait de se confondre ; Je crus qu'on m'appelait pour la première fois.

Savais-tu ce prodige? Eb bien, sans te connaître

J'ai deviné par lui mon amant et mon maître,

Et je le reconnus dans tes premiers accents.

Quand tu vins éclairer mes beaux jours languissants.

Ta voix me fit pâlir ; et mes yeux se baissèrent ;

Dans un regard muet nos âmes s'embrassèrent ; •

Au fond de ce regard ton nom se révéla.

Et sans le demander j'avais dit : « Le voilà ! »

Dès lors il ressaisit mon oreille étonnée; Elle y devint soumise, elle y fut enchaînée. J'exprimais par lui seul mes plus doux sentiments ; Je l'unissais au mien pour signer mes serments. Je le lisais partout, ce nom rempli de charmes, Et je versais des larmes :

D'un éloge eiichualeur toujours environné, A nios yeux éblouis, il s'offrait couronné. Je l'écrivais... bientôt je n'osais plus l'écrire. Et mon timide amour le changait en sourire. Il me cherchait la nuit, il berçait mon sommeil ; 11 résonnait encore autour de mon réveil; Il errait dans mon souflle, et, lorsque je soupire, C'est lui qui me caresse et que mon cœur respire.

Nom chéri! nom charmant! oracle de mon sort! Hélas! que tu me plais, que ta grâce me touche! Tu m'annonças la vie ; et, mêlé dans la mort, Comme dn dernier baiser tu fermeras ma bouche.

Je m'ignorais eucor, je n'avais pas aimé. L'amour! si ce n'est Loi, (jui pouvait me l'apprendre! A (jninze ans, j'entrevis un enfant désarmé; 11 me parut alors plus folâtre que tendre :

D'un trait sans force il effleura mon cœur ;

11 fut léger comme un riant mensonge ; 11 offrait le plaisir, sans parler de bonheur;

11 s'envola : Je ne perdis qu'un songe.

Je l'ai vu dans tes yeux, cet invincible amour, Dont le premier regard trouble, saisit, enflamme ; Oui connnande à nos sens, qui s'attache à notre âme,

Et qui l'asservit sans retour.

Cette félicité suprême,

Cet entier oubli de soi-même,

Ce besoin d'aimer pour aimer.

Et que le mot amour semble à peine exprimer : Ton cœur seul le renferme, et le mien le devine; Je sens à tes transports, à ma félicité. Qu'il veut dire à la fois bonheur, éternité.

Et que sa puissance est divine!

Ma su'ur, il est parti! ma sœur, il iirabaiidonne! .Il" sais qu'il m'abaiidonne, et j'attends, et je meurs. Je meurs. Embrasse-moi, pleui'e pour moi... pardonne... Je n'ai pas une larme, et j'ai besoin de pleurs. ïu gémis.'' que je t'aime! oli! jamais le sourire '

Ne te rendit plus belle aux plus beaux de nos jours ! Tourne vers moi les yeux, si tu plains mon délire ; Si tes yeux ont des pleurs, regarde-moi toujours. Mais retiens tes sanglots; il m'appelle, il me louclie; Son souffle en me cherchant vient d'effleurer ma bouche : Laisse, tandis qu'il brûle et passe autour de nous, Laisse-moi reposer mon front sur les genoux.

Ecoute : ici, ce soir, à moi-même cachée, Je ne sais quelle force attirait mon ennui : Ce n'était plus son ombre à mes pas attachée.

Oh! ma sœur, c'était lui.

C'était lui, mais changé, mais triste ; sa voix tendre Avait pris des acH^ents inconnus aux mortels, Plus ravissants, plus purs, comme on croit les entendre Uuand on rêve les cieux au pied des saints autels. Il parlait, et ma vie était prés de s'éteindre. L'élonnement, l'effroi, le doux effroi du cœur. M'enchaînait devant lui : je l'écoutais se plaindre,

Et, mouiauU' |)our lui, j'accusais ma rigueur. Il parlait, il rendait la iiatui'e attentive; Tout se taisait; des vents l'haleine était captive; ])u rossignol éinu le chant semblait mourir; On eût dit que l'eau même oubliait de courir.

Ilélas ! qu'avait-il lait alors pour me déplaire ? II gémissait, ma sœur, me cherchait comme toi.

Non, je n'avais plus de colère :

Il n'était plus coupable, il était devant moi.

Sais-tu ce qu'il m'a dit? des reproches... des larmes.

Il sait pleurer, ma sœur!

0 Dieu ! que sur son front la tristesse a de charmes ! Que j'aimais de ses yeux la brûlante douceur ! Sa plainte m'accusait; le crime... je l'ignore; J'ai fait pour l'expliquer des efforts superflus ; Ces mots seuls m'ont frappée, il me les crie encore : « Je ne te verrai plus ! »

Et je l'ai laissé fuir, et ma langue glacée A murnmré son nom, qu'il n'a pas entendu ; Et sans saisir sa main ma main s'est avancée : Et mon dernier adieu dans les airs s'est perdu !

A MA SOEUB

Qiio vo\ix-tn? jo l'aimai?. Lui soûl savait ino plairp?

Ses traits, sa voix, ses vœux, lui soumettaient mes vœux.

Tendre comme l'Amour, terrible en sa colère...

(Plains-moi, connais-moi, toute à mes derniers aveux.)

Je l'aimais, j'adorais ce tourment de ma vie;

Ses jalouses erreurs m'attendrissaient encor;

Il me faisait mourir, et je disais : J'ai tort.

A douter de moi-même il m'avait asservie.

Toi, tu n'aurais pu voir ses pleurs sans me haïr;

Sans pleurer avec lui tu n'aurais pu l'entendre;

Oui, j'accusais mon cœur cfue tu connais si tendre;

Oui, je disais : J'ai tort! en me sentant mourir.

Ainsi l'humble roseau, tourmenté par l'orage,

Sous un ciel menaçant incline son courage,

Et se relève encor, d'un souffle ranimé :

Je retrouvais la vie en son regard calmé.

Pas une plainte alors, de sa voix consolante

N'osait troubler l'accent qui reprenait mon cœur;

Et comme lui soumise, et ravie, et tremblante,

De cet orage éteint j'oubliais la rigueur.

Quel doux saisissement! Dieu! quel muet délire,

Quand son front se cachait sur ce cœur éperdu,

Qu'il demandait pardon, qu'il m'était tout rendu.

Que je sentais ses pleurs mêlés à mon sourire !

88 i;li;oies.

Je n'avais pas soulï'ort, il pleurait. Mais, inn sœur, Je ne parlerai plus d(> s(\s torts, de s(>s larmes, Ses torts où tant d'amour répandait tant de cliarmos, Je n'ai plus (pi'à subii' sa tranquille douceur.

Sa douceur, l'indexible ! Oh! comme il m'a punie

De l'empire d'un jour, Où périt mon bonheur, dont la paix fui bannie, Et qu'irrité de craindre il détruit sans retour. Sans retour! Le crois-tu? dis-moi que je m'égare; Dis qu'il veut m'éprouver, mais qu'il n'est point barbare Dis qu'il va revenir, qu'il revient... trompe-moi. Mais obtiens qu'il me trompe à son tour comme toi. Va le lui demander, va l'implorer... Demeure : L'orgueil est entre nous, il glace, il est mortel. N'est-ce pas qu'il me fuit, et qu'il faut que je meure? N'est-ce pas que je souffre, et que l'homme est cruel? Ne l'accuse jamais. Songe que je l'adore,

Puisque je vis encore:

Avant qu'à le trahir j'accoutume ma voix, Ma sœur, j'aurai parlé pour la dernière fois. Tout change, il a changé; d'où vient que j'en murmure? Poui-quoi ces pleurs amers dont mon cœur est baigné? Que l'amour a de pleurs quand il est dédaigné! Tout change, il a change. C'est là sa seule injure; Et, s'il fuit un bonheur qui n'a pu les toucher. Ce n'est pas à l'amour à le lui reprocher. Tes yeux seuls, pleins de moi, s'il daigne un jour y lire. Lui diront mes adieux que je n'osai lui dire ; Ton nom, comme un écho, lui parlera de moi; Qu'il soit ton seul reproche en ta douleur modeste; Ah! je l'en défendrais contre tous... contre toi,

KF.Kr, lES. 89

Du peu do force qui me reste.

Iinile mon silence; un stérile remords Ne ralluma jamais une flamme épuisée;

En oubliant qu'il l'a causée, Dans son étonnement il pleurei-a ma mort.

Ma sœur, j'ai vu la mort à la triste lumière Qui passa tout à coup dans le fond de mon cœur, Un soir qu'il m'observait, roulant sous sa paupière Je ne sais quoi d'amer, de sombre et de moqueur. Oli! que l'âme est troublée à l'adieu d'un prestige! L'épi touché du vent tremble moins sur sa tige, L'oiseau devant l'éclair éprouve moins d'effroi : Je sentis qu'un malheur tournait autour de moi. Pour la première fois, dans sa cruelle adresse. Jouant avec mon cœur qu'il déchirait... hélas! 11 parlait de bonheur sans parler de tendresse; H parlait d'avenir, et ne me nommait pas!

Sa main, qui refusait comme lui de m'entendre,

S'éloigna de ma main ; Ses yeux, qui tant de fois me priaient de l'attendre,

Ne disaient plus : Demain !

Pâle, presqu'à genoux, suppliante, craintive. J'ai dit... je n'ai rien dit, mais on entend les pleurs; Et ce morne silence où parlent les douleurs. Ce cri près d'entr'ouvrir le sein qui le captive, Tout en moi, tout parlait: il n'a pas entendu! C'en était fait, ma sœur. De mes larmes suivie, Je repris la raison sans reprendre la vie : J'écoulai... de ces pas le bruit s'était perdu.

"JO KI.EGIES.

J'élais seule. In ciiriiiil (urahandoniie sa mère, Dont la voi\ s'est brisée en une plainte amère, (Jiii l'attend immobile, interdit, sans couleur, Trouve un aspect moins triste à son premier malheur; Un poids moins douloureux étouffe la pensée

De son âme oppressée; Un fantôme moins noir l'épouvante et l'atteint, Lorsqu'à ses yeux en pleurs l'espoir... le jour s'étemt.

Le voilà donc fini, mon court pèlerinage! Ciel! que le sien plus beau soit ombragé de fleurs; Et, loin de le punir de mes tendres malheurs, D'un suave laurier couronne son bel âge...

Oui fait fuir dans son nid cet oiseau palpitant? De ma dernière nuit c'est l'ombre avant-courrière : Vois comme, en s'élevant de la noire bruyère. Aux fleurs de ma fenêtre elle monte et s'étend : Embrasse-moi, ma sœur, car son ombre invisible M'a touchée et m'entraîne en un sommeil paisible. Ce rayon qui s'enfuit, non, ce n'est plus le jour, Ce n'est plus le malheur; non, ce n'est plus l'amour; C'est ma dernière nuit. Déjà, froide comme elle. Ma mémoire n'est plus qu'un miroir infidèle. Oui, fout change, ma sœur, tout s'efface, et je sens Que la paix ou la mort a coulé dans mes sens.

Quoi ! les flots sont calmés, et les vents sans colère Aplanissent la route où je vais m'égarer ! J'ai vu briller le phare, et l'onde qui s'éclaire Double l'affreux signal qui doit nous séparer! Que fait-il? Ah! s'il dort, il rêve à son amie; Bercé dahs mon image, il attend le réveil; Comme l'onde paisible, il me croit endormie, Et son rêve abusé sourit à mon sommeil.

Emmenez-moi, ma sœur. Dans votre sein cachée. Comme une pâle fleur de sa tige arrachée. Sauvez-moi de ces lieux. Dites, c'est sans retour! Cet effort finira ma vie ou mon amour. Emportez ma douleur loin de lui, loin du monde; Loin de moi, s'il se peut, ma sœur, emportez-moi. Mais la nuit qui nous couvre est-elle assez profonde? Oh! non; les flots, le ciel, tout me rempht d'effroi. Est-il temps de mourir? Et lui, lui que j'adore, Ne puis-je, en le fuyant, vous le nommer encore? Ne puis-je de sa voix appeler la douceur? Ne puis-je le revoir?... Non, sauvez-moi, ma sœur. Mon mal est dans sa vue! et, lorsque j'y succombe, Mon mal doit vous toucher, ce n'est pas le remords. Cachez-moi dans vos bras, dans la nuit, dans la tombe:

Je (lonmndo à li> fuir, J(> nr crnins plus la mort. Venoz! s'il (icscondait sur la plago (l(''sopt(\ Un charmo sur mes pas atfirorait ses pas : Prête à me confier à la xn^nc entr'ouverle, Je lui (lirais adieu... je ne partirais pas.

)1 sait tout. 0 ma sœur! il rappelait mon âme. Nos regards se parlaient malgré nous confondus ; Tout baignés de tristesse, et de pleurs, et de flamme, Dans ses regards si doux les miens se sont perdus. Et je fuis ! et des cieux la pitié m'abandonne! Je ne les verrai plus, ils étaient dans ses yeux. Si tu voyais ses yeux ! Oh ! l'ange qui pardonne Doit regarder ainsi quand il ouvre les cieux !

J'étais seule avec lui, j'écoutais son silence;

L'heure, une fois pour nous, perdait sa vigilance.

Contre un penchant si vrai, si longtemps combattu,

Ma sœur, je n'avais plus d'appui que sa vertu.

Pour arracher mon cœur à sa peine chérie.

Et distraire du sien la sombre rêverie,

Je cherchais le secours de ces accords puissants,

Qui de plus d'un orage avaient calmé ses sens :

J'essayais, d'une main faible et mal assurée.

Cet art consolateur d'une âme déchirée :

Je disputais son âme à ses vagues désirs ;

Je ramenais le temps de nos plus doux loisirs;

Son sourire trompait ma crédule espérance,

Et j'unissais ainsi la ruse à l'innocence.

Dieu ! que je m'abusais à ce calme trompeur !

Pour la première fois son regard me fit peur:

De ma gaité timide il détruisit les charmes.

KI.ÉGirS.

Et ma voix s'étoignil dans un torrent de larmes. « >'on, (lit-il, non, jamais tu n'as connu l'amour! » J'ai voulu me sauver... il pleurait à son tour: J'ai senti fuir mon âme el'Irayée et tremblante; .Ma sa^nr, elle est enoor sur sa bouche brûlante.

Sauvez-moi ! sauvez-moi ! de lointaines clameurs Appellent au rivage une barque tardive.

De l'écho du rocher que la voix est plaintive! Répondez-lui pour moi: je vous suivrai... je meurs.

ÉLÉGIi:

l'eut-être un jour sa voix (ondro et voilée

M'appellera sous déjeunes cyprès:

Cachée alors au fond de la vallée, Plus heureuse que lui, j'entendrai ses regrets. Lentement, des coteaux je le verrai descendre ; Quand il croira ses pas et ses vœux superflus, Il pleurera! ses pleurs rafraîchiront ma cendre; Enchaînée à ses pieds, je ne le fuirai plus. Je ne le fuirai plus: je l'entendrai, mon âme Brûlante, autour de lui, voudra sécher ses pleurs; Et ce timide accent, qui trahissait ma flamme. Il le reconnaîtra dans le doux hruit des fleurs.

Oh! qu'il trouve un rosier mourant et solitaire; Qu'il y cherche mon souffle et l'attire en son sein ; Qu'il dise : « C'est pour moi qu'il a quitté la terre; Ses parfums. sont à moi, ce n'est plus un larcin. » Qu'il dise : « Un jour à peine il a bordé la rive ; Son vert tendre égayait le limpide miroir ; Et ses feuilles déjà dans l'onde fugitive Tondxmt : faible rosier, tu n'as pas vu le soir! »

Alors, peut-être, alors l'hirondelle endormie, A la voix d'un amant qui pleure son amie.

S'échapi)ora du sein tics parfums précieux, Emportant sa prière et ses larmes aux cieux: Alors, rAvant aux biens que ce monde nous donne, 11 laissera tomber sur le l'roid monument Les rameaux affligés dont la gloire environne Son front triste et cliarmant.

Alors je resterai seule, mais consolée; Les vents respecteront l'empreinte de ses pas. Déjà je voudrais être au fond de la vallée; Déjà je l'attendrais... Dieu ! s'il n'y venait pas!

ÉLÉGIK

Oui? toi, mon bjen-;iiiiié, l'attacher à mon sort;

Te parer d'une Heur que la tombe t'envie ;

Lier tes jours de gloire à ma tremblante vie :

Et ton baiser d'amour au baiser de la mort !

Me suivre, toi, si cher, aux rives enchantées

Que pour jamais bientôt mes pas auront quittées!

Mes pas que tu soutiens, qui te cherchaient toujours,

Dont la trace légère effleura le rivage

Où tu m'avais montré des fleurs et des beaux jours ;

Où je vais devant toi passer comme un nuage !

Oui, devant toi ma vie incline son flambeau,

De ses pâles rayons le dernier va s'éteindre :

Ces fleurs, ces belles fleurs, que je ne puis atteindre.

Tu les effeuilleras un soir sur mon tombeau.

La Mort m'a regardée, et ta plainte adorable,

Ma jeunesse, tes vœux, rien ne doit l'attendrir:

Elle m'a regardée, et cette inexorable,

Ouand j'écoutais ton chant, m'a dit : « Tu vas mourir!))

Oh! non: prodigue encor les hymnes, les offrandes; Jette-lui ta couronne et tes lauriers en fleurs ; Cache-moi dans ton sein, couvre-moi de guirlandes, Et, longtemps immobile, elle craindra tes pleurs.

Conduis-moi prés des flots. La uyuiplie (jui suiipire

Y rafraîchit l'air de sa voi.\ :

Cet air doux et mortel, que ma bouche respire,

Brûle moins à l'ombre des bois.

Vois dans l'eau, vois ce lis, dont la tète abaissée

Semble se dérober au sourire des cieux :

Telle, craignant l'amour et le cherchant des yeux,

J'essayais de te fuir, innocente et blessée.

Je demandais aux bois l'oubli de tes accents :

Un vague, un triste écho m'en rappelait les charmes,

Et dans les rameaux frémissants Ton image venait s'attendrir à mes larmes.

Un jour, ce fut toi-même, un jour, à mes genoux. Je te vis sous le saule, ami de mon jeune âge : Je ne m'y trouvai plus seule avec ton image; 11 nous cachait ensemble, il se penchait sur nous. Trop tard, hélas! trop tard; et ta flamme timide Enhardit vainement mes timides secrets : Tu les connus trop tard, et ma fuite rapide T'abandonne à de longs regrets.

Uh! que je crains pour toi l'aurore désolée Qui ne pourra me rendre à tes vœux superflus, Quand sa douce lueur, pour moi seule voilée,

Ne m'éveillera plus !

Mais le ruisseau répond par un faible murmure

Au souffle expirant des zéphirs; La nymphe, qui s'endort, entraine mes soupirs

98 KLKGIES.

A la source déjà moins pure.

Demain!... L'écho plus triste a dit aussi : Demain! AdL(Mi, ma jeune vie! adieu, toi que j'adore! Ne gémis pas. Ce soir, je serre encor ta main : Ce soir, efforce-toi de me sourire encore !

PRIÈRE POUR Lljl

Dion ! créez à sa vie un objet plein rie charmes ; Une voix qni réponde aux secrets de sa voix ! Donnez-lui du bonheur, Dieu! donnez-lui des larmes; Du bonheur de le voir j'ai pleuré tant de fois!

J'ai pleuré : mais ma voix se lait devant la sienne; Mais tout ce qu'il m'apprend, lui seul l'ignorera ; Il ne dira jamais : « Soyons heureux, sois mienne ! » L'aimera-t-elle assez, celle qui l'entendra?

Celle à qui sa présence ira porter la vie, Qui sentira son cœur l'atteindre et la chercher, Oui ne fuira jamais, bien qu'à jamais suivie, Et dont l'ombre à la sienne osera s'attacher?

Ils ne feront qu'un seul ! et ces ombres heureuses Dans les clartés du soir se confondront toujours; Ils ne sentiront pas d'entraves douloureuses Désenchaîner leurs nuits, désenchanter leurs jours !

Qu'il la trouve demain! qu'il m'oublie et l'adore! Demain : à mon courage il reste peu d'instants. Pour une autre aujourd'hui je puis prier encore ; Mais... Dieu ! vous savez tout: vous savez s'il est temps !

BiBUOTHECA Ottavien^it-

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