‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 33 sur 138 · SOUVENIR · texte numérisé non relu

SOUVENIR

Quand il pàlil un soir, et que sa voix trembianto S'éteignit tout à coup dans un mot commencé; Quand ses yeux, soulevant leur paupière brûlante, Me blessèrent d'un mal dont je le crus blessé-, Quand ses traits plus touclianls, éclairés d'une flamme

Qui ne s'éteint jamais.

S'imprimèrent vivants dans le fond de mon âme.

Il n'aimait pas. — J'aimais!

A MADEMOISELLE GEORGINA NAIRAC

Ah 1 prends garde à l'amour, il menace la vie : Je l'ai vu dans les pleurs que tu verses pour moi. Prends garde, s'il est temps! Il erre autour de toi. Et c'est avec des pleurs aussi qu'il m'a suivie.

Retourne vers ta mère, et ne la quitte pas. Va, comme un faible oiseau que menace l'orage. Contre son sein paisible appuyer ton courage; Porles-y ta jeunesse, enchaînes-y tes pas. Plus heureuse que nous, de son printemps calmée, Laisse-la te soustraire à de vaines douleurs : Va ! tu me béniras de t'avoir alarmée ; Je fus confiante, et je meurs.

Folle sécurité d'une âme qui s'ignore, C'est donc ainsi toujours que vous devez finir ? Quand on n'a pas souffert, on ne sait rien encore, On ne veut confier son cœur qu'à l'avenir.

Dans l'âge du danger je n'avais plus de mère ; Déjà mon tendre guide, arrêté par la mort,

N'entendait plus ma plainte amère ; Déjà ses yeux fermés n'éclairaient plus mon sort.

Ketourno vers lu mère, et que ton innoconco, PrudemmeiU (^ll'niyf'c ;ni IjiIiIc.tii de inos jouis, Joifjne à mon souvonir, ((u'il laul plaindre îonjours, llno lonfîne reconnaissance.

Mais tu n'as pas souffert. Ta tranquille pitié,

Dis-le-moi, n'a donné ses pleurs qu'à l'amitii'ï

Non, tu n'as pas senti cette tlèvre de l'àine,

Ce frisson douloureux qui passe au fond du cœur;

L'air ne t'a pas samblé comme une molle flamine

Qui verse dans les sens la soif et la langueur ?

Ce triste isolement, ce tendre ennui, ces larmes,

Ce besoin de presser un cœur semblable au sien,

D'une voix qui poursuit le fidèle entretien,

Rien n'a comblé ta vie et de crainte et de charmes?

Cet objet soidialté, dans un jour imprévu,

Ne t'a pas sur son sein réunie à toi-même ;

Ce tendre objet qui trompe, et qu'il faut que l'on aime.

Tu ne l'as jamais vu !

Je l'ai vu plein d'amour, et l'amour m'a trompée; ■Te ne croyais que lui; de lui seul occupée, .l'ai perdu mon repos dans sa félicité; Je l'ai voulu. Mon Dieu! c'était sa volonté!

Il savait tant de mots pour me rendre sensible, Pour instruire mon âme ardente à la douleur! Lui seul a ce pouvoir, cet art, ce don flexible, Lui seul donne la vie ensemble et le malheur. Mais le malheur enfin détache de la vie. Non, je ne veux plus de mon sort, Je ne veux plus souffrir. Sais-tu ce que j'envie? Sais-tu ce qu'après lui j'ai souhaité? La mort.

KLEGIES. 107

Son pied ne presse plus le seuil de ma demeure, Et pour ne la plus voir il invente un chemin : Sans lui rien demander, j'écoute passer l'heure ; L'heure dit comme lui : « Ni ce soir, ni demain! » Mais je compte, j'attends que, moins inexorable, Une heure, la dernière, à mes maux secourable. Éteigne sur ma cendre un importun flambeau. Et défende à l'amour de troubler mon tombeau.

Ouand celui qui me luit ne songeait qu'à me suivre, Le cours de mes beaux ans fut près de se tarir :

Qu'il m'eût alors été doux de mourir Pour l'amant dont les pleurs me suppliaient de vivre! « Ne meurs pas, disait-il, ou je meurs avec toi! » Et mon âme, enchaînée à cette âme amoureuse. N'osa quitter la terre et combler son effroi. L'imprudent! sous cespleurs j'allais m'éteindre heureuse, J'allais mourir aimée. Il m'a rendu des jours, Pour m'apprendre, ô douleur! qu'on n'aime pas toujours. Une nouvelle voix à son oreille est douce; D'autres yeux qu'il entend désarment son courroux ; Et ce n'est plus ma main qu'il presse ou qu'il repousse,

Alors qu'il est tendre ou jaloux.

Uuoi ! ce n'est plus vers moi qu'il apporte sans crainte Soïi espoir, son désir, son plus secret dessein : Et, s'il est malheureux, s'il exhale une plainte. Ce n'est plus dans mon sein !

L'ai-je trahi? Jamais. 11 eut mon àme entière. Hèlas ! j'étais étreinte à lui comme le lierre. Que pour m'en arracher il a fallu souffrir ! Dans cet effort cruel je me sentis mourir.

lus Kl.lvOlES,

11 (létounia 1<!S youx, il n'a pas vu mes larmes Mou reproche jamais n'éveilla ses alarmes ; Jamais de ses beaux jours je ne ternis un jour Il garda le bonheui'; moi, j'ai gardé l'amour.

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