LA FLEUR DTI SOL NATAL
A M. DU THILLŒIIL
0 fleur (In sol natal ! ô verdnre sauvage ! Par quelle main cachée arrives-tu vers moi? 0 mon pays! quelle âme aimante, à ton rivage, A compris qu'une fleur me parlerait de toi?
Quel charme m'environne, et quel Dieu romptma chaîne ? La vie est libre encor... je lui pardonne tout ! Sol natal ! sol natal ! dans ta suave haleine, Dans tes parfums, la vie a comme un autre goût. Voilà le souvenir au pénétrant silence ; Sans philtre, sans breuvage, il endort la douleur: Sur mes jours fatigués son aile se balance ; C'est une halte du malheur.
Le voilà ce beau lac dont l'eau n'est point amère ; Ma nacelle dormeuse y flotte seule en paix.
* Je dois A cet ingénieux présent d'un compatriote une surprise dont le souvenir ne s'effacera jamais de mon cœur. A deut cents lieues de mon pays, je reçus un panier de fleurs cueillies sous les remparts de Douai. Ceux qui n'ont pas vu leur pays depuis l'enfance jugeront de l'impression que firent sur moi ces fleurs sauvages, traversant une longue route, soigneusement cachées dans une mousse fraîche qu'elles avaient embaumée.
Le voilà le doux chaume où m'enlaula ma mère.
Où, cachée au malheur, je ne pleurais jamais.
Cette jeune Albertine, à nos foyers restée,
Ce lilas embaumé que je croyais perdu,
0 fleur, sauvage fleur de ma rive enchantée.
Transfuge de nos bois, tu m'as donc tout rendu !
Des arbres qui régnaient le long de nos rivages Tu m'apportes le bruit... il rafraîchit mon sort: Une colombe y pleure ; et ces profonds ombrages, Par toi, si puissamment me protègent encor.
Que les vents balancent leur faite.
Roulant devant eux la tempête.
L'éclair, l'ouragan, la terreur.
Et laissent à mes pieds le calme et la fraîcheur.
Emporte-moi, souffle errant, doux génie, Sur mon rempart tant chanté, tant aimé; Et que ma cendre un jour soit réunie A l'humble terre où mon cœur s'est formé ! Aux uns de l'or... à moi des fleurs suaves : Oh ! dans les fleurs précipite mes pas ! J'en vois languir sur des rives esclaves. Mais ma flerté ne s'en couronne pas.
Qu'il est frais, qu'il est doux l'air de rindépendance, Au cœur épanoui sur un sol libre et pur ! 0 mon pays! ton nom, qui m'offre un ciel d'azur, Rend à mes traits souffrants le rire de l'enfance. Nomme encor mon pays, rêve aux accents d'amour; Jette sur mon sommeil les fleurs de ma vallée ; Que, dans ce miroir consolée,
Je ivchaulïe ma vie au rellet d'un beau jour ! Sur l'invisible ami (jui devina mon àme, Dieu ! versez les trésors qui germent dans vos mains ! Liez ses jours heureux à d'heureux lendemains, Et de soie et de lleurs l'ormez leur longue trame! Que pour lui, pour lui seul, l'amour soit sans regret! Ciel ! au nom de la Heur qu'il me jeta vermeille. Qu'un bonlieur assidu chaque jour le réveiUe, Et lui confie un doux secret !