‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 73 sur 138 · LE CALVAIRE · texte numérisé non relu

LE CALVAIRE

Puisque tu vas, Angélique, Au calvaire des Roseaux, Rapporte-moi, pour relique.

Une froide fleur des eaux.

On ne dort pas sous la haire :

La nuit on m'entend gémir, Et les fleurs du vieux calvaire.

On me l'a dit, font dormir.

Pauvre Angélique, à ton âge, Quand on part seul, et nu-pied, Pour un long pèlerinage, N'y va-t-on que par pitié?

Sur la sauvage bruyère.

Colombe, qui vas gémir.

Offre à Dieu quelque prière Pour que je puisse dormir.

Mais quel philtre, quel breuvage.

Endort, au feu des éclairs.

Le ramier dans l'esclavage, Quand l'été brûle les airs?

Daigne la foudre descendre Sur l'oiseau né pour gémir;

Car, peut-être, sous la cendre On le laissera dormir !

Ah! si j'osais, ma compagne, Me dérober sur tes pas, Dans l'air vif de la montagne, J'oublîrais... parlons plus bas!

Ici, l'on meurt de ses peines.

Mais il n'en fout pas gémir.

Enfant, tu n'a pas de chaînes; Tu fuis... mais tu peux dormir!

Crois-tu qu'un grand sacrifice Puisse être agréable à Dieu?

Eh bien, qu'il me soit propice.

Je le joins à notre adieu.

Porte au calvaire une image Dont chaque trait fait gémir; Car c'est elle, quel dommage !

Qui m'empêche de dormir.

Tu jetteras dans l'eau sainte Ce nœud défait, cette fleur.

Et cet anneau d'hyacinthe Que je cachais sur mon cœur.

Va -t'en! je n'ai plus à rendre Qu'une âme ardente à souffrir.

Béni soit qui doit t'apprendrc Que Dieu daigna l'endormir!

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