‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 78 sur 138 · LE DERMER RENDEZ-VOUS · texte numérisé non relu

LE DERMER RENDEZ-VOUS

Mon seul amour, embrasse-moi.

Si la mort me veut avant toi,

Je bénis Dieu ; tu m'as aimée !

Ce doux liymen eut peu d'instants :

Tu vois; les fleurs n'ont qu'un printemps,

Et la rose meurt embaumée.

Mais, quand, sous tes pieds renfermée,

Tu viendras me parler tout bas.

Crains-tu que je n'entende pas?

Je t'entendrai, mon seul amour!

Triste dans mon dernier séjour,

Si le courage t'abandonne.

Et la nuit, sans te commander,

J'irai doucement te gronder,

Pour te dire : « Dieu nous pardonne ! »

Puis d'une voix que le ciel donne.

Je te peindrai les cieux tout bas :

Crains-tu de ne m'entendre pas?

J'irai seule, en quittant tes yeux, T'attendre à la porte des cieux, Et prier pour ta délivrance.

Oh ! dussé-je y pleurer longtemps,

ROMAi^CES.

Je vi'iix y couler mes instants A t'adoucir quelque souffrance; Puis, un jour, avec l'Espérance, Je viendrai délier tes pas :

Crains-tu que je ne vienne pas ?

Je viendi'ai, car tu dois mourir, Sans être las de me chérir.

Et comme deux ramiers fidèles, Séparés par de sombres jours, Pour monter où l'on vit toujours, Nous entrelacerons nos ailes !

Là, nos heures sont éternelles :

Quand Dieu nous l'a promis tout bas.

Crois-tu que je n'écoutais pas?

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