‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 8 sur 138 · L'ORAGE · texte numérisé non relu

L'ORAGE

Oh ! quelle accablante chaleur !

On dirait que le ciel va toucher la montagne. Vois ce nuage en feu qui rougit la campagne : Ouels éclairs ! quel bruit sourd ! ne t'en vas pas ; j'ai peur!

Les cris aigus de l'hirondeile Annoncent le danger qui règne autour de nous ; Son amant effrayé la poursuit et l'appelle : Pauvres petits oiseaux, vous re trouve rez-vou s?

Reste, mon bien-aimé ! reste, je t'en conjure;

Le ciel va s'entr'ouvrir.

De l'orage, sans moi, tu veux braver l'injure ; Cruel ! en me quittant tu me verrais mourir. Ce nuage embrasé qui promène la foudre. Vois-tu bien, s'il éclate, on est réduit en poudre ! Encourage mon cœur, il palpite pour toi... Ta main tremble, Olivier, as-tu peur comme moi? Tu féloignes; tu crains un danger que j'ignore : En est-il un plus grand que d'exposer tes jours ? Je donnerais pour toi ma vie et nos amours ; Si j'avais d'autres biens, tu les aurais encore. En cédant à tes vœux, j'ai trahi mon devoir; Mais ne m'en punis pas. Elle est loin, ta chaumière. Pour nous parler d'amour, tu demandais le soir :

1!) IDYLLES

Kii h'ion ! pour to sauver prends la nuit tout entière; Mais ne me parle plus de ce cruel amour ; Je vais l'offrir à Dieu dans ma tristesse extrême : C'est en priant pour ce que j'aime Que j'attendrai le jour.

Sur nos champs inondés tourne un moment la vue : lU'ponds; malgré mes pleurs veux-tu partir encorï Méchant, ne souris plus de me voir trop émue; Peut-on ne pas trembler en quittant son trésor ? Je vais me réunir à ma sœur endormie : Adieu ! laisse gronderet gémir l'aquilon; Quand ii aura cessé d'attrister le vallon, Tu pourras t'éloigner du toit de ton amie.

Mais quel nouveau malheur ! qu'allons-nous devenir?

N'entends-tu pas la voix de mon vieux père?

^e vois-tu pas une faible lumière ?

De ce côté, Pieu ! s'il allait venir!

Pour une faute. Olivier, que d'alarmes ! Lnisse-moi seule au moins supporter son courroux ;

Puis tu viendras embrasser ses genoux

Quand je l'aurai désarmé par mes larmes. i\on ! la porte entr'ouverte a causé ma frayeur : On tremble au moindre bruit, lorsque l'on est coupable. Laisse-moi respirer du trouble qui m'accable, Laisse-moi retrouver mon cœur.

Séparons-nous, je suis trop attendrie.

Sur ce cœur agité ne pose plus ta main; Va ! si le ciel entend ma prière chérie, Il sera plus calme demain.

Demain, au pouiL du jour, j'irai trouver mou père ; Sa boulé préviendra mes timides aveux ; De nos tendres amours pardonnant le mystère, 11 ne t'appellera que pour combler tes vœux.

Déjà le vent rapide emporte le nuage ; La lune nous ramène un doux rayon d'espoir; Adieu ; je ne crains plus d'oublier mon devoir, 0 mon cher Olivier ! j'ai trop peur de l'orage !

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