‹ Poésies de Madame Desbordes-ValmoreChapitre 84 sur 138 · A M. ARNAULT · texte numérisé non relu

A M. ARNAULT

Prête à s'élancer, joyeuse, Aux libres plaines des cieux, L'iiirondelle voyageuse A la saison pluvieuse Jetait un long cri d'adieu.

Sous un chêne solitaire Elle entend le rossignol.

Sa voix lui fut toujours cliêi'e; Et la jeune passagère Écoute, et suspend son vol.

Elle recueille, attentive, L'accent qui cherche le cœur ; Mais ce chant qui la captive.

Dans sa mesure moins vive, N'exprime plus le bonheur.

«A (juoi rêvez-vous, dit-elle.

Les zéphyrs sont au beau temps:

Sur la rive maternelle

COiNTES.

Li> doux pi-intenips vous appelle; >""aimoz-vous plus le printemps?

« — Sauvez-vous, pauvre petite, Sans me demander pourquoi J'ai choisi ce sombre gîte :

L'oiseleur, qu'En vain j'évite, Vous l'apprendrait mieux cpio moi. »

Alors autour du ^rand chêne Elle entrevoit des réseaux.

Gémissante, et hors d'haleine, Elle veut briser la chaîne Du roi des petits oiseaux.

« Vous n'êtes pas assez forte, Dit-il; mais consolez-vous.

Du monde il faut (}ue tout sorte :

Dieu n'y plaça qu'une porte, Et la Mort l'ouvre pour tous.

« Sur cette plage étrangère, Égales à leur réveil, Et la reine et la bergère.

Sous le marbre ou la fougère.

Dorment du même sommeil.

« Sous cette loi simple et juste On voit passer tour à tour L'oiseleur, l'oiseau, l'arbuste, Les rois et leur race auguste : J'y passerai donc un jour.

i( Mais (les rois l'oialiri' iiicoiiaino Demande grâce souvent Au destin qui les (Milraine:

L'oiseau blessé (|ui s'y Iraine Se repose en ari'ivanl.

« Là, (le la flèche empennée Tons les traits sont amortis; Et la mère infortunée, Libre, et désemprisomiée, Chante auprès de ses petits !

« Si votre pitié naïve

Ne craint pas de nonv(>aux pleui's,

Cherchez, au bord de la rive.

Une feuille fugitive

Où sont gravés mes malheurs ^ »

Sous l'ombre mystérieuse La ieuille alors murnun"a; Et, longtemps silencieuse, Plus triste que curieuse, L'hirondelle soupira.

« Adieu donc, s'écria-t-ell(>, Piiiscpi'il faut partir sans vous!

Pniss(! une feuille nouvelle.

Quelque jour, à l'hirondelle Révéler un sort [dus doux! »

' La Feuille de rose, île -M. AriKiiill.

LES D1:LX ABKILLES

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