‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 101 sur 118 · L’ORPHELIN · texte numérisé non relu

L’ORPHELIN

Un torabcan inconnu, trouvé à Ermenonville, et la découverte d'un prétendu (ils de Rousseau, ont attiré quelques instants l'attention. En rattachant l'une à l'autre ccs deux circonstances, j'ai cherché à les reudre plus intéressantes.

Un printemps, dans Ermenonville, Prés de la tombe où fut Rousseau , Vers le bord du lac immobile J’aperçus un autre tombeau.

Sur la pierre attachant ma vue,

A l’ombre du vert peuplier ,

Je lus celte histoire inconnue ,

Que mon cœur ne peut oublier :

« Alors que du sein de sa mère L’enfant de Rousseau fut ravi,

Un billet, scellé par un père,

De ces tristes mots fut suivi :

« Sa naissance est infortunée;

» Ce billet doit la découvrir,

» Le jour de sa vingtième année ;

» Et puisse-t-on ne pas l’ouvrir! >.

BALLADES

» Afin d’échapper à lui-même , Mousseau cherche à tromper son cœur Par cet ingénieux blasphème,

Il s'applaudit de son erreur :

« Enfant! j'ai dû le méconnaître.*

» Us son{ nombreux , les fils ingrats)

» Je t'épargne un crime peut-être » En le rejetant de mes bras.

» Tout ce que j'aiinais m'abandonne ; » Toi-même aurais pu me trahir.

» Pour prix du jour que je te donne,

» Ils le diraient de me haïr.

» Tu ne maudiras que ma cendre. »

Et lorsque l’éternel sommeil Sur sa paupière allait descendre,

Il ne chercha qne le soleil.

» Mais enfin du billet sinistre Quand le temps vint briser le sceau, Des autels le pieux ministre Lut: « Emile, fils de Mousseau. »

De son sort il fallut instruire L’orphelin, que depuis, dit-on,

Jamais on ne revit sourire...

Malheureux I il savait son nom.

» De la demeure hospitalière Gardant le simple habit de lin,

Il dit : « J’irai chercher mon père; Trop longtemps je fus orphelin. »

Et sous les peupliers paisibles Cherchant qui put l'abandonner,

BALLADES

Sur ces dépouilles insensibles Il pleura : c’était pardonner !

» Je l’entrevis, ce jeune Émile I Parcourant d’un pas inquiet Cette solitude tranquille ,

Devant les hommes il fuyait.

Une longue mélancolie Consuma lentement son cœur ; Souvent il relisait Julie,

Souvent il la nommait sa sœur.

» Si la pervenche solitaire Se présentait sur son chemin,

Il disait : « 0 fleur de mon père !

» Viens reposer contre mon sein. »

Se levant sitôt que dans l’ombre Paraissait l'aube au front vermeil ,

Il répétait d’une voix sombre :

« Et moi, j’aime aussi le soleil. »

» Un jour, plus matinal encore,

Près de son père il vint s’asseoir :

Tel il s’assit avant l’aurore,

Tel on le retrouva le soir.

Sur la tombe où dorment ses cendres On lit ces mots presque effacés :

« Arrêtez-vous ici, cœurs tendres 1 » Mortels indifférents , passez. »

BALLADES

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