‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 14 sur 118 · L'INQUIÉTUDE · texte numérisé non relu

L'INQUIÉTUDE

Sais-tu pourquoi cet inquiet tourment De mon bonheur empoisonne l’ivresse ?

Sais-tu pourquoi dans le plus doux moment Mon œil distrait se voile de tristesse?

Pourquoi souvent à ta main qui la presse Ma froide main répond négligemment ?

Le sais-tu? Non. Connais donc ma faiblesse.

Ris , tu le peux , de mes travers nouveaux :

Je suis jaloux , et jaloux sans rivaux !

Quand le présent m’enivre de délices,

Dans le passé je cherche des supplices.

Ton cœur, réponds sans nul déguisement, N’a-t-il battu que pour moi seulement?

Durant les nuits , à l'heure où tout sommeille , Jamais, dis-moi, les traits d’un autre amant N’ont-ils troublé tes songes ni ta veille ?

Le regard fixe et le sein oppressé ,

Te rappelant une image trop chère,

N'as-tu jamais , le soir , près de ta mère ,

Laissé tomber le travail commencé ?

Tu me dis j'aime, et d'une voix si tendre !

Ce mot charmant, pour moi seul l’as-tu dit?

Que sais-je ? Un autre avant moi l’entendit Peut-être !... Eh bien! je ne puis plus l'entendre. Pardonne, hélas! dans mon trouble fatal ,.

Je te parais injuste, ingrat; mais j'aime !

Ah ! songe bien que pour l’amour extrême Un souvenir est encore un rival.

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