‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 17 sur 118 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Do l'infidèle qui l'oublie;

Tu songes à l’amour, et tu n’as plus d’amant !

Je suis déjà puni. Ta rivale a des charmes....

Eh bien ! ton souvenir est encor plus puissant.

Je te pleure en te trahissant :

La légère inconstance a donc aussi des larmes !

Jamais , hélas ! oh ! non , jamais L’orgueilleuse beauté que malgré moi j’adore N’aimera comme tu m'aimais;

Je le sais, et pourtant je te fuis, pauvre Isore !

T i confiance encore ajoute à mon malheur.

Parfois, sortant des bras de ta rivale heureuse , Fatigué des transports d’une nuit amoureuse,

Je t’aborde, l'air vague et le front sans couleur : N’importe ! Loin de toi toute crainte est bannie;

Tu ne soupçonnes pas l’infidèle insomnie Qui sur mes traits changés imprime la pâleur;

Seulement ta bouche m'accuse De consumer ma vie au sein des longs travaux,

Et de consacrer à ma muse L’heure où le doux sommeil balance ses pavots.

Je souris tristement à l’erreur qui t’abuse.

Mais lorsque lu me dis : « Je compte sur ta foi ;

Ne m’abandonne pas , je me confie à toi , »

Alors mon cœur succombe au trouble qui l’oppresse , Je sens l’aveu cruel s’échapper à moitié;

Et toi , tu crois à ma tendresse ,

Qui n'est plus que de la pitié.

Q tand finira l’erreur dont tu jouis encore ,

Combien de larmes vont couler !

Je plaindrai tes douleurs, et, sans les consoler,

ÉLÉGIES

Je répéterai : « Pauvre Isore !... »

. Périsse, périsse le jour Où la fière Délie usurpa ton empire !

Périssent ses attraits et son fatal sourire!

Périsse même son amour !

Qu’ai-je dit ? Peut-être Délie Un jour d’Isore en pleurs vengera l'abandon ;

Oublié comme je l’oublie,

Je viendrai, douce Isore, implorer un pardon; Mais en vain : le dieu qui console ,

Le temps aura donné ton cœur A quelque autre amant moins frivole,

Et plus digne de son bonheur.

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