‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 30 sur 118 · HOMÈRE MENDIANT · texte numérisé non relu

HOMÈRE MENDIANT

« Beau séjour où l’Hermus épand ses flots sacrés , Ville chère à Junon , ville aux coteaux dorés ,

Dont la haute Sardène et son ombrage antique Couronnent les vallons et l’antre prophétique , Cumes 1 je te salue. Au sein profond des nuits ,

Trois fois un heureux songe a flatté mes ennuis : Tout songe vient des cieux; et Jupiter sans doute De tes remparts divins m’a fait prendre la route. Seul avec cet enfant que Samos a nourri ,

Depuis douze soleils , sans secours , sans abri ,

Je me traîne à pas lents sur l’inculte rivage. Quelques fruits , dédaignés de la brute sauvage, L’herbage impur, vomi par le flot écumant ,

De nos corps épuisés sont l’unique aliment.

Verra-t-on cet enfant , l’appui de ma misère, Mourir à mes côtés en appelant sa mère ?

Verra-l-on le vieillard , de rocher en rocher,

Errer tel qu’un vaisseau privé de son nocher ?

Mon guide m’a conduit au seuil de l’opulence :

Au nom de ce rameau qu’en ma main je balance , Laissez-vous attendrir à mes tristes accents ,

Portes d'airain 1 tournez sur vos gonds gémissants ; Et mon guide , ce soir, aux prochaines prairies , Enlacera pour vous les guirlandes fleuries. »

Ainsi parle , accablé de ses cruels destins ,

Un vieillard dont les yeux pour jamais sont éteints ; C’est Homère 1 A Lycus appartient cette enceinte .

ÉLÉGIES

Où l’art des Doriens le dispute à Corinthe :

Pour les parvis des dieux le marbre réservé Soutient de son palais le portique élevé ;

Cent vierges , qu’enfanta l’Inde voluptueuse,

Couvrent de mets choisis sa table fastueuse,

Et dans les coupes d'or épanchent en ruisseaux Les vins délicieux de Chypre et de Naxos ,

Jusqu'à l'heure où , lassé de la bruyante orgie,

11 s’endort aux doux sons des flûtes de Phrygie.

Le vieillard , sur le seuil , aux nombreux serviteurs Atteste du foyer les lares protecteurs ,

Le nom du suppliant , son âge et sa misère.

De Lycus , qui déjà s’arme d’un front sévère ,

Il s'approche , et, Adèle au signe accoutumé ,

Baise humblement les bords du manteau parfumé :

« O Lycus ! l'homme heureux , tel qu’un dieu sur la terre, Des biens de l’indigence est le dépositaire ;

Un favorable sort m’amène vers ces lieux :

L’étranger, tu le sais , vient de la part des dieux ;

Ne me dédaigne pas. La Prière , éplorée ,

Du puissant Jupiter est la fille sacrée.

Ne me dédaigne pas , Lycus ; mon seul trésor,

Cette lyre envers toi peut m’acquitter encor.

J’ai visité du Nil les campagnes fécondes ;

J’ai traversé la mer et parcouru les ondes :

Les peuples m’entouraient ; et les trépieds dorés Furent souvent le prix de mes vers inspirés.

En écoutant mes vers , la docte Méonie Croyait d’Apollon même entendre l’harmonie ;

Et les vieillards charmés se levaient devant moi.

J’ai chanté pour les dieux , je chanterai pour toi.

Puisse ma voix monter à la voûte étoilée!

Puisse de Jupiter la faveur signalée

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