LA NÉRÉIDE
Quittez pour l’Océan la source Aganippide ,
Muses ! chantez Caltha , la blanche Néréide.
Vierge encor, de Doris et l’amour et l’espoir,
Des filles de Doris elle était la plus belle.
Thétis l'aimait , Thétis se plaisait à la voir ;
Les grands dieux de la mer s’empressaient autour d’elle. Les nymphes l’admiraient; les Tritons complaisants A ses pieds , chaque jour, apportaient leurs présents ; Même on dit qu’une fois le pasteur de Nérée,
Pour elle répétant la chanson désirée ,
Oublia de veiller sur ses phoques pesants.
Quittez pour l'Océan la source Aganippide ,
Muses ! chantez Caltha , la blanche Néréide.
Monarque aux flèches d’or, que révère Délos t A l’heure où tes coursiers se plongent dans les flots ,
Tu la vis , tu l'aimas ; et la nymphe charmante T’apparaissait , les nuits , sur la vague écumante.
Sur la vague , une nuit , dans le calme des airs ,
Des oiseaux de Thétis écoulant les concerts,
68 ~ ÉLÉGIES
Elle vil un nocher, dont la barque sans voiles Voguait légèrement au rayon des étoiles ,
•Tandis que l’aviron , de son bruit mesuré ,
Accompagnait ce chaut par l’amour inspiré :
« Accours, hôte léger de la plaide liquide!
De mes filets tendus ne crains plus les réseaux ,
Ni l’hameçon qui flotte à la ligne perfide :
Typhis est amoureux d'une fille des eaux ;
Amoureux sans espoir I De quel œil verrait-elle Un simple nautonnier chérir utie immortelle?
Je n’ose de son nom charmer l'écho des mers ,
De peur qu’en se jouant Zéphire sur son aile Ne le porté à Doris ; et mon cœur le recèle ,
Caché comme la perle au sein des flots amers.
Quittez pour l'Océan la source Aganippide ,
Muses ! chantez Caltha , la blanche Néréide.
Chaste nymphe ! ta voix fit entendre ces mots :
« Jeune et beau nautonnier, que ton cœur se rassure 1 Du chasseur de Vénus tu connais l’aventure.
Lorsque Diane, un jour, s’égara vers l’Athmos ,
Un pasteur dénoua sa pudique ceinture.
Le nautonnier doit plaire à la fille des eaux.
Les dieux eurent souvent des mortels pour riv aux ;
Et peut-être , ô Typhis , la beauté qui t’est chère A l’azuré Glaucus en secret te préfère. »
Une main sur la poupe, elle tient ces discours : •
Et cependant la barque avait suivi son cours;
Et Typhis , s'inclinant sur la rame agitée ,
Abordait en silence à la dune écartée.
« O déesse ! a-t-il dit, que vos pas immortels Daignent toucher le seuil de mon humble cabane I Dès demain ce séjour ne sera plus profane ;