‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 35 sur 118 · LA NÉRÉIDE · texte numérisé non relu

LA NÉRÉIDE

Quittez pour l’Océan la source Aganippide ,

Muses ! chantez Caltha , la blanche Néréide.

Vierge encor, de Doris et l’amour et l’espoir,

Des filles de Doris elle était la plus belle.

Thétis l'aimait , Thétis se plaisait à la voir ;

Les grands dieux de la mer s’empressaient autour d’elle. Les nymphes l’admiraient; les Tritons complaisants A ses pieds , chaque jour, apportaient leurs présents ; Même on dit qu’une fois le pasteur de Nérée,

Pour elle répétant la chanson désirée ,

Oublia de veiller sur ses phoques pesants.

Quittez pour l'Océan la source Aganippide ,

Muses ! chantez Caltha , la blanche Néréide.

Monarque aux flèches d’or, que révère Délos t A l’heure où tes coursiers se plongent dans les flots ,

Tu la vis , tu l'aimas ; et la nymphe charmante T’apparaissait , les nuits , sur la vague écumante.

Sur la vague , une nuit , dans le calme des airs ,

Des oiseaux de Thétis écoulant les concerts,

68 ~ ÉLÉGIES

Elle vil un nocher, dont la barque sans voiles Voguait légèrement au rayon des étoiles ,

•Tandis que l’aviron , de son bruit mesuré ,

Accompagnait ce chaut par l’amour inspiré :

« Accours, hôte léger de la plaide liquide!

De mes filets tendus ne crains plus les réseaux ,

Ni l’hameçon qui flotte à la ligne perfide :

Typhis est amoureux d'une fille des eaux ;

Amoureux sans espoir I De quel œil verrait-elle Un simple nautonnier chérir utie immortelle?

Je n’ose de son nom charmer l'écho des mers ,

De peur qu’en se jouant Zéphire sur son aile Ne le porté à Doris ; et mon cœur le recèle ,

Caché comme la perle au sein des flots amers.

Quittez pour l'Océan la source Aganippide ,

Muses ! chantez Caltha , la blanche Néréide.

Chaste nymphe ! ta voix fit entendre ces mots :

« Jeune et beau nautonnier, que ton cœur se rassure 1 Du chasseur de Vénus tu connais l’aventure.

Lorsque Diane, un jour, s’égara vers l’Athmos ,

Un pasteur dénoua sa pudique ceinture.

Le nautonnier doit plaire à la fille des eaux.

Les dieux eurent souvent des mortels pour riv aux ;

Et peut-être , ô Typhis , la beauté qui t’est chère A l’azuré Glaucus en secret te préfère. »

Une main sur la poupe, elle tient ces discours : •

Et cependant la barque avait suivi son cours;

Et Typhis , s'inclinant sur la rame agitée ,

Abordait en silence à la dune écartée.

« O déesse ! a-t-il dit, que vos pas immortels Daignent toucher le seuil de mon humble cabane I Dès demain ce séjour ne sera plus profane ;

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