‹ Poesies de Millevoye Avec une noticeChapitre 74 sur 118 · DE LA PROMENADE DE LONGCIIAMP · texte numérisé non relu

DE LA PROMENADE DE LONGCIIAMP

J’ai vu cette brillante fête ,

Fête des grâces, des amours,

Que trois mois <T avance on apprête ,

Et dont on s'occupe trois jours.

J ai vu la beauté sous les armes, Rassemblant tous scs traits vainqueurs ,

POÉSIES LÉGÈRES

Doubler le pouvoir de ses charmes Pour venir assiéger les cœurs.

J'ai vu la toilette nouvelle,

El d’honneur j’en suis enchanté :

jCes dames mettent tant d8 zèle A retracer l’antiquité ,

Qu’on les verra , si cela dure ,

Quittant l'habit grec ou romain, Reprendre la simple parure De la mère du genre humain.

J’ai vu tour à tour d’autres belles.

Se livrant à des goûts nouveaux,

Oser, amazones nouvelles,

Caracoler sur des chevaux...

Comme tomber n’est pas descendre , Relies, prenez garde aux faux pas :

Vous risquez... Vous devez m’ entendre Et Boufïlers a su vous apprendre Ce qu’il arrive en pareil cas.

J’ai vu la tournure grossière Des parvenus en chars brillants.

Ces messieurs se tiennent dedans De l’air dont on se tient derrière.

J’ai vu l’intrigant Dorival ,

Qui faisait aujourd'hui figure,

I Et demain vendra le cheval Afin de payer la voiture.

J’ai vu campos ubi Troja....

J’ai vu les ruines célèbres Du temple où jadis ce jour-là Les nonnettes chantaient ténèbres Avec les filles d’Opéra.

. J’ai vu la foule confondue Revenir au déclin du jour,

Par la longue et sombre avenue I)c ce bois planté par l'Amour,

Où, dit-on, à l’Hymen son frère Le fripon joua plus d’un tour;

Rois charmant où le doux mystère Établit avec lui sa cour.

J’ai vu l’amant et sou amie ,

Dans leurs yeux portant le bonheur ; Je les ai vus d'un œil d’envie,

Et me suis dit au fond du cœur :

Ah! dans ces bois, aimable Laure, Que ne puis-je avec loi rêver !

Je ne voudrais m’y retrouver Qu'afin de m’y reperdre encore.

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