‹ Poésies de MillevoyeChapitre 25 sur 119 · LA SOIREE · texte numérisé non relu

LA SOIREE

J'entends la cloche de la nuit

Qui vers la cité nous rappelle ;

Le char léger qui nous conduit

Fend les airs : la route s'enfuit,

Le plaisir s'enfuit avec elle.

Des simples charmes du vallon

Aux pompeux ennuis du salon

Il faut passer, ma bien-aimée!

Pour nous vingt flambeaux éclatants

Vont remplacer dans peu d'instants

Le demi-jour de la ramée.

Nous allons, pour de froids discours,

Graves à la fois et frivoles,

Quitter ces entretiens si courts

Et qui renfermeront toujours

Plus de baisers que de paroles.

Mais , en dépit de tes atours ,

Mon souvenir tendre et fidèle

Te reverra cent fois plus belle

Dans la parure des amours.

A cet odorant diadème,

Qui du front de celle que j'aime

Égale à peine la fraîcheur,

Je reconnaîtrai l'humble fleur

Dont j'ornai sa tête chérie

Avant de quitter la prairie

Qui fut témoin de mon bonheur.

Pardonne ; mais sur ton visage

Page 1