‹ Poésies de MillevoyeChapitre 49 sur 119 · DU POETE PERSAN · texte numérisé non relu

DU POETE PERSAN

« Ta voix , Zaïde , est celle du zéphire ; D'un charme pur elle enivre mes sens : Mais apprends-moi quelle savante lyre De ces beaux vers enfanta les accents.

Oh ! non , jamais roses de poésie , Trésors charmants de grâce et de fraîcheur, De tels parfums n'embaumèrent l'Asie ; Ton baiser même aurait moins de douceur.

» — De Bénamar cet hymne fut l'ouvrage , Noble sultan ! chantre de la valeur , Il fit briller la consolante image Du jour sans fin dans un monde meilleur. Ses chants perdus furent sans récompense : Il s'en alla vers les sables d'Iran Avec sa fille, étoile d'innocence, Toucher la lyre au bruit de l'ouragan,

» — Fidèle émir î prends ma noire cavale ; Ses pieds légers sont l'aile de l'oiseau. Yole au désert , plus prompt que la rafale ; A Bénamar va porter cet anneau, Oui, j'en atteste et la nuit et ses voiles : De mes bienfaits je prétends le combler ;

S CHANTS ÉLEGIAQUES.

Du firmament les nombreuses étoiles A ses trésors ne pourront s'égaler.

» Que sur tes pas sa fille consolée

Vienne avec lui former d'heureux concerts!

Loin des regards cette palme isolée

A trop long-temps fleuri pour les déserts. »

L'émir , pressant la cavale légère ,

Part comme un trait qui s'élance et qui fuit ;

Et sur sa route une jeune étrangère,

Pâle et charmante, apparut vers la nuit.

« O voyageur qui, seul et sans retraite, Cours , égaré dans les sables d'Iran !

Que cherches-tu ? — Je cherche le poète , Ce Bénamar, la gloire du sultan.

— O voyageur! Bénamar fut mon père; Il a cessé de vivre et de souffrir :

Ces hauts cyprès ombragent sa poussière , Et près de lui j'achève de mourir.

» — Fleur de beauté! que ton éclat renaisse; Viens , sors enfin de ton obscurité ; Viens, et pour toi que rayonne sans cesse L'astre éclatant de la prospérité !

— Tu vois la tombe où veille ma tristesse : Tel est mon cœur, il ne peut se rouvrir. Mon père est mort ; seul il fut ma richesse : Pauvre il vécut, pauvre je veux mourir. »

Et , défaillante , elle embrasse en silence Le sol funèbre, objet de tous ses vœux; Et du cyprès que la brise balance L'ombre se mêle au noir de ses cheveux,

Sa voix mourante à son luth solitaire Confie encore un chant délicieux ; Mais ce doux chant, commencé sur la terre , Devait, hélas! s'achever dans les cieux.

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