‹ Poésies de Mme Desbordes-ValmoreChapitre 109 sur 112 · PRIERE · texte numérisé non relu

PRIERE

Emit>yée au Mont Carmel pour Us prisonniers du Mont .Sa.'if-.Vr.

'^j porteuse d'ailes.

Je pouvais monter Où les hirondelles Volent s'abriter :

Si l'ardeut cantique Sorti de mon cœur, Du Carmel antique Allait au Seigneur :

Je n'y porterais pas une superbe aumône. Je n'ai rien. Mais plus près de ce roi qui pardonne. Je laisserais tomber les larmes de mes yeux Pour qu'il ouvre un Carmel h de chers malheureux.

Si, porteuse d'ailes, Je pouvais monter Où les hirondelles Volent s'abriter :

Sur les pieds du Seigneur je répandrais mon âme; Il n'a repoussé, lui, ni l'enfant ni la femme , Et je lui montrerais, n'ayant rameaux ni fleurs. Du sombre Saint-Michel les stagnantes douleurs.

Si, porteuse d'ailes, Je pouvais monter Où les hirondelles Volent s'abriter :

Des sinistres hauteurs de ce cloître rigide Où la loi va suspendre un sursis homicide, Epiant les cris sourds qui ne s'entendent pas. J'en remplirais mon cœur pour les crier là-bas î

Si, porteuse d'ailes, Je pouvais monter Où les hirondelles Volent s'abriter : ♦

Des mères sans repos veuves de jeunes vies A leurs chers désespoirs suintement asservies, J'élèverais si haut les placets repoussés Que j'obtiendrais roul>li des orages passés.

Si, porteuse d'ailes, Je pouvais monter Où les hirondelles Volent s'abriter :

Jlrais, pour réchauffer ces cellules affreuses Où s'éteignent sans jour tant d'âmes malheureuses, J'irais, dans un amour à nul autre pareil, Porter, même au coupable, un baiser du soleil!

Si, porteuse d'ailes,

Je pouvais monter

Où les hirondelles

Volent s'abriter : •

Frère, à qui je confie une clameur timide. Vous qtii montez toujours, charitable, intrépide, Pèlerin tout chargé des trésors de la foi, Pour relever ses murs vous n'iriez pas sans moi.

Si, porteuse d'ailes.

Je pouvais monter Où les hirondelles Montent s'abriter.

Allez donc prier Dieu de secouer la terre Afin d'en rejeter cette bastille austère. Oh! comme il ouvrirait ses cachots étouffants! Oh! qu'il rendrait d'air pur à ses pâles enfants

Si, porteuse d'ailes, Je pouvais monter Où les hirondelles Montent s'abriter; Si l'ardent cantique Sorti de mon cœur Du Carmel antique Allait au Seigneur !

•,»n ilil ijue le fifre Cliarleâ d'Agiii Sanli, chargé de quêter pour l'achèvemcimlu monastéie hospitalier du Mont Carmel, vient d'être assassin)^ •lans la montagne en reportant les aumônes qu'il avait recueillies avec tant de fatigues.

L<: vrai chrétien est monté bien plus haut qu'au hut de sa mission terrestre. Il est rentré hien jeune dans la divine patrie, l'âme encore émue des voix qui s'étaient réunies h Paris dans un concert sacré pour aider i l'opuvre de dévouement et de charité des solitaires de la Palestine.

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