‹ Poésies de Mme Desbordes-ValmoreChapitre 19 sur 112 · L'EAU DOUCE · texte numérisé non relu

L'EAU DOUCE

I/eau qui a rencontré la mer ne retrouve jamais sa piemièie duuceur.

Un pacte icrsan.

^^ITIÉ de moi ! .fêtais l'eau douce ; Un jour j'ai rencontré la mer; A présent j'ai le goût amer, Quelque part que le vent me pousse.

Ah ! qu'il en allait autrement Quand, légère comme la gaze, Parmi mes bulles de topaze Je m'agitais joyeusement.

Nul bruit n'accostait une oreille D'un salut plus délicieux Que mon cristal mélodieux Dans sa ruisselante merveille.

L'oiseau du cic-l, sur moi penché, M'aimait plus que l'eau du nuage, Quand mon flot, plein de son imagr.

Lavait son gosier desséché.

Le poëte errant qui me loue Disait un jour qu'il m'a parlé :

« Tu semblés le rire perlé D'un enfant qui jase et qui joue.

-; Moi, je suis l'ardent^voyageur Incliné sur ta nappe humide, (^ui te jure, Cfuisseau limpide.

De bénir ijarto'ut ta fraîcheur. »

— Doux voyageur, si ta mémoire S'abreuve de mon sbuvenir.

Bénis Dieu d'avoir pu me boire, •Mais défends-toi de revenir.

Mon cristal limpida et sono/e, Où s'étalait le cresson vert, Dans les cailloux ne coule encore Que sourdement, comme l'hiver.

L'oiseau dont la soif est troiupt'o

Au nuage a rendu son vol ,

Et la plume du rossignol

Dans mon onde n'est plus trempée.

Cette onde qui filtrait du ciel Koulait des clartés sous la mousse. . . J'étais bien mieux, j'étais l'eau douce, Et me voici traînant le sel.

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