‹ Poésies de Mme Desbordes-ValmoreChapitre 37 sur 112 · UN RUISSEAU DE LA SCARPE · texte numérisé non relu

UN RUISSEAU DE LA SCARPE

^^)m, j'avais des trésors. . . . jeu ai plein ma mémoire. J'ai des banquets rêvés où l'orphelin va boire. Oh ! quel enfant des blés, le long des chemins verts. N'a. dans ses jeux errants, possédé l'univers?

Emmenez-moi, chemius! . . Mais non, ce n'est plu? l'heure. Il faudrait revenir en courant où l'on pleure, Sans avoir regardé jusqu'au fond le ruisseau Dont la vague mouilla l'osier de mon berceau.

Il courait vers la Scarpe en traversant nos rues Qu'épurait la fraîcheur de ses ondes accrues ; Et l'enfance aux longs cris saluait son retour Qui faisait déborder tous les puits d'alentour.

Ecoliers de ce temps, troupe alerte et ))niyante, Où sont-ils vos présents jetés k l'eau fuyante? Le livre ouvert, parfois vos souliers pour vaisseaux. Et vos petits jardins de mousse et d'ar])risseaux ?

Air natal! aliment de saveur sans seconde, Qui nourris tes enfants et les baise à la ronde ; Air natal imprégné des souffles de nos champs, Qui fais les cœurs pareils et pareils les penchants !

Et la longue^ innocence, et le joyeux sourire Des nôtres, qui n'ont pas de plus beau livre k lire Que leur \isage ouvert et leurs grands yeux d'azur. Et leur timbre profond d'où sort l'entretien sûr! . . .

Depuis que j'ai quitté tes haleines bénies, Tes familles aux mains facilement unies, Jf ne sais quoi d'amer à mon pain s'est mêlé, t:t partout sur mon jour une larme a tremblé.

Et je n'ai plus osé vivre à poitrine i)leine Ni respirer tout l'air qu'il faut k mon haloine.

On eût dit qu'un témoin s'y serait opposé

Vivre pour vivre, oh non ! je ne l'ai plus osé î

Non, le cher souvenir n'est qu'un cri de souflFrance ! Viens donc, toi, dont le cours peut traverser la France; A ta molle clarté je livrerai mon front,

lans tes flots, du moins, mes larmes se perdront

^ .'lis ranimer le cœur séché de nostalgie,

prendre et l'inonder d'une fraîche énergie. Ku sortant d'abreuver l'herbe de nos guérets, Viens,«ie fût-ce qu'une heure, abreuver mes regrets !

Amène avec ton bruit une de nos abeilles Dont l'essaim, quoique absent, bourdonne en mes oreilles Elle en parle toujours! diront-ils.. . . Mais, mon Dion. Jeune, on a tant aimé ces parcelles de feu !

' - gouttes de soleil dans notre azur qui briUe, Dansant sur le tableau lointain de la famille, Visiteuses des blés où logent tant de fleurs, 3Iiel qui vole émané des célestes chaleurs !

J'en ai tant vu passer dans l'enclos de mon père Qu'il en fourmille au fond de tout ce que j'espère; Sur toi dont l'eau rapide a délecté mes jours. Et m'a fait cette voix qui soupire toujours.

Dans ce poignant amour que je m'oflForce à rendre, Dont j'ai soufiFert longtemps avant de le comprendre, Comme d'un pâle enfant on berce le souci, Ruisseau, tu me rendrais ce qui me manque ici.

Ton bruit sourd, se mêlant au rouet de ma mère, Enlevant à son cœur quelque pensée amère, Quand pour nous le donner elle cherchait là-bas Un bonheur attardé qui ne revenait pas. •

Cette mère, à ta rive elle est assise encore ; La voilà qui me parle, ô mémoire sonore ! O mes palais natals, qu'on m'a fermés souvent! La voilà qui les rouvre à son heureux enfant I

Je ressaisis sa robe, et ses mains, et son âme ! Sur ma lèvre entr'ouverte elle répand sa flamme! Non ! par tout l'or du monde on ne me paîrait pas Ce souffle, ce ruisseau qui font trembler mes pas î

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