‹ Poésies de Mme Desbordes-ValmoreChapitre 55 sur 112 · DEUX MERES · texte numérisé non relu

DEUX MERES

A Cap.oline Bp.anchu

Ij NE femme pleurait des pleurs d'une autre femme ; i^iles ont leurs secrets qu'elles plaignent toujours, ("elle qui regardait reconnaissait son âme : Aux plus tendres, dit-on, les plus tristes amours! Lenfant s'était enfui du toit de la plus pâle; Lo père avait crié : « Qu'il ne revienne pas ! » Et la mère, essayant ce ton sévère et mâle, S'efforçait de crier : « Qu'il ne revienne. ...» hélas !

L'autre saisit ses mains, commandant le silence, Comme on fait au malade aigri qui veut mourir; Puis, soulageant ce cœur frappé d'un coup de lance, Lui dit CCS mots sans art pour l'aider à guérir :

ISO

Lorsque Dieu descend sur la terre, Il se cache au cœur d'une mère.

En regardant rouler nos flots, Penché sur ce monde qu'il aime, Jésus, triste au fond du ciel même, Retrouve ses divins sanglots.

Alors, s'il revient sur la terre, Il se cache au cœur d'une mère.

Lorsque par un volage enfant Une tendre femme offensée N'ose dire qui l'a blessée.

C'est que Jésus le lui défend :

Car il est toujours sur la terre Caché dans le cœur d'une mère.

L'enfant par le monde égaré Eevient-il, tout las de ses charmes, Un cœur plein d'amour et de larmes Se rouvre au transfuge adoré.

Car Jésus l'attend sur la terre, Caché dans le cœur d'une mère.

Durant co doux conseil que buvait sa douleur,

L'ccoutouse essuyait deux larmes incessantes;

Elle voyait l'espoir passer dans son malheur ;

Elle voyait la mer aux vagues blanchissantes ;

Elle voyait l'enfant emporté sur les flots,

Et la foi dans son sein refoulait ses sanglots.

Au bord de son oreille elle entendait : «■ Courage ! »

Alors elle ceignit son manteau de voyage,

Et ses longs yeux de mère, interrogeant les cieux,

Demandèrent sa route aux vents silencieux.

Il se fit un grand calme au fond de sa blessure; On eût dit qu'on l'aidait, tant sa marche était sûre ; Et, se laissant glisser sous la pluie et le vent. Elle jeta son âme au Dieu de son enfant :

— « Quand les autres m'ont accablée, Seigneur, vous m'avez consolée !

Je marcherai donc devant moi, Pleine d'amour, pleine de foi ; L'orage est en vain sur ma tête, Vous me parlez dans la tempête; Elle menace et Dieu défend :

Dieu ! guidez-moi vers mon enfant.

« Vous pfP3 le srmtipn des mèrps, Le vengeur des larmes amères; On m'a dérobé mon trésor, Mais vous me le gardez encor.

Dien ! vous en jtes le seul maître, Et vous le ferez bien connaître :

Par votre foi qui me défend, Dien! guidez-moi vr-r'* mon r-nfant! »

Et plus tard l'autre mère à sa l'enttre assise Tressaillit tout à coup d'une sainte surprise : Elle voyait venir, en lui tendant la main. Une humble voyageuse fm])rf"i=?ée an chemin.

Sous une tiède lune aux errant> favorable, Lui montrant de ses pleurs le salaire adorable ; Car un manteau de bure entr'ouvert par le vent Abritait embrassés la mère nv^f rf>nfant !

De Itoulogne, au bord de la mer.

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