‹ Poésies de Mme Desbordes-ValmoreChapitre 62 sur 112 · UNE NUIT DE MON AME · texte numérisé non relu

UNE NUIT DE MON AME

.^AR un rêve dont la flamme Eclairait mes yeux fermés, La nuit emporta mon âme Où dorment nos morts aimés.

Sous ma fervente lumière Le sol tressaille et se fend, Et je ressaisis ma mère Qui renaît pour son enfant!

'< Tu viens donc ! » dit la chère ombre Dont la voix m'ouvre le cœur; '< Tu sais donc qu'en ce lieu sombre Tout spectre attend le bonheur?

Viens, ne crains pus leur silence Ni leurs yeux ouverts sans voir, Le sommeil qui les balance N'a de vivant que l'espoir.

L'espoir, ô ma bien-aimée, Sève qui remonte à Dieu, Vigne errante et parfumée Qui fleurit, même en ce lieu ; L'espoir, cette étreinte immense Qui joint tous les univers, Ne sens-tu pas qu'il commence D'unir au moins nos revers ?

Comme aux chaleurs d'une serre L'homme fait germer ses fleurs, Le trépas qui nous enserre Ici fait germer nos cœurs.

A travers le dernier voile Tendu sur l'autre avenir, Nous voyons la double étoile De l'aube et du souvenir.

Que de sources éternelles

Dans ces lointains toujours beaux!

Que d'arbres aux fleurs nouvelles Sur ces routes sans tombeaux!

Vois que d'immortelles vies Te recevront avec moi :

Vois que de mères suivies D'enfaîits aimés comme toi!

Sous une forme reprise

Et qui nous ressemblera,

Avec un cri de surprise

Chacun se reconnaîtra.

« Quoi, c'est lui! c'est toi! c'est elle! »

Retentira de partout.

Et l'on proclamera belle

La mort vivante et debout!

Jette donc loin tes colères Contre d'innocents ingrats ; Le flambeau dont tu t'éclaires Te voit si tendre en mes bras.

Cesse d'essayer la haine, Faite pour la mépriser :

C'est perdre à river ta chaîne La force de la briser.

Adieu, fille de mes larmes,

Revue à force d'amour,

Quand le temps rompra ses armea,

Tu me suivras au grand jour.

A ton épreuve asservie,

Va plaindre les plus souffrants,

Et pour gagner l'autre vie,

Retourne avec les mourants. »

L'ombre alors pressa ma lèvr'î D'un baiser lent et profond, Qui d'une indicible fièvre Fait encor battre mon front Montez, mon humble courage, Sous les insultes du sort :

J'irai plus haut que l'orage Dans les ailes de la mort!

IGl

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