‹ Poésies de Mme Desbordes-ValmoreChapitre 90 sur 112 · LE SOLEIL LOINTAIN · texte numérisé non relu

LE SOLEIL LOINTAIN

A Matlame MARIE D'ACOl'LT

V^UAXD VOUS m'avez écrit tout ce que femme ou mère

Ecrira de plus doux , Je me plaignais, Madame, à cette vie amère : Je lui parlais de vous ;

De vous dont l'esprit pur, dont la grâce rèveuso.

Dont les regards charmants Ont versé leurs rayons sur moi, pâle couveuse

D'immobiles tourments.

Triste, je demandais à la force voilée -

Qui nous plie à genoux, Pourquoi, presque divine, ô jeune âme étoilée,

Vous pleurez comme nous.

Elle aussi, lui disais-je, elle aussi, sous ses roses,

Sous SCS longs cheveux d'or, A l'heure où le sommeil assoupit toutes choses.

Demande si l'on dort!

Elle aussi, quand lî^ lune argenté sa fenêtre,

Cherche son heure au ciel ; Et quand tous les plaisirs semblent l'avoir fait naitre,

Dit que naître est cruel.

Pourquoi souffler en nous, argile sans pensée,

La pensée et le jour.

Pour nous détruire ainsi, l'âme à tout coup blessée

Par la mort et l'amour?

O vie! 6 fleur d'orage! 6 menace ! ô mystère !

O songe aveugle et beau!

Réponds : ne sais-tu rien en passant sur la terre

Que ta route au tombeau?

— «Ingrate, a dit la vie, à qui donc l'espérance,

Fruit divin de ma fleur?

Vous retournercz-vous vers un jour de souffrance,

Dans réternel bonheur?

« Si vous n'entendez pas tant do voix étemelles,

Que sert de vous parler ?

Vos pieds sont las, pliez ! Pieu vous mettra des ailes

Et vous pourrez voler.

■i De vos fronts consternés, mères inconsolables,

Les cyprès tomberont, Quand pour vous emmener, messagers adorables,

Vos enfants descendront.

■( Vos sanglots se perdront dans de longs cri^^ de joie.

Quand vous verrez la mort Bercer aux pieds de Dieu son innocente proie,

Comme un agneau qui dort

: La mort, qui reprend tout, sauve tout sous ses ailes,

Sa nuit couve le jour.

Elle délivre l'âme, et les âmes entre elles

Savent que c'est l'amour! »

Ainsi, Madame, allons! L'augure a trop de charmes

Pour n'être pas certain :

Allons ! et dans la nuit tournons nos yeux en larmes

Vers le soleil lointain !

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