‹ Poesies de Octave CremazieChapitre 12 sur 24 · DE L'ARRIVÉE DE MGR DE MONTMORENCY-LAVAL EN CANADA · texte numérisé non relu

DE L'ARRIVÉE DE MGR DE MONTMORENCY-LAVAL EN CANADA

0 Canada, plus beau qu'un rayon de l'aurore, Te souvient -il des jours où, tout couvert encore Du manteau verdoyant de tes vieilles forêts, Tu gardais pour toi seul ton fleuve gigantesque, Tes lacs plus grands que ceux du poème dantesque Et tes monts dont le ciel couronne les sommets ?

Te souvient-il des jours où, mirant dans les ondes Le feuillage orgueilleux de leurs branches fécondes, Tes immerses sapins saluaient ton réveil ? Où déployant les dons de la grande nature, Tu montrais, reposant sur un lit de verdure, Ta sauvage grandeur aux rayons du soleil ?

Te souvient-il des jours où l'écho des montagnes Chantait, comme un clairon, au milieu des campagnes, L'hymne de l'Iroquois scalpant ses ennemis ? Où tes vieux héros morts, assemblés sur les grèves, Venaient, pendant la nuit, illuminer les rêves De tes sombres guerriers sur la rive endormis ?

Te souvieut-il des jours où, passant dans l'orage, Les dieux de tes forêts portés sur un nuage, De leurs longs cris de guerre enivrant tes enfants,

POÉSIES

Leur montraient dans la mort une vie immortelle, Où leur âme suivrait une chasse éternelle D'énormes caribous et d'originaux géants ?

Un jour, troublant le cours de tes ondes limpides, Des hommes étrangers, sur leurs vaisseaux rapides, Vinrent poser leur tente au pied de tes grands bois. Ils pliaient les genoux en touchant ton rivage ; Puis, au maître du ciel adressant leur hommage, Plantaient un drapeau blanc à côté d'une croix.

Et prenant ce drapeau, ces hommes au teint pâle Portèrent les rayons de sa couleur d'opale Jusqu'aux bords sablonneux du vieux Meschacébé Et devant cette croix, qui brillait dans tes ombres, Tu vis tes dieux vaincus pleurer sur les décombres Amoncelés autour de leur autel tombé !

Te souvient-il des jours où, prêtres et victimes, Les fils de Loyola, ces apôtres sublimes, Fécondant de leur sang ton sol régénéré, Rappelaient de la croix les splendeurs primitives ; Et, d'un martyre affreux sanctifiant tes rives, Laissaient à tes enfants leur souvenir sacré ?

Pourquoi donc tous ces cris de bonheur et de fête ? Tes guerriers, apportant les fruits de la conquête, Rentrent-ils dans tes murs, jeune Stadacona ? L'Iroquois, terrassé par la valeur huronne, A-t-il laissé tomber la terrible couronne Qu'au sein de la bataille Areskoui lui donna ?

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