LE CHANT DES VOYAGEURS
Conter leurs antiques grandeurs A ces vieux chênes que l'orage N'a pu briser dans ses fureurs...
Dans la forêt et sur la cage Nous sommes trente voyageurs.
Puis, sur la cage qui s'avance Avec les flots du Saint-Laurent, Nous rappelons de notre enfance Le souvenir doux et charmant.
La blonde laissée au village, Nos mères et nos jeunes sœurs, Qui nous attendent au rivage, Tour à tour font battre nos cœurs...
Dans la forêt et sur la cage Nous sommes trente voyageurs.
Quand viendra la triste vieillesse Affaiblir nos bras et nos voix, Nous conterons à la jeunesse Nos aventures d'autrefois.
Quand enfin, pour ce grand voyage Où tous les hommes sont rameurs, La mort viendra nous crier : a Nage * Nous dirons, bravant ses terreurs :
— Dans la forêt et sur la cage Nous étions trente voyageurs.
Québec, janvier 1862.