‹ Poesies de Octave CremazieChapitre 3 sur 24 · CHANT DU VIEUX SOLDAT CANADIEN · texte numérisé non relu

CHANT DU VIEUX SOLDAT CANADIEN

« Pauvre soldat, aux jours de ma jeunesse, » Pour vous, Français, j'ai combattu longtemps ; » Je viens encor, dans ma triste vieillesse, » Attendre ici vos guerriers triomphants. » Ah ! bien longtemps vous attendrai-je encore » Sur ces remparts où je porte mes pas ? » De ce grand jour quand verrai-je l'aurore? » Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas ?

» Qui nous rendra cette époque héroïque » Où, sous Montcalm, nos bras victorieux » Renouvelaient dans la jeune Amérique » Les vieux exploits chantés par nos aïeux ? » Ces paysans qui, laissant leurs chaumières, » Venaient combattre et mourir en soldats, » Qui redira leurs charges meurtrières ? » Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas ?

» Napoléon, rassasié de gloire,

» Oublîrait-il nos malheurs et nos vœux,

» Lui, dont le nom, soleil de la victoire,

» Sur l'univers se lève radieux ?

» Serions-nous seuls privés de la lumière

» Qu'il verse à flots aux plus lointains climats ?

» 0 ciel ! qu'entends- je ? une salve guerrière ?

» Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas ?

POÉSIES

» Quoi ! c'est, dis-tu, l'étendard d'Angleterre,

» Qui vient encor, porté par ces vaisseaux,

» Cet étendard que moi-même naguère,

»A Carillon, j'ai réduit en lambeaux.

» Que n'ai-je hélas ! au milieu des batailles

» Trouvé plutôt un glorieux trépas

» Que de le voir flotter sur nos murailles !

» Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas ?

» Le drapeau blanc, — la gloire de nos pères, — » Rougi depuis dans le sang de mon roi, » Ne porte plus aux rives étrangères » Du nom français la terreur et la loi. » Des trois couleurs l'invincible puissance » T'appellera pour de nouveaux combats, » Car c'est toujours l'étendard de la France. » Dis-moi, mon fils, ne paraissent -ils pas ?

» Pauvre vieillard, dont la force succombe, » Rêvant encor l'heureux temps d'autrefois, «J'aime à chanter sur le bord de ma tombe » Le saint espoir qui réveille ma voix. » Mes yeux éteints verront -ils dans la nue » Le fier drapeau qui couronne leurs mâts ? » Oui, pour le voir, Dieu me rendra la vue 1 » Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas » ?.

Un jour, pourtant, que grondait la tempête, Sur les remparts on ne le revit plus.

La mort, hélas ! vint courber cette tête Qui tant de fois affronta les obus.

Mais, en mourant, il redisait encore A son enfant qui pleurait dans ses bras :

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