‹ Poésies de SchillerChapitre 17 sur 258 · L.E COMTE D'HABSBOURG · texte numérisé non relu

L.E COMTE D'HABSBOURG

ta joie, qui, par de doux accords, émeut mon âme, et qui m'instruit par de hautes leçons. J'ai connu celle jouissance dès ma jeunesse, et ce que je cherchais, ce quej*aimais quand je n'étais qu'un simple chevalier, je ne veux pas en être privé maintenant que je suis empereur. »

Et voilà qu'au milieu du cercle des princes s'avance le chanteur , couvert d'un long manteau ; sur ses tempes brillent ses boucles de cheveux blanchies par les années. « Une douce mélodie repose, dit- il, dans les flancs de la harpe : le poète chante les tributs de l'amour, il célèbre les plus grandes, les meilleures choses, ce que le cœur désire, ce qui flatte les sens; mais quels chants seraient dignes de l'Empereur dans cette fête solennelle? d

« Je ne veux rien prescrire au chanteur, répond le prince en souriant, il dépend d'un plus grand maître que moi, il obéit à l'heure propice de l'inspiration. Comme le vent d'orage qui résonne dans les airs, qui vient on ne sait d'où, et comme la source d'eau qui s'échappe de ses cavités profondes , la chanson s'échappe du cœur du poêle et éveille avec force les sentiments confus qui dormaient dans les âmes. »

Le chanteur saisit sa harpe et en fait vibrer les cordes avec vigueur : a Un noble héros s'en allait sur la montagne poursuivre le chamois fugitif; son écuyer le suivait avec son épieu ; il était monté sur un fort

\èO POÉSIES DE SCHILLER.

cheval : en traversant un vallon, il entend de loin le son d'une clochette; c'était un prêtre qui s'en allait à pied, précédé de son sacristain, porter à un malade le corps de Notre-Seigneur.

« Le comte se découvre humblement la tête, et s'incline jusqu'à terre pour rendre hommage en bon chrétien à celui qui a sauvé les hommes. A travers la vallée coulait un ruisseau qui, grossi par les ondes d'un torrent, arrêtait les pas du prêtre. Il devait porter sur l'autre rive le saint sacrement ; il ôte sa chaussure et se prépare à traverser le ruisseau.

« Que fais-tu? lui dit le comte, qui le regarde avec surprise. — Seigneur, je dois me rendre auprès d'un mourant qui languit après la nourriture céleste ; le torrent a renversé le pont qui s'élevait sur le ruisseau ; pour aider au salut du malade, je vais passer cette eau pieds nus. )»

«Le comte le fait asseoir sur son noble cheval, et lui remet entre les mains ses rênes brillantes, pour qu'il puisse sans retard accomplir son pieux devoir et soulager le malade. Puis, montant sur le cheval de son écuyer, il s'en va gaiement continuer sa chasse. Le prêtre, ayant rempli sa mission, vient le lendemain remercier le comte et lui ramène modestement son cheval par la bride.

a A Dieu ne plaise ! dit le comte avec humilité ,

Page 1