LE GANT
En ce moment, du haut du balcon, un gant tombe d'une jolie main entre le tigre et le lion.
La noble Cunégonde se tourne vers le chevalier de Lorges ellui dit d*un air railleur : « Chevalier, si votre amour est aussi ardent que vous me le jurez à toute heure, allez relever mon gant. »
Le chevalier descend à la hâte, s'avance d'un pas ferme dans Tarène redoutable, et d'une main hardie relève le gant au milieu des monstres.
Les chevaliers, les dames le regardent avec surprise et terreur, et lorsqu'il leur apporte paisiblement le gant, son éloge s'échappe de toutes les bouches. Cunégonde l'accueille avec un tendre regard qui lui promet un bonheur prochain. Mais le chevalier, lai jetant son gant au visage, lui dit : a Je ne yeux point de votre reconnaissance; » et il la quitte à l'instant.
LINFANTICIDE
Écoutez : les cloches résonnent d'un son sinistre et Taiguille de Thorloge achève sa course. £h bien! au nom de Dieu, qu'il en soit ainsi ! Compagnons du tombeau, allons au supplice. Reçois, ô monde, mes derniers baisers d'adieu, reçois ces larmes : ô monde, que tes poisons étaient doux ! Nous sommes quittes, ô monde, empoisonneur de l'âme !
Adieu, joyeuse lumière du soleil, il faut t'échanger contre une tombe froide. Adieu, délicieux temps des roses, qui si souvent enivres la jeune fille; adieu, rêves tissus d'or, fantaisies, enfants du paradis étouffés, hélas! dans votre germe naissant, pour ne plus jamais reparaître!
Jadis je portais la robe sans tache de l'innocence, des rubans roses, des fleurs ornaient mes blonds cheveux flottants.
Hélas ! la victime de l'enfer porte encore la robe blanche; mais un crêpe noir remplace les rubans roses.