‹ Poésies de SchillerChapitre 24 sur 258 · RESIGNATION · texte numérisé non relu

RESIGNATION

et la joie aux justes ; la sais décoavrir les replis du cœur, tu m^expliqueras Ténigme de la Providence, tu tieudras compte des douleurs.

Ici est la patrie de Texilé! ici s'arrête le sentier plein de ronces du malheureux. Un enfant céleste que Ton m^a appris à appeler la Yérité, que beaucoup d'hommes fuyaient, que très-peu connaissaient, a arrêté l'essor rapide de ma vie.

a Livre-moi ta jeunesse, mVt-il dit, je te récompenserai dans une autre vie, je ne puis te faire que cette promesse. » J'ai accepté la promesse et je lui ai livré les joies de mon jeune âge.

« Donne-moi la femme si chère à ton cœur, donnemoi ta Laura, tes regrets te seront payés avec usure au delà du tombeau. r> Je l'ai arrachée de mon cœur saignant et je la lui ai donnée avec des sanglots.

Alors le monde m'a dit avec ironie : « La promesse que tu as reçue s'adresse à l'empire des morts; un esprit menteur t'a présenté une ombre vaine à la place de la vérité, tu ne seras plus, quand Theure viendra de recevoir ta récompense.

Une foule moqueuse me murmurait alors avec une lafigue de vipère : a Tu t'épouvantes d'une illusion menteuse. Que signifient tes Dieux, ces prétendus libérateurs d'un monde décrépit? d

iOO POÉSIES D£ SCHILLER.

« Qu'est-ce que cet avenir caché sous le tombeau et cette éternité dont tu parles si pompeusement? Elle ne nous apparaît si imposante que parce qu*un voile la couvre ; c'est l'ombre gigantesque de nos propres terreurs qui se reflètent dans le sombre miroir de notre conscience.

(( Le fantôme d'une image vivante, la momie du temps conservée par le baume de l'espérance dans les froides profondeurs du tombeau : voilà ce que, dans les rêves de la ûëvre, tu appelles l'immortalité.

« Polir une espérance tu as livré des biens assiirés. Pendant six mille ans la mort est restée muette : jamais un cadavre est-il sorti de la tonibe pour adresser sa requête à la Déilé rémunératrice? »

J'ai vu les jours s'enfuir vers toi, éternité, j'ai vu la nature fleurie se dessécher comme un cadavre. Aucun mort n'est sorti de sa tombe, et cependant j'ai gardé ma confiance dans la promesse des Dieux. Je t'ai sacrifié toutes mes joies. À présent je me prosterne devant ton trône. J'ai méprisé les moqueries de la foule, je n'ai attaché de prix qu'à tes biens, Déité rémunératrice, je réclame ma récompense.

« J'aime tous mes enfants d'un amour égal, s'est écrié un génie invisible : il y a pour les enfants des hommes, pour le sage qui sait les décerner, deux fleurs ; on les appelle Espoir et Jouissance.

RÉSIGNATION. iOl

« Qae celui qui a cueilli une de ces fleurs n'espère pas avoir Tautre. Que celui qui ne peut pas croire cherche la jouissance. Cette loi est étemelle comme le monde. Que celui qui peut croire sache attendre. L*histoire du inonde est le jugement du monde.

« Ta as espéré , voilà ta récompense. Ta foi, voilà ton bonheur; tu peux interroger les sages : ce que Ton retranche d'une minute, l'éternité ne le rend jamais. 9

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