PÉ0A8E SOTTS LE JOUG
fardean inaccoatamé, qa^il s'élance avec une ardeur saarage et jette, dans sa noble colère, le chariot au bord de l*abtme. a CTest bien, dit le fermier, je ne confierai plus une charrette à cette bête fougueuse : l'expérience rend sage. Demain je dois conduire des passagers, je le place en tête du qonvoi, il m^épargnera deux chevaux, et les années le cahneront. »
Dans le commencement tout alla bien : le léger coursier s'anime, galope, entraîne rapidement la voiture. Mais qu'arrive^t-il ? les yeux tournés vers les nuages, et inaccoutumé à toucher le sol de son pied, bientôt il abandonne le chemin, et, fidèle à sa puissante'nature, il s'élance à travers les bruyères et les marais, les champs ensemencés et les broussailles. Le même vertige saisit les autres chevaux : en yain Ton crie, les rênes sont impuissantes, jusqu'à ce qu'enfin, au grand effroi des voyageurs, la voiture, ébranlée, disloquée, s'arrête sur la cime d'une montagne.
a Gela ne va pas, dit le fermier Jean d'un air chagrin, et cela n'ira jamais ; voyons si par le travail et le jeûne je ne pourrai vaincre cet enragé. » L'épreuve est faite, bientôt le noble coursier est maigre comme une ombre, a Enfin m'y voilà , dit Jean, allons, à l'œuvre, attelez-moi ce cheval à la charrue avec mon plus fort taureau. »
Aussitôt fait que dit. On voit ce ridicule attelage
du cheval ailé et da bœuf. Pégase se soumet à regret et tente un dernier effort pour prendre son yoI, mais en vain ; le taureau marche d*un pas mesuré, et le coursier d'Âpollon doit cheminer de même. Épuisé enOn par sa longue résistance, privé de ses forces et accablé de douleur, le noble animal tombe par terre et se roule dans la poussière.
a Maudite béte! s'écria Jean en colère et en faisant jouer le fouet, tu n'es donc pas môme bon à labourer le sol, j'ai été la dupe d'un fripon, nf
Pendant qu'il exhale ainsi sa rage, un joyeux garçon passe gaiement sur la route : le luth jésonnesous ses doigts légers et un ruban d'or pare sa blonde chevelure. (( Que veux-tu donc faire, ami, dit-il au paysan, de ce couple étrange? Soumettre à un même joug le bœuf et l'oiseau, quelle singulière idée ! confie* moi pour quelques instants ton cheval et regarde, tu vas voir des merveilles. j>
L'hippogriffe est dételé, le jeune homme s'élance sur son dos en riant. A peine le coursier a-t-il senti la main assurée du maître, il tressaille, se relève et l'éclair jaillit de ses yeux. Ce n'est plus l'animal abattu par la fatigue, c'est un coursier royal, un esprit, un Dieu qui s'élance majestueusement au souffle de la tempête, pu\s s'en va vers le ciel : et tandis que les regards le cherchent encore, il plane dans les régions azurées.