‹ Poésies de SchillerChapitre 62 sur 258 · LA BATAILLE · texte numérisé non relu

LA BATAILLE

A travers la verte campagne Tarmée soalëye un nuage lourd et épais. Dans l'espace immense on n'entrevoit que les armes de fer; les regards s'abaissent vers le sol, le cœur bat dans la poitrine, le major passe devant les troupes. Halte! et ce commande* ment arrête les bataillons. Ils restent muets et immobiles.

Aux rayons ardents du matin que voyez-vous làbas sur les montagnes? Voyez-vous flotter les étendards ennemis? Oui, nous voyons flotter les étendards ennemis. Que Dieu soit avec vous! Femmes et enfants, allons; entendez-vous le chant joyeux, le bruit des tambours? Le son des fifres vibre dans les cœurs ; quelle rumeur terrible et régulière ! elle résonne dans tous les membres. Frères, recommande^vous à Dieu, nous nous re verrons dans un autre monde.

Déjà Téclair de la tempête scintille, le tonnerre éclate ^ l'œil est étonné , les décharges retentissent

d*ane armée à Tautre. Laisse-les retentir, au nom du ciel. Déjà l'on respire plus librement.

La mort est en action, la lutte va commencer, les dés du sort tombent dans les nuages de la poudre.

Les armées se joignent, de peloton en peloton court Tordre des chefs; les soldats du premier rang font feu à genou, beaucoup d'entre eux ne se reléyent pas. La balle fait de longues trouées; le fantassin tombe sur le fantassin qui le précède, la destruction s'étend à droite et à gauche, la mort renverse des bataillons.

Le soleil disparaît : la bataille est brûlante : la nuit s*étend sur l'armée. Recommande^vous à Dieu, frères, nous nous reverrons dans un autre monde.

Le sang jaillit: les morts succèdent aux morts, les pieds foulent des cadavres, — « Et toi aussi, Frantz 1 — Salue ma Charlotte ! — La fureur du combat redouble; je la saluerai. Dieux! voyez comme les balles sautent derrière nous; ami, je saluerai ta Charlotte. Dors en paix, je tombe abandonné sous la pluie des balles. y>

La bataille s'étend de côté et d'autre, la nuit sombre enveloppe les armées. Recommandez-vous à Dieu, frères, nous nous reverrons dans un autre mondé.

Écoutez : on court au galop; les adjudants pas*-

Page 1