SCÈNE V
ANGÉLIQUE ET RENAUD, qui arrivent chacun de leur côté,
ANGÉLIQtJB.
Bois et rochers , vous êtes sourds , Et Médor est plus sourd et plus dur que vous n'êtes.
En vain je suis la trace de ses pas ; J'appelle et crie en vain; il ne m'écoute pas. L'amant dont je fais choix entre tant de conquêtes Me quitte pour une autre, et, seule en ces déserts. Il ne me reste enfin que la voix que je perds.
RENAUD
Roland me défie et m'outrage :
Peut-il douter de mon courage ?
Mais puis-je aussi douter qu'Angélique a changé , Et que je ne suis point vengé ?
ANGÉLIQUE
Médor m'est infidelle ; Une autre lui semble plus belle :
Devois-je craindre ce malheur?
Puis-je le ressentir, sans mourir de douleur? Mais quelle fortune inhumaine.
Le môme jour
Que j'ai perdu l'objet de mon amour, Me livre à l'objet de ma haine?
RENAUD, reconnoissant Angélique.
Que vois-je? O ciel! c'est la beauté Dont malgré moi je me sens enchanté.
Un trait de ses yeux efface Toute la haine de mon cœur; Amour y rentre , et tout fait place A son ardeur.
Hélas ! pour qui souffré-je un tourment si sensible ?
ANGÉLIQUE
Pour celle qui te hait, qui pour t'ôter l'espoir, Avec le plaisir de la voir.
Aime mieux se rendre invisible.
( Elle disparoit. )