‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 29 sur 106 · FAITS A L'OCCASION DES PRECEDENTS · texte numérisé non relu

FAITS A L'OCCASION DES PRECEDENTS

J E crois à l'esprit de Narbonne, A son art de parler, d'écrire élégamment;

Mais au bonheur qu'il me soupçonne, Je n'y crois point assurément.

Hélas ! j'ai beau dire et beau faire, Il me faudra demain croire à mes vingt-neuf ans; Quant à cette Raison, triste fille du Temps,

En vérité, je n'y crois guère.

O ma belle maîtresse, aimable liberté !

J'ai vu l'heure où sur moi tu perdois ton empire.

Nermont paroît, et l'on désire; Près d'elle, malgré soi, l'on se sent arrêté; On la voit, on l'écoute, et bientôt on soupire.

Elle a tout ce qui nous attire.

74 Chevalier de Bonnard.

Tout ce qui pare la beauté;

O sages ! craignez son sourire,

Et sa voix douce, et sa gaîté.

Sur vingt cœurs à la fois elle essaîra ses armes ; Un coup d'œil lui suffit pour régner à son gré; Tout ce qu'on me dira du pouvoir de ses charmes.

Sans hésiter je le croirai.

Mais qu'on donne des lois à cette âme rebelle.

Ou qu'on croie en venir à bout, Qu'on puisse l'enflammer, être adoré par elle.

Oh ! je ne le crois point du tout.

Avec beaucoup d'esprit, on est souvent bien bête. Vous tous que sous son joug elle sait assen-ir. Si vous craignez l'amour et les maux qu'il apprête, Quand un pareil objet à vos yeux vient s'offrir,

Il n'est qu'un mo\-en, c'est de fuir

Et de ne pas tourner la tête.

A iM ON SI EUR LE VICOMTE DE NARBONNE

Qu'il me seroit doux de vous croire, Lorsque^vous vantez mon bonheur!

Moi, de Nermont être vainqueur !

Hélas ! ce seroit trop de gloire Et trop de plaisir pour mon cœur.

Loin de moi ce rêve enchanteur !

Par vos louanges mensongères.

Vous ne m.e convaincrez jamais.

Les bons vers ne sont-ils pas faits Dans le beau pays des chimères!

Sans doute, ou la cour d'Apollon Est votre séjour ordinaire, Ou vous en avez bien le ton :

Car en trompant vous savez plaire.

Ah ! faites souvent des chansons ; Le chœur des Muscs vous l'ordonne :

Chevalier de Donnard.

C'est à moi qu'il faut des leçons.

Près de vous, aimable Xarbonne, J'en prendrois de l'art de rimer; De l'art peu connu de charmer, Je sais bien que Nermont les donne S'il s'agissoit de l'art d'aimer.

Je n'en recevrois de personne.

A MADEMOISELLE FANNIER*

E7i lui envoyant un petit Amour habillé en Iiousard"-

j E voilà, l'enfant de Cythère, I > Oui suit les drapeaux du dieu Mars, En qualité de volontaire, Dans les dragons ou les housards !

C'est un franc pandoure, un corsaire,' Qui, sans discipline et sans frein, Ne se plaît qu'au mal qu'il peut faire, Querelleur, hargneux et mutin, Vrai héros de petite guerre, Ne respirant que le butin.

Que j'aime à le voir sous les armes ! Que l'uniforme lui sied bien 1 Quel grand sabre ! son air vaurien

1, Alexandrine-Louise Fannier ou plutôt Faniez (1745-1821), actrice. Elle joua à la Comédie-Française, où elle obtint surtout un succès de beauté.

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