Antoine Bret, auteur dramatique
Consume-toi, surtout sois-lui fidèle; Que tour à tour sa main, d'un beau laurier Ceigne le front du chantre et du guerrier. A Maillebois ton destin fut de plaire ; C'est un présage heureux pour tes travaux, De nos soldats sa voix fait des héros; Tu le verras quelque jour à la guerre, Près de Condé n'avoir plus de rivaux, Tu marcheras, ami, sous leurs drapeaux : En les suivant que ne peux-tu pas faire?
Sur l'autre point, je te sais des amis Qu'en ses projets Apollon t'a choisis... Et ce Bertin dont la joyeuse sève Décrit si bien les bachiques concerts; Et ce Dorât qui, chaque jour, s'élève Et qui servit de modèle à tes vers.
Toujours féconde en hommes de génie,
Du seul Buflfon notre heureuse patrie
Peut se vanter; Buffon en vaut plus d'un;
Il les vaut tous; mais de la poésie
Le luth se tait; rends-lui ton harmonie :
Il est à toi, s'il doit être à quelqu'un.
Ce luth sacré perdit sa mélodie
Au même instant qui nous ravit Piron,
Et sous ses doigts rendit le dernier son.
Si tu le prends, Melpomène ou Thalie Viendront bientôt s'offrir à tes regards; Mais sauve-toi des modernes écarts.
Ton cœur est vrai; suis son heureuse pente,
Et ne vas point, travestissant nos arts,
Prendre une voix faussement éloquente,
Te proposer de factices vertus,
Des passions dont l'excès épouvante.
Et démentant la nature constante,
Changer ses tons par un cruel abus.
Il est encore un écueil redoutable,
Ecueil funeste aux beaux esprits du temps;
On te dira qu'il suffit d'être aimable,
Qu'un vain savoir ne fait que des pédants :
Si tu le crois, tu bornes ta carrière
Au seul plaisir de caresser tes sens.
Eh quoi ! Toujours avec des vers galants
Payer le cœur d'une beauté peu hère
Qui te paroît sensible à tes accents.
Mais qui se rend à ta fraîcheur première,
Au doux tribut qu'annonce ton printemps?
Et quand du poids des rapides années Ton cœur flétri sentira les effets; Quand du matin les fleurs seront fanées, De ton midi quels seront les succès?
Flore à tes yeux, de son aile légère.
Caressera le bouton jeune et frais; Tu gémiras : est-ce un moyen de plaire ? Flore te laisse à de tristes regrets.
Ah! mon ami! Racine à son aurore A des anciens déjà vu les trésors;
Il les relit, il les médite encore.
Il n'a point fait d'inutiles efforts.
Racine laisse un nom que l'on adore,
Lorsque Pradon, écrivain ignorant,
Des froids rimeurs obtient le dernier rang.
Dussé-je ici passer pour pédagogue, A ce propos écoute un apologue Court si je puis, utile heureusement.
On dit qu'un jour l'orgueilleuse Science En son chemin trouva le Bel-Esprit.
Fier des succès qu'il eut toujours en France, Dit- il un mot, lui-même s'applaudit; De cent objets prend la superficie En un moment, et croit qu'il se varie, Qu'il est profond et fait tout pour charmer. Il croyoit vrai. Notre beauté romaine Le trouve aimable et finit par l'aimer. Or voilà donc le petit-maître en scène; Comme François, il sait, tendre et coquet, Saisir l'instant; l'aventure lui plaît Tant et si bien que la bonne Lucine Est appelée et vient, à la sourdine, Après neuf mois faire le dénouement.
Quel fruit heureux d'une union si belle ! Lui seul pourroit se peindre dignement.
Un feu rapide en ses yeux étincelle, Ce qu'en son sein la nature recèle N'a rien d'obscur pour son entendement.
Tout ce qu'il peint, il le peint d'après elle.
Chevalier de Bonnard.
Ici l'Albane, et, quand il veut, Apelle; Il réunit la force à l'agrément :
D'un demi-dieu c'est l'image fidèle.
De son front part un céleste rayon :
Tout garantit la durée éternelle Qu'auront ses jours; le Génie est son nom.
Cher chevalier, ma fable te plaît-elle?
Au bel esprit réunis le savoir, Et tes écrits (j'en ai le doux espoir) Seront payés d'une vie immortelle.
Lorsque, arrivant aux bords de l'Armançon Tu reverras l'émule de Buffon, Ce Pline aimable en qui de la science, Depuis longtemps tous les trésors ouverts N'ont pu ravir ni la mâle éloquence, Ni l'agrément, ni le don des bons vers, Guénault ^ enfin, ami sûr et fidèle :
Dans le transport qui viendra te saisir. Tu t'écrieras : oui, voilà mon modèle.
Et j'avouerai qu'on ne peut mieux choisir.