‹ Poésies diverses. Avec une notice bio-bibliographiqueChapitre 56 sur 106 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

UYEz, importune clarté !

De ton manteau, Nuit, viens couvrir la terre ; Que les plaisirs, enfants du doux mystère, Régnent toujours en ton obscurité !

A la pudeur tu sais ravir ses armes ; Ton voile aide l'amour à vaincre la beauté, Et ton ombre pleine de charmes Est le jour de la volupté.

Que ne te dois-je point! En ma simplicité,

Les peines d'un amant qui tremble, doute, ignore.

Peut-être, ô Nuit, sans ta faveur,

Je les ressentirois encore !

L'aveu d'un sentiment qui fait tout mon bonheur. Ce secret dont Zirphé redoutoit de m'instruire,

138 Chevalier de Bonnard.

C'est toi qui le laissas échapper de son cœur. Enfin, grâces à toi, dans ce cœur je puis lire ! Triomphe de l'amour, instant délicieux!

Ni les revers du sort, ni les glaces de l'âge,

Ni le temps, ni les dieux, Ne pourront de mon âme effacer votre image! J'étois près de Zirphé : des pleurs mouilloient mes j'cux ; Ma main, quoiqu'en tremblant, osoit presser la sienne; Mon genou sur le sien s'appuyoit faiblement; Quelques mots, qu'étouffoit une voix incertaine. Lui peignoient mes désirs et mon égarement; Inquiet, interdit, ne respirant qu'à peine,

J'attendois mon arrêt mais seroit-ce une erreur?

C'est Zirphé, c'est sa main qui répond à la mienne... En croirai-je mes sens? est-ce un rêve enchanteur?

Zirphé partagcroit ma flamme !

Brûlant, muet, embarrassé, Toutes les passions que peut éprouver l'âme Combattoient à la fois dans mon sein oppressé. Je touchois au bonheur et je n'osois le croire. Amour vit les transports dont j'étois agité; Il vit que mon triomphe importoit à sa gloire;

Il aida ma timidité :

Zirphé par un soupir annonça ma victoire; Et tel fut le signal de ma félicité.

En adorant Zirphé, certain de sa tendresse. Rempli de mon bonheur, entraîné par l'ivresse De l'excès de la crainte à la témérité, Dans mes bras égarés je saisis ma maîtresse; Je ravis deux baisers qui me furent rendus.

Dans ces baisers, nos soupirs confondus... Combien, charmante Nuit, j'ai béni ton ouvrage! Ah ! que Zirphé pour moi n'ait pas d'autre langage ! Je voulois un aveu, je n'en exige pU:s.

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