‹ Poésies diverses. Avec une notice biobibliographiqueChapitre 43 sur 52 · I. Claude-Josepli Dorât, né a Paris en 173 + , et mort en · texte numérisé non relu

I. Claude-Josepli Dorât, né a Paris en 173 + , et mort en

Autour de lui se rassembloient en chœurs; Et, voulant que leurs mains eussent part à l'ouvrage, S'approchoient en dansant, et le semoient de fleurs; La Jalousie, en vain versant des pleurs de rage, D'un antre me crioit : Ces fleurs sont des pavots*. Curieux, je m'approche, et ne vois que des roses Brillantes par leur pourpre et fraîchement écloses. Connois-tu ce mortel, vainqueur de cent rivaux. Me dit l'Amour, surpris de me voir sur ses traces. Toi dont l'œil de sa gloire envisage l'éclat ? Oui, dis-je, quand on voit un mortel près des Grâces, Craint-on de se tromper en disant : C'est Dorât?

I. Allusion à répigrammc suivante, que La Harpe faisoit circuler contre Dorât :

Bon Dieu ! que cet auteur est triste eu sa gaieté! Bon Dieu ! qu'il est pesant dans sa légèreté ! Que ses petits écrits ont de longues préfaces ! Ses fleurs sont des pavots ; ses ris sont des "rimaces. Que l'encens qu'il prodigue est fade et sans odeur! C'est, si Von veut l'en croire, un heureux pctit-maitre ; Mais si j'en crois ses vers, ah ! qu'il est triste d'être Ou sa maîtresse, ou son lecteur !

A M. DE M***i

Ex vain, foulant aux pieds l'orgueil de ta naissance, Oui devoit t'enchaîner au tumulte des cours, Tu cachois dans l'oubli le reste de tes jours. Prodigués tant de fois pour défendre la France; Trop content si, pour prix de tes exploits guerriers, Tu pouvois, sage heureux, dormir sur tes lauriers. Comme une fleur qui croît sous des feuillages sombres, Et que trahit toujours sa vive et douce odeur, La vertu, malgré soi, brille au travers des ombres Dont elle aime à couvrir sa modeste splendeur ; Et la tienne a percé ton réduit solitaire.

Oui, si ton souverain, si Louis t'a cherché Jusques au fond des champs où tu vivois caché. S'il a chargé ton bras du soin de son tonnerre,

1. M. le marquis de Monteynard, secrétaire d'Etat de la guerre. Cette pièce de vers n'a cté imprimée que dans la deuxième édition du Début poétique.

Les Français par leur choix autorisoient le sien : Il n'a fait que remplir les vœux du citoyen. Hélas ! les souverains, jouets de l'apparence, A des monstres souvent remettent leur puissance... Mais Louis, mais son peuple espèrent tout de toi. On aime un bon ministre aux côtés d'un bon roi; On sait que, près du trône arrivé sans bassesses, Tu ne seras jamais du nombre de ces grands Oui, des honneurs obscurs montés aux premiers rangs, Epuisent tous leurs soins à grossir leurs richesses, A ranger leurs parents sous l'ombrage du dais : Eux, devant qui le pauvre ose à peine paraître; Eux, dont tout le génie est d'abuser leur maître. De vendre à nos voisins, d'en acheter la paix : Prodigues sans pudeur du bien de la patrie. Hautains par dureté, généreux par manie. Et qui, voulant surtout ne point avoir d'égaux, De leur faste insolent écrasent leurs rivaux.

Eh ! de quoi sert au sage une pompe importune ? Sa vertu lui suffit pour être respecté; Et qui change de mœurs en changeant de fortune Porte un génie, un cœur faits pour l'obscurité. Comme toi le grand homme est sage avec noblesse : Pour lui les premiers rangs ne sont que des mo\'ens De mieux servir son prince et ses concitoyens. Le malheureux l'approche et sourit d'allégresse ; Toujours il est du rang de qui va l'implorer, Et repi-end-il le sien, c'est pour tarir nos larmes. Ses dons n'accablent point, ses refus ont des charmes : Et soutien de son prince il le fait adorer.

144 Poésies de Gilbert.

Que la tempête alors gronde; libre de craintes, Il s'éleva sans brigue, il tombera sans plaintes.

Tu n'as point des Français trompé l'opinion.

Je ne verrai donc plus cette veuve éperdue,

Qui n'avoit qu'un seul fils pour guider sa charrue,

Redemander ce fils à ma compassion,

Ce fils qu'un lot perfide a nommé pour la guerre ? "

Vertueux laboureur, en fécondant la terre,

Hélas ! il eût nourri trois frères innocents ;

Il part ! la veuve expire; et ses jeunes enfants,

Que sont-ils devenus?... un faix pour la patrie',

Qu'un jour de leurs travaux ils auroient enrichie...

Tes lois de ces malheurs ont délivré l'Etat.

Pour asservir au joug l'indocile soldat, D'autres armoient ses chefs de châtiments terribles : Plus sage, plus humain, toi, tu vas dans son cœur Irriter l'amour-propre et réveiller l'honneur. L'amour- propre, l'honneur, deux ressorts infaillibles.

Va, poursuis. M***, rappelle-nous Sully ; Quand même tu n'aurois que ce titre à la gloire, La croix dont le soldat par toi fut embelli Sera ton passe-port au temple de mémoire.

1. J'ai vu plus d'une fois ces tristes événements. Sauroit-on trop louer le ministre éclairé qui les épargne à la nation ? (Note de l'auteur.)

A M. DE SARTINEi

ri, jugez-moi sans indulgence; Proscrivez le mortel Le plus infortuné, mais le plus criminel :

J'ai célébré la bienfaisance, J'ai peint dans Monteynard Sully ressuscité,

Sartine, et je n'ai point chanté Le protecteur des arts, surtout de l'innocence.

I. Ces vers n'ont jamais été imprimés, et nous ne les croirions pas de Gilbert si nous n'avions sous les yeux un exemplaire de la seconde édition du Début poétique, où ils se trouvent, en regard du titre, écrits de sa main^ et suivis de sa signature. 11 paraît que l'auteur les a adressés à M. de Sartine en lui faisant hommage de cet exemplaire. {Note de l'édition iSsS.)

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